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Souchiens, vous avez dit souchiens ?…

… Et j’ai entendu « sous-chiens » ! L’oreille bien souvent trahit ce que le cerveau n’a pas osé dire. Non, Freud n’est pas mort, et peut-être aurait-il répondu à Finkielkraut qui regrettait -ou du moins constatait- qu’à la cérémonie d’hommage à Johnny Hallyday, les « non-souchiens- étaient absents.

Alain Finkielkraut est académicien et connait le poids des mots comme leurs petites trahisons. Il s’exprimait ce 9 décembre sur une radio juive et beaucoup d’oreilles ont du d’abord ne pas comprendre, puis se dire que ce n’était pas possible, et enfin, avec retard, décrypter ce qu’était vraiment un « non-souchien ». Mais le mal était fait.

Non seulement, non-souchien, comme souchien, est affreux mais il est horrible parce qu’il glisse inévitablement vers « sous chiens » et qu’il ne faut pas tarder trop non plus pour traduire « unterHund » et se souvenir de « unterMensch ».

« Sous hommes »,  les non-souchiens ? Il ne l’a pas dit, sans doute pas même pensé. Mais que d’autres cerveaux aient redouté de l’entendre veut dire que son cerveau n’en est pas tout à fait innocent.

 

 

 

Mobilité de la laïcité le jour même où on la célèbre

C’est un tweet plutôt modeste et « propre sur lui » qui a soulevé un déluge d’invectives et d’incompréhension : « En ce 9 décembre*, n’eût-il pas été opportun que l’ « hommage populaire » fût dissocié de la cérémonie religieuse ».

L’hommage était bien sûr l’hommage à Johnny , décrété par Emmanuel Macron sous ce nom de « populaire ». J’étais enthousiaste du défilé du cercueil sur les Champs Elysée , entouré de Bikers et d’une immense ferveur et me suis, dès mon retour d’une cérémonie toute autre, scotchée devant le téléviseur.

Le Président de la République parlait du haut du parvis de l’église de la Madeleine, avec à ses côtés le Célébrant de la cérémonie qui allait se poursuivre sans interruption, occupant la part majeure de cet hommage, cérémonie d’ailleurs plus proche du show que de l’épitre de Saint Paul qui a été lue avec talent.

Que n’avais-je écrit ? Déluges de réactions « modérées et réfléchies » me traitant de coupeuse de têtes pendant la guerre de Vendée; de séide de Jean-Luc Mélenchon , de laïcarde de basses eaux et me citant en exemple du contraire, le Général de Gaulle.

Pas de chance. Le Général de Gaulle est l’exemple absolu de ce qu’est le respect de la laïcité par un Président de la République. Croyant fervent, pratiquant fidèle, il prît un soin jaloux qu’on ne confondit jamais « le Président de la République avec l’archevêque de Paris » (ce sont ses propres mots). Il se rendit à toutes les cérémonies religieuses justifiées par sa fonction, n’y prit jamais la parole, pas davantage ni communiât, moins encore ni parlât sur le parvis de quelque édifice religieux que ce soit, en connaissance du fait que parvis et perrons font partie de l’édifice qu’il soit laïc ou religieux.

Ce n’est pas jusqu’à Alain Juppé, croisé moins de deux heures après mon tweet dans la cour de notre Mairie de Bordeaux, qui m’invectiva à voix haute « Madame, sachez que le Général de Gaulle était à Notre Dame pour le Te Deum de la Libération ! » A forte voix, mais surtout au pas de charge pour que je n’ai pas loisir de lui répondre, ni d’échanger avec lui, cordialité dont il n’est pas friand.

Cher Alain Juppé, je sais. Pour ce Te Deum, comme pour les autres. Je sais les 4 seuls « manquements » du Général-Président à la Laïcité, manquements très intentionnés et que j’approuve sans réserve, quand il s’agissait de rendre hommage à des peuples martyrisés du fait de leur foi. Dans ces 4 cas et seulement dans ceux-là, il décida de communier en public.

Nombreux furent aussi les twittos qui me rappelèrent que le Général avait installé une chapelle à l’Elysée. Vrai : elle avait 15 m2 de surface, et personne autre que sa famille, n’eût jamais le droit d’assister avec lui à la messe qui y était célébrée chaque dimanche.

Mais le plus beau, le plus talentueux, alors que le vote des Républicains pour leur chef était proche tomber et qu’il s’agissait de rameuter les troupes fut ce post de la députée Valérie Boyer : « La ferveur populaire, l’émotion lors des hommages à Jean d’Ormesson et Johnny n’auront pas eu raison du sectarisme haineux de Michèle Delaunay et de @jlmelenchon parce qu’ils étaient catholiques ». Et le déluge d’invectives de recommencer…

Chère Valérie, outre que vous ne trouverez jamais de ma part un tweet haineux, je suis croyante exactement comme d’Ormesson, lequel disait « Je n’ai pas la foi, mais j’ai l’espérance.. ».

Eh bien, une fois de plus, vous et votre déferlante de twittos, ont failli me la faire perdre…

 

*le 9 décembre est la « journée de la laïcité » car c’est le jour anniversaire du vote de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

Hommage à Johnny Hallyday

En tant que cancérologue, je sais que quelqu’un qui ne veut pas que soit fait mystère de sa maladie, voire que celle-ci soit largement connue, se situe dans une communauté à laquelle il veut adresser un message.
Communauté avec les malades du cancer, communauté aussi avec les malades d’un type particulier de cancer, à la cause bien identifiée. Je me souviens d’un surfer, à la carnation australienne (yeux bleus, peau claire, parsemée de grains de beauté) bien qu’il fût biarrot qui m’a donné alors que je le soignais pour un mélanome avancé, l’injonction suivante concernant ses congénères : « Dites-leur qu’il faut se protéger (du soleil), dites leur que c’est dangereux ».

Je n’évoque ce souvenir qu’en relation avec la volonté de Johnny Hallyday que soit connue la nature de son cancer. Nous ne saurions pas qu’il est mort d’un cancer du poumon sans qu’il n’ait délié ses médecins du secret médical et son entourage du secret tout court. Grand fumeur, comme l’a rappelé en ce 6 décembre son amie Line Renaud (« plus il fumait, plus sa voix était belle »), l’on peut dire que Johnny est mort du tabac. Comme avant lui Michel Delpech, Johan Cruyff, Yul Brynner, ces trois-là ayant fait de leur bouche même la relation avec le tabac (et les deux derniers ayant en plus enregistré des spots contre ce poison), ce qui ne fut pas le cas de Johnny.

Pourquoi ce rappel ? Pour répondre à ceux (peu nombreux, et parmi eux plusieurs buralistes) qui considèrent comme indécent mon message d’hommage à Johnny : « Hommage à Johnny Hallyday , qui a voulu que l’on connaisse le nom et la nature de sa maladie. Merci de ce message, merci de ce courage ».

Car il y a beaucoup de courage à cela : accepter que l’on nomme aussi précisément la maladie suppose qu’on la connait soi-même et qu’on la valide dans toutes ses implications.

A ne pas permettre d’incarner les méfaits du tabac, on les méconnait. Notre souffrance devant les visages et les noms des victimes du Bataclan, a multiplié notre haine du terrorisme. C’est aussi parce que, pour moi, les méfaits du tabac ont le visage et le souvenir de la souffrance de tant d’amis et de malades, que mon combat contre ce fléau ne cessera jamais.

J’y ajoute l’immense regret de tant d’années de création perdues par tant de musiciens, d’écrivains, de metteurs en scène de génie, d’acteurs inégalés… Entre d’Ormesson et Johnny Hallyday qui se sont suivis dans la mort, il y a ces 20 ans que le tabac, en moyenne, dérobe à nos vies.

 

L’Egalité commence par l’Identité

Ce texte correspond à la teneur de la lettre que nous avons conjointement avec Sandrine Doucet adressée à la Secrétaire d’Etat, Marlène Schiappa sur les difficultés que rencontrent aujourd’hui de très nombreuses femmes à être enregistrées sous leur nom d’usage.

 

Mme la Ministre,

De très nombreuses femmes se heurtent au quotidien à une contrainte qui vient en négation complète de l’objectif que votre Gouvernement a posé comme une priorité et dont il a fait la « grande cause nationale » de 2018 : l’égalité entre les femmes  et les hommes.

La règle veut aujourd’hui qu’une femme puisse choisir son nom d’usage (nom de naissance ou nom d’épouse s’il y a lieu) et que, ce choix étant fait, puisse l’imposer à toutes les administrations ou autres structures habilitées à se voir présenté par un titre officiel d’identité.

Cette régle est loin d’être partout appliquée et nous nous permettons, pour illustrer les difficultés de cette méconnaissance de la primauté donnée au nom d’usage de prendre l’exemple de l’administration hospitalière car elle est particulièrement féconde en complications, comme en désagréments pour les femmes qui ne veulent pas être enregistrées d’autorité sous leur nom d’épouse.

Les femmes, comme les hommes, sont enregistrées par la Sécurité Sociale sous leur nom de naissance. En dehors même du principe d’égalité, il apparaît souhaitable pour tout ce qui concerne la santé et les soins, que ce nom conserve la priorité, car la multiplicité des identités engendre beaucoup de complexité et de risques d’erreurs dans la gestion d’un dossier médical qui court tout au long de la vie, réunit des dizaines d’actes, de praticiens et d’officines diverses.

Cet exemple plaide en faveur du choix du nom de naissance comme nom d’usage, mais ce n’est pas à ce titre mais à celui de l’Egalité que nous nous adressons à vous.

Comme les hommes (pour lesquels pourtant la question n’est pas même posée) les femmes ont le droit de s’en tenir à leur identité de naissance et de voir sur leur documents officiels les mêmes mentions que leurs homologues masculins :

-Mme Dupont, épouse Martin, nom d’usage : Dupont pour les femmes voulant conserver leur identité de naissance ; Martin si elles préfèrent adopter le nom de leur mari (ou encore le nom double de l’un et l’autre, Dupont-Martin)

– Et pour les hommes « M Martin, époux Dupont, nom d’usage Martin ; ou Dupont s’il a fait le choix de revêtir le nom de sa femme (ou encore le nom double)

Pour les uns, comme pour les autres, le nom d’usage choisi doit prévaloir sans discussion. Signalons cependant la relative logique à ce que préférence soit donnée au nom de naissance, en raison de la possible multiplicité des alliances au cours d’une vie. Mais l’essentiel, et la motivation de notre courrier, est que la situation soit exactement semblable et égale entre les hommes et les femmes.

 C’est avec l’appui de très nombreuses femmes que nous vous confions aujourd’hui cette exigence :

-Assurer à chaque femme majeure la possibilité du choix de son nom d’usage, en précisant qu’il doit se faire entre nom de naissance ou nom d’épouse (ou encore nom double)

Imposer que ce choix soit respecté dans toutes les circonstances et par toutes les officines publiques ou privées habilitées à enregistrer cette identité

Ainsi dans tous les cas, sujet masculin ou féminin, les titres d’identité devraient être porteurs de la même triple mention

-nom de naissance

 -nom d’époux ou d’épouse

 -nom d’usage

Nous avons grande confiance en votre engagement pour la cause de l’Egalité et nous comptons pleinement sur vous pour porter cette marque à la fois primaire et décisive de cette égalité.

Nous vous en remercions par avance et vous prions de recevoir, Madame la Ministre, nos sincères et «sororales» salutations,

 

Michèle Delaunay, ancienne Ministre et députée      Sandrine Doucet, ancienne députée

 

 

Tabac et cinéma : de la démonstration à l’action

Ce billet est le texte d’une tribune que nous avons publié, conjointement avec Claude Evin, dans le journal Le Monde en date du 4 et 5 décembre 2017. Elle est parue sous le titre plus explicite « Arrêtons de subventionner les films financés par les cigarettiers »

Pour avoir pointé du doigt « l’importance de la cigarette dans le cinéma français » et indiqué qu’elle souhaitait « une action ferme » à ce sujet, mais avant même que l’on connaisse précisément ses intentions, voilà la Ministre de la Santé Agnes Buzyn accusée de porter atteinte au principe de la liberté de création. Si elle n’a jamais formulé l’intention d’interdire la cigarette au cinéma, une action, pour autant, s’impose car le cinéma est le premier inducteur de tabagisme chez les jeunes, lequel place actuellement la France dans le peloton de tête des pays pour la consommation de tabac des mineurs. La question est trop sérieuse pour n’être pas examinée précisément.

 

La Ligue contre le cancer et l’institut IPSOS ont publié deux études analysant la présence et la valorisation du tabac dans les films français, la première analysant 200 films sortis entre 1982 et 2002 et la seconde 180 films entre 2005 et 2010, films choisis dans les deux cas pour leur plus grand nombre d’entrées. La comparaison d’une étude à l’autre démontre l’augmentation du nombre et de la durée des « événements fumés », passant de 50% à 80% des films dans la deuxième étude. Qui peut raisonnablement expliquer que cette augmentation est uniquement justifiée par le seul intérêt artistique ? Non ! L’application de plus en plus drastique de l’interdiction de publicité directe ou indirecte en faveur du tabac, notamment dans la presse magazine, a conduit les industriels du secteur à reporter leurs financements vers d’autres supports publicitaires.

 

Dans l’étude française, la durée moyenne des « évènements tabac » est de 2,4 minutes ; ce qui peut sembler court mais correspond en réalité à 5 publicités commerciales habituellement projetées à la télévision ou au cinéma. En multipliant par le nombre de séances, de salles, de DVD, de rediffusions télé, on imagine facilement le montant financier que cela représente. Il s’agit bien dans leur grande majorité de scènes à caractère promotionnel, assimilant le fait de fumer à la jeunesse, à la beauté, à la minceur, à la séduction ou, ce qui n’est pas moins grave, banalisant la consommation de tabac en en faisant un acte de la consommation de tous les jours.

 

En 2012, l’Organisation mondiale de la Santé a publié une série de rapports apportant les preuves (« evidence based ») que le cinéma était le premier déterminant de l’entrée des jeunes dans le tabagisme et a proposé un éventail de mesures pour réduire le phénomène : avertissements, publication de toute participation financière de l’industrie du tabac, interdiction des films comportant des scènes de tabagisme aux moins de 18 ans.

 

La législation française est claire. La loi dite « loi Evin » interdit toute « propagande ou publicité, directe ou indirecte en faveur du tabac » La Convention-cadre de la Lutte anti-Tabac (CCLAT) que la France a ratifié en 2004 a confirmé cette interdiction.

 

Aujourd’hui, l’industrie du tabac détourne la loi en utilisant le cinéma comme vecteur de publicité.

 

Alors, soyons clairs, il n’est pas question d’apporter des restrictions au principe même de la liberté d’expression et de création au cinéma. Personne ne peut imaginer un film sur Churchill sans son cigare ou sur Gainsbourg sans sa cigarette. Mais peut on accepter que des subventions publiques soient accordées à des entreprises qui contreviennent à la loi ?

 

Aussi, il nous semble nécessaire que toute participation financière de l’industrie du tabac à la production d’un film soit publiée et connue du public selon le principe du « Sunshine Act » ; qu’aucune subvention publique ne soit attribuée pour la production de films, de fictions ou de séries télé qui sont par ailleurs financés par l’industrie du tabac.

 

Le titre de cette tribune est celui des rapports de l’OMS (« From Evidence to Action »). Bien peu (c’est à dire rien), a été fait en France depuis lors, alors que le cinéma américain, le plus puissant du monde et jadis le plus « enfumé », a au contraire beaucoup réduit le nombre et le temps des scènes de tabagisme dans ses films. Les jeunes demeurent les premiers piégés par le tabac au cinéma et en particulier les jeunes femmes. C’est le cinéma qui a rendu la cigarette socialement acceptable, puis attractive pour les femmes. On connaît la suite avec l’explosion chez elles du cancer du poumon qui en fait désormais la première cause de mortalité par cancer de la femme.

 

Le cinéma est un art, et nous ne pouvons accepter que cet art serve d’écran publicitaire aux multinationales de ce crime organisé, planifié, assumé qu’est le tabac. Leur habileté, leur cynisme sont à proportion de leurs intérêts. La vérité des faits doit venir  en soutien du volontarisme du Gouvernement en la matière.