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Un mot juste comme ça (27)

Toute mon énergie de ce soir investie dans une entreprise homérique en même temps qu’héroïque : apprendre à dominer les cookies, les UMRL et tout un tas de trucs épatants qui sont supposés me permettre d’un doigt de glisser la bonne photo au bon moment dans ce fichu blog. Un enfant de quatre ans y aurait sans doute réussi depuis une demie-heure, mais ce modèle manque momentanément à la maison et je rame comme une grande que je suis malheureusement. Un ami chercheur avait ramené d’un laboratoire américain cette jolie pancarte « Unfortunately, your mother is not working in the lab, so you have to manage by yourself  » (votre mère ne travaille malheureusement pas au labo, débrouillez-vous vous même !). Reste qu’avec l’informatique, il va falloir repeindre le panneau : « votre petit dernier est à la crèche, tirez-vous tout seul de ces fichues indications incompréhensibles ! »

Dans la foulée, je tente une numérotation des billets par mois, pour pouvoir renvoyer à l’un ou à l’autre et permettre à ceux qui font des commentaires de s’y référer. Habitude de publication médicale sans doute.

C’était juste un mot pour me faire plaindre un tantinet.

En ce moment précis (25)

Il y a peu de phrases, peu parmi les petits textes de la littérature, qui m’aient marqué autant qu’une grosse poignée de lignes de l’écrivain Dino Buzzati. Un petit texte extrait du moins connu de ses ouvrages (« En ce moment précis »), composé pour l’essentiel de fragments de son journal et d’ébauches de nouvelles.

« Nous sommes déjà le 28 et je n’ai encore rien fait. (…) Mais alors que nous sommes arrêtés sur le bord du chemin, les heures, les jours, les mois et les années nous rejoignent un à un, et avec une abominable lenteur il nous dépassent, disparaissent au coin de la rue. Et puis le matin nous nous apercevons que nous sommes restés en arrière et nous nous lançons à leur poursuite.
A ce moment précis, pour parler simplement, finit la jeunesse ».

Rien qu’à écrire après lui ces quelques phrases, j’ai le coeur serré. Buzzati avait (probablement) une quarantaine d’années quand il a écrit ce petit texte. Combien de fois, depuis un âge beaucoup plus jeune, y ai-je repensé ? Quand une journée approche de sa fin et que je l’ai occupée de mille choses qui en fait ne sont rien, quand une année finit, s’ajoute en même temps que se retranche, quand les feuilles de mon marronier tombent à terre, quand les jours raccourcissent… La jeunesse, de ce point de vue a fini tôt pour moi. Buzzati m’est devenu un frère d’inquiétude. Qu’on prenne cette phrase avec simplicité : je ne saurais le dire autrement.

La journée justement approche de sa fin, incitant aux confidences. Peu après la mort de Buzzati, j’ai fait le voyage jusqu’à Belluno dans les Dolomites (dont il parle souvent, il était grand amateur de montagne et d’escalade). Lui n’était plus là, mais sa porte m’a été ouverte familièrement par sa famille. Son chien à la fois aboyait dans le jardin et trônait sur les murs dans un grand dessin dont il était l’auteur. Nous avons parlé avec sa soeur du texte que je viens de citer. Elle m’a dit qu’il était la clef de toute sa vie et bien évidemment, de ses écrits.

La maison de Buzzati lui ressemble étonnamment : une maison basse, pas très grande, aux murs couverts de fresque très aristocratiques, le tout dans l’écrin des Alpes. Elle est située en dehors de la petite ville. En y allant, je n’en connaissais pas l’adresse. J’ai demandé à plusieurs reprises aux habitants. Tous m’ont dirigé vers le centre ville, ne comprenant pas bien pour quoi je demandais où se situait la « maison » de Buzzati puisqu’il s’agissait d’un garage. Et en effet, le commerce le plus imposant de Bellluno est le « garage Buzzati ». J’ai eu un peu de mal à faire comprendre que ce n’était pas le Buzzati que je cherchais.

De très nombreuses années plus tôt, ma mère s’était mise dans l’idée de rendre visite au Maine Giraud. Elle était grande passionnée d’Alfred de Vigny et voulait, elle aussi, faire pélerinage en sa demeure. Nous avons interrogé tous les agriculteurs des environs « nous cherchons la maison d’Alfred de Vigny », pour ne recevoir que des « Devigny, ou Alfred, pour sûr, sont point de par là! », prononcés avec un accent charentais bien tassé. Plus tard, Le Maine Giraud a été vendu, morcelé, et « Alfred » je pense plus oublié encore dans les environs !

Je crois que j’ai raconté cette histoire pour me désserrer un peu le coeur. Ce beau dimanche après-midi, je l’ai passé dans les trois volumes de Buzzati qui viennent d’être réédités et que je signale en « notes de lecture ». Les amis de nos amis sont nos amis, et c’est pourquoi je parle ce soir de Dino.

Samedi soir (24)

Juste un point d’ordonnancement de ce blog après tout un après-midi occupé des « choses de la vie ». On appelait cela autrefois « jouer son rôle de maîtresse de maison » ou simplement de femme « qui tient sa maison ». Je pense que c’est tout autant un rôle de « servante » que de « maîtresse » de maison, et pour autant aussi, que c’est un rôle que j’aime bien et dont je suis très privée dans la densité de mon quotidien. Aller à Ikea pour chercher des objets qui aident à vivre, qui sont jolis, que nous sommes quelques millions sur terre à partager, c’est plutôt sympa !

Mais je reviens à l’objet de ce court billet : des commentaires très intéressants ont été donnés au cours des jours précédents sur tous les billets qui ont trait à notre désir de voir la gauche bouger à Bordeaux. Je renvois à plusieurs : « soir d’élection », « question de notoriété », « être un laboratoire d’idées », « visible et lisible »… . Il me semble que cela fait la matière de base d’un forum thématique sur ce sujet décisif pour les mois à venir. Dans l’immédiat, il me semble aussi qu’il pourrait être commode de numéroter les billets chaque mois* et de les référencer par thême. Mon habitude sans doute de la « biblio » dans les articles de médecine, et mon goût surtout des idées en ordre.

Merci de contribuer à cette base de forum. Je suis sûre qu’elle peut nous faire faire un pas en avant qui ne soit pas ce célébre pas « nous étions au bord du précipice et depuis, nous avons fait un pas en avant ! »

  • ainsi ce billet est le 24ème du mois d’octobre (ce que je note par le chiffre 24 , entre parenthèses après le titre)

Mettre à jour, mettre au jour (23)

J’ai promis d’essayer chaque jour de réfléchir sur ce que doit être notre ambition pour la gauche, et surtout sur les moyens d’y satisfaire. Il est tout proche de minuit, je rentre d’une réunion très cordiale où nous avons en effet débattu autour de ce problème.

Je reviens sur deux mots lancés par Bertrand B. : visible et lisible. (cf billets précédents)

Il ajoutait : j’en ai assez de n’entendre parler dans les media que des problèmes internes au PS. Moi aussi. Donc n’y prêtons jamais la main en alimentant la chronique de ces disputes mais surtout portons une autre matière à la connaissance du public.

Cette matière existe. Dans chacune de nos réunions, des idées se font jour, des interventions apportent des éclairages ou des propositions. Seulement elles sont comme sable entre les doigts, personne n’en retient la substantifique moelle sous la forme ne serait-ce que de quelques lignes que nous pourrons nous transmettre, garder en mémoire ou au moins en archives, et si elles valent le coup, communiquer à la presse.

Visible, ce n’est pas que cela : est-ce que nous ne devrions pas plus souvent être à l’initiative d’actions concrêtes : échanges avec des étudiants ou des membres du PS de pays où les conditions de vie sont moins favorables que les nôtres, actions que l’on qualifie d’humanitaires (nos MJS l’ont fait)… Bien d’autres idées sont possibles. Nous en réalisons en réalité, telles que dernièrement les parrainages républicains de jeunes gens sous menace d’expulsion. Voilà encore un sujet qui méritera un billet et un forum.

Lisible : cela est un mot, paradoxalement, déjà moins simple. « Lisible » veut dire que notre message soit compris, perçu, transmis. Il doit être pour cela, non pas simple, mais pédagogique. Et souvent être assimilé à une seule personne. Je vais prendre un exemple qui parait n’avoir rien à faire ici : pour qu’un enfant d’un couple bi-national parle les deux langues des parents maternellement, il faut que ce soit le même parent qui lui parle chaque langue. Nous grandissons.. mais la base reste assez semblable : nul ne peut, pour être crédible, être expert en tout ; dix personnes qui représentent une pensée ne la multiplient pas dans le public, mais la divisent. Qu’on veuille bien y réfléchir.

Au total : nous devons être davantage présents, sur des idées bien clairement établies, portées non moins clairement, et bien souvent répétées. Nous exprimer régulièrement, de manière condensée, faire la synthèse de ce qui a été dominant dans un débat, mais aussi dans nos têtes sur chaque sujet.

Une mise à jour de la gauche à Bordeaux, doublée d’une mise au jour de sa réflexion et de son action.

Le peuple des fontaines

Je reviens de l’inauguration de l’expo de Michelle Coquet  » Le peuple des fontaines » à la bibliothèque de la Benauge (rue Alexander Fleming). Des visages, des corps, des regards qui nous parlent après des siècles. Des couleurs qui semblent manipulées par l’artiste mais qui sont seulement l’effet des acides et des pluies sur la pierre et le bronze.
Marguerite Yourcenar a titré un de ses livres « Le temps, ce grand sculpteur ». A ce grand sculpteur, il faut un regard d’artiste, qui saisisse en même temps l’éternité d’un geste, d’une attitude, d’un mouvement de lèvres et sa formidable modernité. Nous avons ri de trouver une réelle ressemblance entre un personnage du monument des Girondins (je ne dis pas lequel) et Dominique de Villepin ! Nous sommes restés saisis de la beauté de « La République » du même monument : elle devrait être exposée dans toutes les écoles, pour montrer ce qu’elle doit être, une force sereine, attentive et référentielle. Moment de bonheur. Ce n’est pas une formule : le bon-heur, c’est bien souvent d’abord une bonne-heure.