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Sexagénaire et désireuse de le rester

Un journaliste en mal d’actu se lance dans un micro-trottoir. En appuyant un peu, je l’avoue sur la première syllabe du mot clef, il interroge les passants :

– Et vous, Monsieur, que pensez-vous des sexagénaires ?

Le Monsieur est un peu interdit du caractère direct de la question.

– « Eh bien… S’ils ne font pas de mal aux autres…  »

Une femme, moins timide devant les réalités de ce monde : – « Moi, je dis qu’on en parle trop.. A la fin, ça les regarde mais au moins qu’ils restent entre eux, voilà tout.. »

Un gamin, carrément déluré, s’approche en voyant la caméra : « Moi, je serai sexagénaire aussi quand je serai grand ».

Il réfléchit un peu et constatant la mine effarée de la dame, il ajoute timidement :

– » Comme mon grand-père… »

L’histoire ne dit rien de la vraie nature de ce grand-père. Mais rien que parce que c’est une histoire très mignonne, je trouve terriblement triste, d’un jour à l’autre, sans avoir rien fait pour ça, de ne plus être sexagénaire. Cette heureuse catégorie m’a toujours réjouie, et j’ai bien l’intention de m’y ranger de force pour les 20 prochaines années..

 

 

 

A quoi sert le paquet neutre ?

Le « paquet neutre », sans marque, ni logos, prend effet à compter du 1er janvier 2017. Jusqu’à cette date, les buralistes ont eu le droit d’écouler leurs stocks de paquets ancien modèle, et on se doute qu’ils n’ont pas lésinés sur ces stocks.

A quoi sert-il ? A diminuer l’attractivité du tabac et à débanaliser ce produit dangereux.

Le premier effet est évident. Les emballages « anciens » par leur couleur, par leur marque qui a été pendant des années soutenue par des publicités séduisent de manière inconsciente (beau cowboy de Camels, course automobile pour Marlboro..). Les emballages « neutres » prennent à l’inverse et contrairement à leur nom clairement position. Ils sont en effet illustrés par des exemples des pathologies multiples dues au tabac et portent la mention « Fumer tue ». J’ai plaidé à plusieurs reprises pour que cette mention soir remplacée par « le tabac tue un fumeur sur deux », qui laisse moins penser que ce ne sont que « les autres » qui sont concernés mais la formule était sans doute un peu trop longue.

Cette perte d’attractivité joue surtout sur les nouveaux fumeurs, en particulier les jeunes et les femmes, premières victimes actuellement en France des pièges des cigarettiers, en particulier par leur mise en place de produits dans les films. Reconnaissons que le paquet neutre aura peu d’effet sur les fumeurs invétérés.

La « débanalisation » du produit a un impact plus profond et concerne tout le monde, fumeurs ou pas. Personne n’aurait l’idée de vendre de la mort aux rats dans de jolis emballages couverts de  fleurs printanières. Pardon de cet exemple un peu raide, mais c’est exactement symétrique : un produit qui tue un fumeur sur deux peut-il être vendu comme un produit quelconque, sur des linéaires identiques à ceux où l’on vend des bonbons, des shampooings ou encore des livres de poche ? Non, bien sûr. Ce produit ne devrait plus avoir cours dans quelque magasin que ce soit, mais nous en sommes pas encore là, même si c’est inéluctable.

Le désir de diversification des buralistes imposait aussi qu’on ne vende pas le tabac sous la présentation qui prend fin aujourd’hui. Disposer les linéaires de paquets comme ceux des autres produits aurait équivalu à les considérer comme des produits courants.

Jamais je n’ai considéré (ni aucun spécialiste de la question) le paquet neutre comme LA solution pour réduire le tabagisme. Il ne prendra son plein effet qu’avec une augmentation significative des prix et c’est pour imposer cette dernière dans le débat présidentiel, nous avons lancé l’ Appel des 100000 acteurs de santé. Tous, nous devons peser sur la décision publique et obliger les candidats à se positionner au lieu de répondre par un bla-bla lénifiant sur les bénéfices de la prévention, à l’instar des buralistes.

Nous faisons de la prévention depuis 50 ans et c’est aujourd’hui un Français sur trois qui est fumeur, nous plaçant en queue de peloton des pays européens. Les Australiens, par la conjonction paquet à 15 dollars australiens + paquet neutre + prévention, comptent aujourd’hui 12% de fumeurs.

Concernant le tabac, le courage, c’est maintenant !

 

 

 

 

Qu’est-ce qu’une opinion ?

C’est un article du quotidien @sudouest en date du 29 décembre qui m’a amenée à poser la question. Sitôt posée, sitôt cherchée, dans ma tête d’abord puis dans l’inestimable « Trésor de la Langue Française » dont la consultation devrait être sinon remboursée par la Sécurité Sociale, du moins élevée au rang de document pédagogique de première grandeur.

« TLF » ne néglige aucun aspect du mot ; le noyau dur de la variété des acceptions  se résume à « manière de penser sur un sujet » ou encore « jugement personnel que l’on porte sur un sujet ».

L’essentiel est dit et le droit consacre la « liberté d’opinion » , à une exception près : « qu’elle porte atteinte à l’ordre public » ou encore qu’elle enfreigne la loi. Dans le viseur : racisme, discriminations, propos injurieux.

Rien n’est pourtant dit d’une opinion qui atteint à la vérité scientifique et à l’exactitude des faits. Nous ne sommes plus au temps de Galilée, condamné pour avoir dit que la terre était ronde.

Doit-il en être exactement de même de l’opinion publiée, soit par un média lui même, soit à l’occasion d’un interview ? A-t-elle le « droit » d’aller au contraire de vérités démontrées ? Il en va bien sûr d’abord de l’éthique journalistique. Quel média titrerait aujourd’hui « la ceinture de sécurité ne sert à rien », « le monde a été créé en 7 jours » ou encore « le tabac bon pour la santé ». Je prends à dessein des exemples d’actualité, les deux derniers relevant de l’ « opinion personnelle » de Donald Trump et de plusieurs membres de son équipe, le dernier -le tabac- étant celui de l’article que je citais en première ligne.

Un journaliste interrogeant Donald Trump ne manquerait pas de lui dire « vous ne croyez pas aux méfaits du tabac mais avez vous examiné la presse scientifique depuis 50 ans qui démontre sans que plus personne ne le conteste le haut niveau de mortalité et de morbidité du tabac ? ». Donald répondrait ce qu’il veut, mais le journaliste aurait fait son boulot.

Cet article rapporte l' »opinion » d’un buraliste sur le paquet neutre, alors que celui-ci n’est que très partiellement entré dans les linéaires de vente (première apparition le 20 novembre), les débitants ayant le droit d’écouler leurs stocks jusqu’au 31 décembre. On comprend à l’évidence que, utile ou non, il n’a aujourd’hui aucune chance d’avoir pesé le moins du monde sur le volume des ventes.

Or notre buraliste affirme le contraire. Il a le droit, mais le journaliste a deux devoirs : 1-de l’interroger sur la brièveté du délai et son manque de signification 2- de ne pas mettre son affirmation en encadré au coeur de l’article « nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes depuis le paquet neutre ».

Le contenu de l’interview est, « as usual », un résumé des éléments de langage fournis par les cigarettiers : approximations (« des milliards.. »), vérités falsifiées (1000 fermetures de bureaux de tabac par an alors que beaucoup sont des regroupements ou des relocalisations et que les bureaux de tabac sont les 3èmes commerces de sécurité les plus florissants), déformations de faits (l’efficacité de la prévention en Allemagne), contradictions (sur les ventes illicites)…

Tout cela, sans avis contraire mis en face à face, comme on le trouve de plus en plus souvent dans les médias écrits, sans droit de réponse, sans question demandant des précisions ou opposant des faits°. Le paquet neutre n’est pas LA solution contre le tabac, mais il ne sert certainement pas à rien.

Pourquoi je râle ? Parce que le sujet est trop sérieux pour qu’on accorde une demi-page à un buraliste sans aucun rétablissement des vérités démontrées, ni sans aucune mise en perspective. Parce que, tout simplement, le tabac tue en deux jours autant que l’insécurité routière en un an. Tous les médias aujourd’hui -à raison- insistent sur les risques encourus dans la nuit du 31 décembre et alertent les conducteurs. Devons-nous laisser « l’opinion » d’un seul peser sur l’Opinion en toute impunité ? Les médias ont aujourd’hui une considérable responsabilité concernant les grands enjeux de santé publique qui détruisent nos sociétés de l’intérieur (addictions en tête). Responsabilité qu’ils partagent avec les politiques et dont, les uns et les autres, ils devront répondre. « Vous saviez et vous n’avez rien fait ».

 

 

 

 

Maigre canon, triste buzz

Les médias s’emparent d’une pétition lancée par un citoyen bordelais, plus coutumier jusqu’alors de l’encombrement des trottoirs que de l’exemplarité de notre démocratie.

La pétition vise à exiger de Vincent Feltesse de démissionner soit de sa nouvelle fonction à la Cour des Comptes, soit de ses trois mandats régionaux (Conseiller municipal et métropolitain, Conseiller régional).

Toute question mérite d’être posée, elle ne doit jamais se transformer en une attaque ad hominem. Soit la règle est mauvaise et il faut la changer, soit  elle est bonne pour tout le monde. Dans la première hypothèse, tous ceux qui bénéficient de cette règle doivent être inclus dans la pétition. Regardez les listes des membres des grands corps de l’Etat ou de la haute fonction publique : nombreux sont ceux qui sont aussi élus locaux et c’est à tous qu’il faut demander de démissionner.  Stephane Pusateri (notre citoyen bordelais) se réveille bien tard et bien sélectivement. Jamais nous ne l’avons entendu lors des précédents quinquennats.

Jamais non plus, Stephane ne s’est manifesté lors des 20 années du mandat d’Alain Juppé, qui pour un tiers de ces 20 années a été exercé à mi-temps, l’édile étant en même temps Ministre. Pouvait-il éxercer pleinement son mandat local et y consacrer l’entièreté de son temps, comme l’exige Stephane : bien sûr que non ! Notre Bordelais s’est tenu coi, mais pas notre Gouvernement, qui a interdit tout cumul d’un mandat exécutif (Maire ou adjoint par exemple) et d’une fonction ministérielle. Si la règle est mauvaise, il faut la changer.

Je me tiens donc à la disposition de Stephane Pusateri, pour examiner ses propositions : que peut-on ou ne peut-on pas cumuler avec trois mandats locaux non exécutifs. S’il a des raisons suffisamment argumentées, on peut regarder ce qui peut être ajusté. Beaucoup a été fait dans ce quinquennat pour l’exemplarité de notre démocratie : non cumul de tout mandat exécutif  avec un mandat parlementaire ou ministériel, transparence et interdiction des conflits d’intérêt, publication des revenus et patrimoines… S’il y a des ajustements, on peut les examiner mais de grâce, ne désignons pas à la vindicte populaire, l’un ou l’autre, quel qu’il soit, fût-ce à la faveur de la vacuité médiatique d’entre noël et jour de l’an.

 

La parité a petite mine dans les rues de Bordeaux

Moins de 10% de noms féminins dans les rues de Bordeaux. Mon légitime orgueil de Bordelaise s’en est une fois encore ému lors du dernier Conseil municipal et j’ai remis à Jean Louis David, en charge de la commission biographie une liste de noms de toutes époques et, on en conviendra de toutes sensibilités politiques, pour remédier à ce regrettable état de fait. Je remercie au passage mes maîtres en histoire bordelaise et girondine, Anne-Marie Cocula, Michel Suffran et Severine Pacteau de Luze de m’avoir suggéré des noms auxquels ne n’avais pas pensé ou fourni des notes sur certaines trop peu documentées dans les manuels

Mes propositions sont donc celles-ci, sans ordre ni préférentiel, ni chronologique

  • Monique Gouzik-Lapeyre qui a fait un legs majeur au Secours Populaire
  • Simone Noailles, adjointe de Jacques Chaban Delmas, dont le nom manque inexplicablement au quartier du Grand Parc
  • Georgette Plana, chanteuse et actrice
  • Paulette Merval, chanteuse d’opérettMarceline Desbordes-Valmore, poète
  • Marie Le Jars de Gournay, écrivain et fille spirituelle de Montaigne
  • Claire Mauriac, mère de François Mauriac
  • Jeanne de Lartigue, épouse de Montesquieu
  • Jeanne de Lestonnac, religieuse béatifiée, nièce de Michel de Montaigne
  • Gilberte Martin-Méry, Conservateur en chef du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (1951-1985)
  • Arlette Higounet-Nadal, historienne et première femme élue à l’Académie Nationale des Sciences, des Belles Lettres et Arts de Bordeaux
  • Alice Delaunay, députée à l’Assemblée constituante et inspectrice générale de l’Education où elle a introduit l’apprentissage précoce d’une langue étrangère
  • Philippine de Rothschild, viticultrice
  • Manon Roland, égérie des Girondins et femme de Jean-Marie Roland de la Platière
  • Thérèse Bouquey, épouse d’Elie Guadet et guillotinée pour avoir caché les Girondins dans la période de l’emballement de la terreur. Je l’avoue, pour l’oubli où elle est tenue au regard de son héroïsme, elle compte parmi mes préférée
  • Maréchale Moreau, femme du Général de la Révolution Jean-Victor Moreau
  • Marguerite Eberentz, résistante, morte à Dachau

J’ajoute deux noms, sans lien avec Bordeaux, mais que notre ville s’honorerait de célébrer :

  • Sophiz Scholl, jeune étudiante allemande, décapitée pour résistance au nazisme
  • Rosa Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis

Amies bordelaises (et au delà), à vos souvenirs, à vos livres, élargissons la liste et donnons à notre ville cette élégance de célébrer les femmes à l’égal des hommes. Peut-être même arriverons-nous un jour à convaincre la municipalité de donner à la « Place des Grands Hommes », l’heureux contre-point d’une « Place des femmes illustres ».

Par une mansuétude particulière, les messieurs sont acceptés à concourir pour enrichir nos propositions.