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Les nouveaux apostats

Lors du dernier Conseil de Métropole, alors que je saluais l’engagement de Benoît Hamon pour le sport comme outil de santé publique, Alain Juppé m’a narquoisement répondu: « Eh bien, les nouveaux convertis sont une fois encore les plus zélés.. ».

La formule est bien connue, mais qu’en est-il des nouveaux apostats ? Ceux qui, plus ou moins patauds, reprennent le train pour Bordeaux (c’est une image) et après avoir déserté Juppé, pour certains dès le lendemain, viennent à Canossa ?

Qu’en est-il de Juppé lui-même, qui, le jour d’après l’article du « canard enchainé », a proclamé, alors que personne ne lui demandait rien, qu’ « il ne serait pas le plan B ». Il est amusant à ce propos de poursuivre l’anecdote évoquée à l’instant. Avec beaucoup de retenue, je lui répondais qu’en matière de nouveaux convertis, chacun devait s’interroger sur soi-même avant de brocarder les autres. Sa réponse fusa aussitôt: « Moi, Madame, je n’ai pas eu à réfléchir, je me suis rallié dans la minute ». Il s’agissait bien sûr du ralliement à Fillon, aussitôt après l’annonce des résultats des primaires.

Aujourd’hui, c’est surtout des nouveaux apostats qu’il s’agit, ceux qui se saisissent de la déclaration de Fillon après sa convocation pour probable mise en examen pour s’éloigner. Notons que ces départs ne sont pas survenus tout de suite : tous ont attendu les réactions de la presse. Eût-elle été plus réceptive au ton gaullien de Fillon, eux-mêmes auraient été moins rapides et, par exemple, auraient pu attendre le rendez-vous des juges, car il ne s’agissait que d’une convocation qui aurait pu ne pas déboucher sur la mise en examen.

Ces nouveaux apostats, après avoir lu les commentaires peu amènes des médias, se sont alors autorisés au départ, amenant hier 3 mars, le journal « Libération » à mettre en ligne un compteur qui renseigne à la fois sur la célérité de chacun et sur leur nombre total en une seule journée (plus de 100).

Situation particulière à Bordeaux, car si Alain Juppé se portait candidat et venait à être élu, serait-ce sa « dauphine » qui serait effectivement couronnée Maire ? Première à avoir rejoint Fillon,  dernière du groupe des juppéistes à le quitter, sa situation serait alors peu confortable aux yeux des Bordelais. L’apostasie est un métier difficile quand il devient un art de répétition.

Garder la tête froide n’empêche pas à l’occasion de sourire. Je crois même que sourire en est la condition.

 

Garder la tête froide

Garder la tête froide n’est pas chose aisée dans cette campagne chaotique qui amène à se poser la question de l’opportunité de conserver les 2 scrutins qui se rapprochent à même date.

Pourtant, il le faut et c’est à cela que devraient inciter les médias. La conférence de presse de François Fillon ce 1er mars était quasi-gaullienne pour le ton, mais beaucoup moins sur le fond.

Tout d’abord les faits qui amènent à une probable mise en examen correspondent-ils à des « erreurs », comme il l’a dit,  ou à de véritables fautes. La justice le dira (en utilisant ou pas un autre terme, celui de « délit ») et, pour cela, je ne veux pas revenir sur ce débat.

L’enquête est-elle trop précipitée, comme le soupçonne François Fillon, supposant par cela même qu’elle est télécommandée, ce qui ne pourrait être que par le pouvoir en place. Le simple bon sens dit « non » : n’est il pas légitime de vouloir aboutir au plus vite au regard de l’imminence de l’élection présidentielle. C’est cette imminence qui fait que la  situation n’est pas ordinaire.

Je crois par ailleurs comprendre que le 17 mars (2 jours après la convocation de Fillon) est la date butoir pour que le Conseil Constitutionnel puisse engager une action d' »empêchement », susceptible de déclencher un retard de la date prévue du scrutin. Cela n’est sans doute pas l’exacte formulation : je ne veux en aucun cas me déguiser en constitutionnaliste d’opérette et j’en appelle par exemple au Bordelais Pascal Jan pour nous éclairer. Remarquons au passage que Fillon en avait appelé dès le début de l’affaire à ce que « ça aille vite ».

La justice est-elle indépendante ? Tous, sur tous les bords, ont salué le fait que le quinquennat de François Hollande avait été de ce point de vue particulièrement exemplaire. Pas sa mise en cause, et de la justice et de la démocratie, François Fillon fait peser un lourd soupçon sur tous ceux qui mènent l’enquête et l’instruisent. A noter que dans ce premier temps d’enquête, celle-ci est forcément à charge, puisque la partie en cause a seulement à répondre à ce qui lui est demandé et qu’elle n’a accès au dossier et à agir à décharge qu’une fois justement la mise (éventuelle, ici) en examen.

La presse en a-t-elle fait trop et a-t-elle fait montre de partialité ? Eternelle question : la presse a dénoncé des faits, essayé de les établir et, en effet, ni dans le cas de Fillon, ni dans tant d’autres, titré et commenté  de manière à retenir l’attention et la curiosité du lecteur, prompt à s’emballer quand il s’agit d’hommes ou de femmes poliques. François Hollande a profité de ce mauvais temps et de bien d’autres..

Coup du sort ou du hasard : un journaliste de @sudouest m’appelle à ce moment précis, déviant un légitime tantinet sur la situation de la gauche (et si Juppé avait été rappelé du banc de touche si Fillon s’était retiré ?), comme sur une possible nouvelle donne à Bordeaux (les élus MODEM de la municipalité auraient-ils alors été mis en situation peu confortable ?..)

J’en reviens à ma tête froide. Nous sommes sans prise sur la tenue ou non du scrutin, nous en avons sur son issue. Nous devons montrer aux électeurs, que la politique n’est pas ce fleuve tumultueux qui les rebute, mais aussi le champ de la responsabilité dans les paroles comme dans les actes.

 

 

 

 

Voter ?

Voter, alors que deux candidats sont menacés de mises en examen ? Voter, alors que la candidate que les sondages portent en tête se nourrit deux fois de l’Europe : en en faisant son fond de commerce électoral mais aussi son tiroir- caisse, comme d’ailleurs tous les partis de l’ultra-droite européenne ?

Voter dans ce désordre, cette incertitude, cette inquiétude ? Voter dans ce désamour de la politique qui touche tous les partis, alors que tous n’en sont pas malades ?
Voter, alors que le parti montant est celui des « Prafistes » (« Plus Rien à Faire, Rien à Foutre ») , selon le mot de Brice Teinturier, directeur de l’IFOP.

Le Conseil Constitutionnel pourrait -à ma connaissance, très loin d’être complète- retarder une élection si un candidat est « empêché ». Il s’agit ici de deux ; deux candidats, et deux élections (présidentielle et législative) qui ne sont désormais pas dissociés. Les conditions ne sont sans doute pas réunies et pourtant, imagine-t-on que l’un des deux candidats en cause puisse être dans moins de deux mois élu Président de la République ?

Imagine-t-on même qu’on puisse voter en responsabilité dans l’attente de la sanction des juges ?

Dire que je suis inquiète est faible. Le jour de gloire que nous promet notre hymne national n’est pas pour les semaines à venir.

#DirectAN

Dans la salle des 4 colonnes, une journalistes de @LCP m’intercepte. A son air sérieux et au crédit de cette chaîne, je m’arrête. A brûle pourpoint, tendant son micro, elle demande :

-Croyez vous au Progrès ?

A son intonation, je comprends qu’elle met au mot un P majuscule. C’est le Progrès, le grand, le vrai, celui qui a fait couler beaucoup d’encre et étanché beaucoup de discours qui est en cause. Je regarde autour de moi ce beau décor chargé d’histoire, je « regarde » -si l’on peut dire- les moments que nous vivons.

-A vrai dire… Au Progrès, sans doute pas. Mais au fait que la volonté d’un homme ou d’un groupe peut faire progresser un domaine, soit dans la connaissance, soit dans la réalisation concrète d’une idée, oui, sans doute oui, j’y crois.

L’imminence de notre réunion de groupe m’oblige à ne pas aller plus loin. C’est à sa sortie que j’écris ces quelques lignes. Je crois au progrès quand il relève de la détermination et de l’obstination, comme je crois en l’optimisme de la volonté.

Ca tombe bien : obstination, courage, volonté, on en a aujourd’hui sacrément besoin. Mais quant au Progrès de la nature humaine,  si j’y ai jamais cru, je n’y crois plus guère.

#directAN veut dire, les amis de twitter le savent « petite brève en direct de l’Assemblée nationale »

 

Emploi réel, salaire fictif

En politique, je ne me réjouis jamais des malheurs de l’équipe adverse, ne serait-ce que parce qu’il rejaillissent en général à plein flot sur l’ensemble de la classe politique. Mais là, c’est pire…

Le « PenelopeGate » auquel je ne conserve ce nom parce qu’il était clairement prédestiné : Penelope restait à la maison, attendant le retour de son Ulysse et, très probablement, en plus de tapisser le jour et détapisser la nuit, faisait au vieil Homère quelques notes de lecture qui lui permettraient de faire de sa modeste histoire de famille une Odyssée.

Arrivons-en au plus fâcheux : le PenelopeGate a délié les langues. Ce sont aujourd’hui combien de conjoints et conjointes (tenants du titre ou faisant fonction) qui réclament leur dû et menacent leur élu(e) ( à la fois de leur coeur et du suffrage universel) de dénonciation pour emploi réel, salaire fictif.

J’en ai un de ce modèle à la maison, que je trouve matin et soir, comptant ses kilomètres, à pied dans des buts de tractage, sur 4 roues dans des buts de voiturage, fouillant mes archives pour traquer chaque faute de ponctuation ou d’orthographe dans mes documents électoraux qu’il a corrigé en 10 ans… J’en passe : chaque jour, la liste s’allonge et me condamne.

J’en suis venue au point, en vue de négociations, de comptabiliser les plats Picard que j’ai décongelé pour lui, les « pneus neige » à épaisse semelle de caoutchouc que je lui ai fait troquer pour des chaussures mieux compatibles avec un usage urbain en climat tempéré, aux « kneipp » à lanières que je lui ai fait abandonner en même temps que les chaussettes qu’il portait avec. Ajoutons qu’il dénonce cette dernière action pour atteinte à l’identité germanique et à la liberté d’expression.

Bref, c’est la guerre, d’autant que ses amis se liguent pour témoigner en sa faveur. Même drame chez mon excellente collègue Martine Faure et tant d’autres dont je tairai le nom par pure camaraderie. La politique n’est pas un long fleuve tranquille…