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Avez-vous travaillé pour la journée de solidarité ?

Rares, certainement, sont ceux qui répondront « oui ». Cette journée, créée en 2004 par le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin s’appelait initialement « journée de solidarité pour les personnes âgées ». Secondairement, ses revenus ont été attribués pour 2/3 aux personnes âgées dépendantes et pour 1/3 aux personnes handicapées.

La loi d’adaptation de la socièté au vieillissement a été basée sur la contribution des retraités imposables (CASA) à cet effort de solidarité. Son rapport initial était de 650 millions d’euros, somme qui m’avait été signifiée comme « non dépassable ». Ce fut fait, mais il n’est pas insignifiant de savoir que ce revenu est dynamique et rapporte cette année 765,4 millions du fait de l’augmentation continue du nombre de retraités. L’ensemble de la Journée rapporte 2,42 milliards d’euros.

Je regrette beaucoup que cette journée ait été, au fil des Gouvernements successifs, détournée de son sens et décolorée grâce à de multiples aménagements, dont la stupide possibilité d’étaler sur l’année le temps de travail d’une journée. C’est ainsi qu’à la Mairie de Bordeaux, les salariés sont supposés travailler une minute de plus par jour, ce que je trouve particulièrement coupable de la part d’une collectivité publique. Le remplacement du lundi de Pentecôte par une journée de RTT conserve au moins une part de sens, même si une journée collective en a bien davantage.

Ce regret est particulièrement aigu alors que le Gouvernement actuel travaille à un « 5ème risque » pour mieux assumer le coût de la dépendance. Une contribution nouvelle, que j’espère publique et obligatoire sur le modèle de la sécurité sociale, ne sera acceptée des Français que si elle est expliquée et comprise et si son revenu est strictement attribué à cet enjeu social et solidaire majeur.

Jurer, mais un peu tard

Le sondage publié par @sudouest sur les intentions de vote aux prochaines municipales suscite bien des interrogations sur sa fiabilité (son commanditaire est le groupe de soutien à Alain Juppé et les options proposées n’en sont pas innocentes), mais a aussi suscité en raison du  faible score individuel des candidats de gauche (9 à 11%) , des intérêts jusqu’alors inexprimés.

On découvre par exemple un vibrant appel à l’Unité. Vibrant mais en retard de plus d’une année. Que ne s’est-il manifesté vis à vis des candidats socialistes qui se sont alors présentés aux élections législatives sous leur étiquette -ce qui demandait un certain courage- et avaient loyalement soutenu la candidature pourtant désespérée du candidat de ce Parti à la Présidentielle ?

La Gironde, qui comptait 10 députés socialistes et 11 de gauche, constitue en la matière un véritable cas d’école. Ce département a dû affronter l’entente déjà manifeste de la République en marche avec le Maire de Bordeaux afin qu’un candidat LREM soit présent dans chacune des 12 circonscriptions. Calcul qui ne fut qu’à moitié couronné de succès pour le Maire, puisque ses propres candidats en firent les frais tout autant que les socialistes.

Connaissant cette difficulté majeure, un appel à l’Union, une participation active de tous -pour le moins de tous les socialistes- eût sauvé plusieurs sièges et, dans les circonscriptions les plus difficiles, ravies à la droite de haute lutte après des décennies d’échec, permis une présence au deuxième tour dont le verdict est toujours aléatoire mais jamais perdu d’avance.

Que nenni, nul soutien massif, voire même un soutien à l’un ou l’autre candidat concurrent, en Gironde comme dans nombre de territoires. Le résultat national ne s’est pas fait attendre : le groupe socialiste de l’Assemblée nationale est aujourd’hui réduit à 30 députés au lieu de 280 précédemment. Ce groupe est sans véritable poids face  aux 312 députés LREM auxquels tant d’ unionistes d’aujourd’hui ont en fin de compte prêté la main.

N’est-il pas un peu tard pour jurer qu’on ne les y reprendra plus, tel le corbeau de la fable ?L’Unité, la loyauté, la capacité à fédérer, ne se découpent pas, tel un fromage, selon l’intérêt du moment, non plus que celui de l’un ou de l’autre.

Je pensais ne jamais en parler et, tout au contraire, j’oeuvre au quotidien pour que le groupe socialiste municipal conserve une identité. Les blessures les plus profondes de tant de députés recalés n’ont pas été d’être battus, mais de l’avoir été sans avoir pu compter sur l’appui de l’ensemble de leur équipe.

La politique, finalement, est moins noble que le rugby. Mais pour le rugby, je crains qu’il ne soit un peu tard.

 

 

 

Projet de renouvellement urbain du Grand Parc

Le Grand Parc est désormais un sujet métropolitain en même temps que municipal* et il faut sans doute s’en réjouïr au regard des 20 ans d’inattention de la Municipalité de Bordeaux à son identité et à ses aspirations.

Né dans les années 70, le Grand Parc est certainement une des plus belles réalisations de Jacques Chaban-Delmas, sinon la plus belle, de manière certaine la plus innovante. Concevoir, implanter un quartier  à 80% d’habitat social pratiquement en cœur de ville, ce n’est pas tout à fait monnaie courante pour un Maire de droite. Y implanter l’ensemble des équipements qui allaient en faire un authentique quartier, attractif pour tous les Bordelais et au delà, grâce aux équipements dont il disposait  : piscine olympique qui était devenue identitaire de ce quartier et de la France sportive au regard des records qui y furent battus et de la belle personnalité de Jean Boiteux**;  salle des fêtes polarisant les spectacles et les musiques nouvelles; pôle administratif majeur (CNAM); centre d’animation et centre social; mairie de quartier; écoles et collège; immeubles disposés sans vis à vis pour que tous bénéficient du grand espace vert où ils étaient implantés … Le Grand Parc était un quartier pilote, il aurait fallu qu’il demeurât dans cette position de devancier et de modèle. Le Maire n’a saisi la perche qu’après vingt années de mandat, alors qu’aujourd’hui, l’on redécouvre une nième fois avec le plan Borloo, ce qu’il advient d’un quartier populaire sans vision d’avenir et fermé sur lui-même.

Le « plan de renouvellement urbain » voté aux conseils municipal et métropolitain ce mois de mai, a été présenté un nombre incalculable de fois aux habitants comme devant se faire le lendemain matin. L’alors directeur de l’agence a urba, Francis Cuiller, le  tenait déjà prêt il y a plus de dix ans. Ainsi le Grand Parc attend depuis 23 ans de retrouver une part de sa modernité d’antan.

Aujourd’hui le Grand Parc a été classé « Quartier politique de la ville ». Le revenu moyen annuel de ses habitants est de 23 000 euros si on considère l’ensemble Paul Doumer-Grand Parc, moins défavorisé que le Grand Parc isolément. Ce revenu moyen avoisin celui du quartier de la Bastide, lequel d’ailleurs aujourd’hui à s’élever. Il est très nettement inférieur à celui du Bouscat (26 000 euros)  dont le Grand Parc n’est séparé que par l’épaisseur d’un boulevard , et plus éloignés encore de ceux de Caudéran (33 000 Euros). Le taux de pauvreté du Grand Parc est de 31%, pratiquement le double de celui de la ville entière (16%).

Les échanges de foncier que nécessite le plan de renouvellement urbain, entre la métropole, la ville et Aquitanis, ne méritent pas commentaires particuliers, car ils sont pratiquement équilibrés et surtout concernent un bailleur social qui a apporté le plus significatif des « coups de jeune » à ce quartier par le renouvellement innovant des 3 « barres » les plus dégradées, les bâtiments  « G, H, I »  ; ceci avec le soutien à hauteur de 80 millions d’euros de l’ex-communauté urbaine alors présidée par @vincentfeltesse.

Pour cela, j’évoquerai principalement la question du stationnement, cruciale pour ce quartier, qui tend à servir de « parc relais » dans le voisinage de l’arrêt du tram, et auquel deux cliniques (Bordeaux Nord et Tivoli) apportent un afflux de fréquentations automobiles.

Les bailleurs sociaux (Aquitanis et InCité) ont fait de notables efforts en « résidentialisant » les terrains dont ils sont propriétaires pour le stationnement des résidents, et ceci à tarif très accessible et avec une mutualisation qui permet à tous de n’avoir qu’un interlocuteur, commun aux deux structures.

Mais par ailleurs est-il normal que les habitants du Grand Parc supportent – en dehors de l’ abonnement résidentiel des bailleurs dans les surfaces qui sont leur propriété – de tarifs de stationnement de surface d’un coût égal à celui de son voisin, le quartier Chartrons-Jardin public beaucoup plus favorisé ? Evidemment, pas. Pour autant, je ne propose pas qu’il soit réduit globalement au titre de « quartier politique de la ville » que  nombre d’habitants avec lesquels je me suis entretenue considèrent comme « stigmatisant » :  c’est une tarification sociale qui doit être notre but dans l’ensemble de la ville.

Est-il normal aussi que ces habitants du Grand Parc, en allant au Bouscat (il suffit de traveser le boulevard de ceinture), découvrent que le stationnement n’y est pas payant ? Oui, le stationnement doit être un sujet métropolitain, pour que personne n’ait à affronter des inégalités qui dépendent de quelques dizaines de mètres au lieu de tenir compte des conditions sociales de ceux qui y résident.

Une autre question souligne encore l’inégalité des politiques de la Municipalité en fonction des revenus et du vote des habitants des quartiers de Bordeaux

Combien de jours le Maire a-t-il tenu, après la mauvais accueil qui lui avait été fait en conseil de quartier, avant de suspendre sa décision de rendre payant le stationnement des quartiers de Saint Augustin et de Caudéran ? Combien de jours avant de, définitivement, supprimer la mesure? La colère des quartiers populaires, la Bastide, Bordeaux Sud, le Grand Parc, elle, n’a tout simplement pas été écoutée et aujourd’hui, ils manifestent pour être traités sur pied d’égalité avec leurs homologues plus favorisés.

La prochaine élection municipale approche. Outre les belles réalisations d’Aquitanis, la Salle des fêtes va être rouverte après 25 ans de silence, le plan de rénovation urbaine parviendra à réalisation juste à temps. Un bilan très tardif pour ce quartier que, certes, les touristes et les magazines dorés ne visitent pas, mais qui aurait du être une priorité d’un mandat municipal qui aura un quart de siècle lors du prochain scrutin.

*Ce texte est la synthèse de mes deux interventions au Conseil de @bxmetro et au conseil municipal de @Bordeaux de mai 2018. Les interventions elles-mêmes sont accessibles sur les sites de chacune des collectivités

** Bordelais, champion olympique de natation, et détenteur de plusieurs records dans cette piscine du Grand Parc.

 

 

Se marier pour 70 ans, c’est long…

Se marier pour 70 ans, c’est long… Et d’autant plus long quand on parvient à la retraite qui, elle même,  « risque » de durer plus de 30 ans. Long, quand les enfants sont partis, le projet d’une maison à soi comblé (ou définitivement impossible à combler), de même pour l’ambition d’une carrière ou la réalisation de toutes sortes de projets..

Les chiffres sont là, publiés par le Ministère de la justice. Les divorces après 60 ans ont doublé en 10 ans : ils étaient 14000 (13 941 exactement) en 2014 contre 8200 en 2004 et l’accélération est la plus grande en milieu urbain.

Les femmes ou les hommes, quels sont les initiateurs de la demande ? Les chiffres sont différemment interprétés par les différents médias qui ont commenté la publication du Ministère, ce qui est compréhensible, puisque dans les couples hommes et femmes n’ont le plus souvent pas exactement le même âge. Nous avons connaissance du chiffre global (précédemment cité) et du nombre de femmes ayant divorcé à plus de 60 ans (8824 en 2014, contre 4755 en 2004, toutes ayant probablement vu la période étudiée, divorcé d’un compagnon masculin..)

Un certain flou demeure donc sur le ou la demandeur(e). Demeurons-y pour ne pas avancer des explications faciles mais probablement fausses. Une certitude est que l’accélération est facilitée par l’arrivée à l’âge de la génération des Boomers (ex baby-boomers). Les plus âgés d’entre eux ont aujourd’hui 72 ans et cette accélération risque fort de se poursuivre avec la succession de promotions de près d’un million de naissances par an après 1945.

Là, les raisons sont simples. Ces boomers ont grandi dans une culture d’émancipation et d’autonomie. Les femmes ont été à l’origine d’une plus grande liberté sexuelle et d’un progrès dans leurs droits. Mais surtout, elles ont rejoint massivement les bancs de l’Université et surtout eu une profession qui fait que les couples aujourd’hui concernés étaient « bi-actifs », sont et seront « bi-retraités » et bénéficient d’une relative indépendance financière.

Ces faits, qui semblent plaider pour la facilitation du divorce, ont une autre conséquence : les divorces n’en sont que plus complexes sur le plan patrimonial. En dehors même des conséquences financières, l’attachement de l’une comme de l’autre (ce dernier étant masculin) au domicile et aux acquisitions échelonnées dans le cours de la vie, ne simplifie pas les discussions, ni la douleur des ruptures.

Les conséquences de ces divorces ne sont pas toujours heureuses. Certes les hommes, majoritairement, ont le séduisant projet de « refaire leur vie » (c’est souvent le motif du divorce). Ils sont aidés en cela par la différence d’agenda biologique entre les hommes et les femmes (ce qui risque cependant de ne pas durer autant qu’ils le croient avec la possibilité d’utilisation pour soi même des ovocytes congelés qui peut amener des femmes ménopausées récemment à utiliser bientôt le même type d’argument). Plus concrètement encore, ils sont encouragés par l’accès aux médicaments contrant les troubles de l’érection. Mais les femmes, en dehors de tout espoir ou non espoir d’enfant, manifestent désormais aussi ce désir d’une deuxième et d’une autre vie.

Les conséquences fâcheuses peuvent être de la part de l’un ou de l’autre, un état de dépression, de culpabilité ou de mépris de soi, lié au sentiment d’abandon et à la difficulté de vivre en solitude.

Cette difficulté est plus marquée chez les hommes, surtout quand cette solitude survient au delà de 70 ans. Si les femmes « s’accrochent » (c’est une des raisons de leur longévité), les hommes lâchent souvent prise, qu’il s’agisse d’une séparation non voulue ou d’un veuvage.

Femme ou homme, les troubles de la santé sont fréquents et nombreux, assez pour faire l’objet de nombreuses rubriques « santé » dans les magazines.

La fréquence des divorces, y compris des divorces tardifs, a été prise en considération par l’actuel Pape. Se marier pour 70 ans n’est pas gagné d’avance. La transition démographique liée à la longévité connait bien des faces cachées. En connaissance de cela, le Pape a assoupli la relation des divorcés à l’Eglise et leur a permis (sous condition, en particulier de l’attitude vis-à-vis des enfants après divorce) de rentrer dans le sein de l’Eglise. Oserais-je dire qu’une question qui n’est pas radicalement différente se pose aussi : faire voeu de chasteté pour 70 ans n’est sans doute pas « raisonnable », mais je me garde bien évidemment de toute prise de position sur le célibat des prêtres, non plus que sur les remous qui agitent en ce moment l’Eglise.

Se marier pour 70 ans, c’est long… A moins de le faire en 3 fois. Cette blague n’en est qu’à moitié une et nous avons tous connaissance d’amis ou de proches ayant choisi cette solution. Dans tous les cas, les divorces ne feront qu’augmenter en nombre, surtout au cours de ce quart de siècle de « papy-boom ». Cela mérite que le législateur y regarde, lui aussi, à trois fois.

 

 

 

Plus qu’un Plan, UNE mesure

Avec la publication du plan Borloo, la question des banlieues retrouve le devant de l’actualité, qu’en réalité elle ne devrait pas quitter, non pour les stigmatiser mais pour réduire le fardeau de particularités et de discriminations qu’elles continuent de porter. Ce sont aujourd’hui 85% de la population française qui vivent dans des aires urbaines et qui connaissent des difficultés différentes selon qu’il s’agit des centres ou des zones périphériques, même si l’ensemble de ces dernières ne soit pas assimilable au terme de « banlieue », tel que le plan Borloo l’envisage
 
La question clef est bien sûr l’absence de mixité sociale au sein de conurbations. Elle ne se résoudra pas par une loi, ni même cent. Une mesure majeure pourrait y aider : imposer la mixité scolaire en la basant sur l’adresse de résidence, ce qui suppose de pulvériser la carte scolaire, qui non seulement ne favorise pas la mixité mais favorise la ghettoïsation.
 
Deux mesures : installer (ou déplacer) des collèges d’excellence dans les zones périphériques . Ce n’est pas le plus facile mais c’est possible. La deuxième : fixer dans la totalité des établissements publics ou privés conventionnés, un seuil minimum de scolarisés (collégiens ou lycées), issus des zones en difficultés.
 
Ce seuil peut être par exemple de 20%. L’identification des jeunes par leur adresse de résidence ne souffre pas de sous-entendus d’aucune sorte, d’autant qu’elle concernera l’ensemble des établissements. Cela suppose bien évidemment le transport par bus de ceux qui auront une adresse éloignée, qu’il s’agisse d’un quartier bourgeois ou populaire. Les uns comme les autres fréquenteront des établissements relevant d’un seuil identique et donc assurant une même mixité.
 
C’est une piste de réflexion mais elle n’est pas irréaliste. L’effort financier et humain est à la mesure du résultat attendu : que les uns et les autres des élèves se rencontrent et travaillent en un même lieu et se sentent appartenir à une même communauté républicaine, ce qui n’est aujourd’hui plus le cas. Nous aimerions entendre sur ces questions à la fois le Ministre de l’Education et le Président de la République. Jean-Louis Borloo l’exprime avec beaucoup de liberté : il y a urgence si nous ne voulons pas qu’il y ait le feu.
 
Débat nourri sur mon profil Facebook, avec en particulier une intervention sur le retour des internats qui mérite attention https://www.facebook.com/michele.delaunay.3/posts/1954867651221172