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Macron, trop seul en scène

A trop vouloir concentrer toute la lumière sur sa seule personne, Emmanuel Macron prend le risque de concentrer toute la responsabilité et, bien sûr, les revers lui seront facturés au double des succès. On en prend d’ores et déjà le chemin. Cote de popularité en baisse, lassitude de la séquence « vacances » presque avant qu’elle ait commencé, les Français risquent d’être peu amènes à la rentrée à l’égard du chef de l’Etat.

Venezuela, Amérique, Burkina.. L’actualité internationale bat ces jours-ci son plein : étrangement le ministre en charge de celle-ci, Jean Yves le Drian est consigné au silence. Ministre pourtant unanimement apprécié dans ses fonctions antérieures et qui doit trouver la potion un peu saumâtre, lui qui était précédemment à la tête du Royaume de Bretagne en même temps que du ministère de la guerre (je choisis intentionnellement la dénomination du temps de Louis XIV)…

Au même régime, les ministres en charge de la sécurité alimentaire et celui de l’enseignement supérieur alors que la rentrée universitaire se fait dans le chaos … Circulez, bonnes gens, l’exécutif est en vacances. Le Président, l’est aussi, mais lui ce n’est pas pareil.

Au demeurant, tout ne va pas si mal et l’on pourrait laisser à l’un ou à l’autre quelque espace pour le dire. L’économie frémit, le chômage fléchit, les touristes reviennent, les indices s’améliorent, on ne sait pas toujours lesquels mais au moins ne s’aggravent-ils pas. Tout cela suffira-t-il à une rentrée sans heurts ? Tout au contraire, le petit retour de la croisssance ne risque-t-il pas au contraire de rendre les réductions de budget plus difficiles encore à avaler et les mesures d’économies de paraître plus injustes ?

A ce moment-là, Monsieur le Président de la République, sera-t-il bon d’être seul en piste ? Jupiter lui même déléguait et Junon n’était pas seule à paraître à ses côtés. On ne parle pas moins de lui aujourd’hui parce qu’il eût un plein Olympe de Ministres. Laissez les vôtres incarner leur fonction.

 

 

 

Nicole Bricq

J’apprends la mort de ma collègue Ministre Nicole Bricq. Elle était dans le ministère Ayrault l’une des 4 de l’année 47 que nous considérions bien sûr, pensant à nous, comme une année de grands crus : le Drian, Lebranchu, Bricq et moi. J’aimais son intransigeance, son franc parler et sa voix qui faisaient penser à Françoise Sagan, j’aimais son élégance raffinée.

Nicole est morte à la suite d’une chute dans un escalier ce qui parait bien prosaïque pour une personnalité aussi originale. Les circonstances de la mort de sa mère, le mauvais buzz qui s’en suivit nous avait rapprochées. Tristesse, ombre noire sur une journée de soleil. Je pense à elle et à ses proches.

Les hommes savent-ils que les femmes ont aussi des coudes ?

Dix années de transhumance hebdomadaire avec la navette d’Air France Bordeaux-Paris m’ont amenée à m’interroger sur cette grave question et, finalement, à pencher pour le « non ».

L’expérience mérite d’être tentée : assise à mi-longueur d’un avion bien plein, glissez votre oeil entre les fauteuils devant vous. Il apparaît alors, débordant des accoudoirs, une longue ligne de manches de vestes sombres ou de manches de chemises selon la saison. Autrement dit, des bras quasi-exclusivement masculins. L’expérience de voisinage va dans le même sens. Tentez si vous appartenez à la gent féminine d’ouvrir un magazine ou un dossier, vous n’aurez le plus souvent que le choix de ramener les coudes au corps après avoir fait l’expérience aiguë de ceux de votre voisin de gauche comme de celui de droite. Pousser l’un ou l’autre est rarement payé de succès, sinon pour quelques instants, avant de voir le coude réapparaître tout aussi menaçant quelques centimètres plus avant sur l’accoudoir..

Je l’avoue avec une certaine honte, alors que les sociologues s’emparent aujourd’hui du sujet du « manspreading »(« étalement masculin ») :  j’ai quant à moi, le plus souvent choisi la solution d' »adaptation » en me resserrant sur moi-même, laquelle n’est rien d’autre d’après leurs dires  qu’ une soumission à la domination masculine. Le mouvement « Osez le féminisme » s’est aussitôt emparé du sujet, avec la même vigueur avec laquelle il a lutté pour l’extermination du mot « mademoiselle » dans l’état civil.

En fait, ce ne sont pas les coudes que sociologues et féministes pointent dans leurs écrits sur le « manspreading », mais les jambes entières, illustrant leurs propos de photographies fort réjouissantes de rangs entiers de métro, hommes jambes largement ouvertes et femmes contraintes à serrer les leurs ou à les croiser.

A vrai dire, les jambes ouvertes, telles celles des cowboys descendant de cheval, sont plus évocatrices de virilité que les coudes. Mais il ne faut pas pour autant négliger le sujet, et je verse aujourd’hui le dossier à notre prochaine grande cause nationale (l’égalité des sexes) et à sa Ministre, Marlène Schiappa pour ses prochaines déclarations.

 

 

Hossegor, 5 aout

Le vent, ici, paraît traverser les murs. Jamais, il ne consent tout à fait à se taire, jamais il ne laisse une quelconque canicule s’installer et paralyser le mouvement permanent de la mer, l’impression d’agitation existentielle que donnent les bords de côtes. On ne vient pas dans cette maison pour trouver la paix ou l’oubli, mais pour mettre le brouhaha de l’intérieur des terres en perspective de mouvement permanent, inchangé depuis des siècles et sans doute des millénaires.

Il y a 14 ans mon père mourait à Bordeaux dans une chaleur étouffante et dans une ville déserte où organiser des obsèques paraissait un défi à la bienséance qui fait que l’on dérange plus facilement l’activité que les sacro-saintes vacances françaises. J’étais en face de lui pour le dernier hoquet qui souleva sa poitrine, à tout jamais condamnée à l’immobilité . Dans un de ses livres, il avait écrit désirer mourir en novembre, mois qu’il n’aimait, sans doute dans la vague idée que quitter le monde est moins désagréable ou plus facile quand, lui, le paraît et ne donne pas envie de s’attarder davantage. J’avoue n’avoir eu jamais de ces préférences. La mort, que j’ai si souvent accompagnée me paraît, où que ce soit et à quelque moment qu’elle survienne, incompréhensible, brutale, irrationnelle, inévitable et pourtant inconcevable. Même écrire à son sujet a quelque chose d’hypocrite, comme si nous voulions nous en prémunir ou la chasser. Mais rien, ni vaccin, ni réflexion, ni lecture, ni œuvre d’art, qui puisse nous mithridatiser et moins encore nous familiariser à ce trou béant qui avance vers nous et demeure invisible.

 

 

« Tout changer pour que rien ne change »

A Hossegor, dans les Landes, comme partout ailleurs, le coucher de soleil est l’exact inverse de la politique : toujours pareil, mais jamais semblable.

Depuis le temps que je leur suis fidèle, je connais des couchers de soleil multiples : fugitifs, timides sous un écran de nuages, d’un rouge glorieux qui confine à la pourpre, ou  de cet éclat vert, lui même si divers,  qu’on appelle « Rayon vert ».

La politique, quelque part, c’est tout au contraire : toujours différente, se targuant de changement quand ce n’est pas de « révolution », mais infiniment, dramatiquement semblable. Moins de trois mois après le big bang annoncé, c’est la même rencontre du réel, les mêmes premiers récalcitrants, le même mauvais vent de dénigrement, les mêmes rapports que l’on demande sur ceci ou sur cela quand les armoires de la République en sont pleines.

« Tout changer pour que tout reste identique », ce sont les mots du Guépard dans l’inoubliable roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Rien n’a changé justement, sauf le rythme du changement. Le Prince Salina vivait le changement, comme le retour à l’état antérieur, au rythme des générations, nous le vivons aujourd’hui au rythme des quinquennats. Le changement, c’est maintenant, le changement, c’est jamais. Il n’adviendra vraiment que sous le poids, ou la chance, de la démographie.