12/12/14 – Challenges – Comment éradiquer le tabac, ce serial killer, d’ici 2025?

Comment éradiquer le tabac, ce serial killer, d’ici 2025?

Par Michèle Delaunay, députée de la Gironde, ancienne Ministre.

 

Michel Delaunay (c) Michel Delaunay
La lutte contre le tabac est-elle un enjeu trop sérieux pour la laisser aux politiques ? Le vote à l’Assemblée d’un amendement surprise allant à l’encontre de la santé publique autorise à poser la question.

La politique ne parviendra au but en tout cas qu’avec le concours de l’opinion publique et le support des médias, les forces contraires sont trop puissantes. Nous ne sortirons pas du tabac en un jour, ni même en une année mais en dix, ce doit être possible. La sortie du tabac est même inéluctable : plus un Etat qui pourra tolérer à long terme cette hécatombe (par an, 73.000 morts en France, 700.000 dans l’Union Européenne) pas un système de protection sociale qui pourra assumer le coût vertigineux des dégâts sanitaires et sociaux de ce serial killer : 47 milliards d’euros pour la France soit 3 points de PIB et trois fois le déficit de la sécurité sociale.

Alors quoi faire ? D’abord assumer et expliquer l’objectif. Le tabac a tué beaucoup plus que le nucléaire, proposer d’en sortir en 2025 est un objectif du même ordre d’importance que l’abolition de la peine de mort et auquel il ne manque qu’un porte-voix. Personne, nulle part, ne pourra le contester s’il est préparé. Car ce n’est pas UNE mesure, comme le gel des prix que nous avons voté au Parlement le 5 décembre qui y suffira.

Tout au contraire, elle démontre que le politique a cédé aux buralistes d’abord qui le réclamaient à grands cris, et aux cigarettiers par le biais de la « part spécifique » qui augmente leurs bénéfices déjà considérables au détriment des recettes de l’Etat. Cédé sans contrepartie, sans vision globale et pour tout dire, à la petite semaine.

Le tabac tue un fumeur sur deux, 3 fois plus que la roulette russe. On ne gagnera la bataille contre cette pandémie comportementale que par un faisceau de mesures que les citoyens sont prêts à accepter et à comprendre car il n’y a pas de fumeur heureux, pas de fumeur qui ne désire arrêter.

Trois grandes mesures à prendre

Ces mesures sont de 3 ordres. D’abord l’ harmonisation de la fiscalité du tabac entre les pays européens avec l’objectif assumé d’harmoniser les prix à la hausse, pour priver les cigarettiers de leur arme majeure : les ventes illicites et la contrebande qu’au demeurant ils alimentent. En deuxième lieu l’accompagnement des buralistes vers cette sortie du tabac par la diversification de leurs attributions, voire l’augmentation de leurs bénéfices pendant la période de transition. Leur rôle social est important. Nous ne sommes pas obligés pour autant de pérenniser leur rôle de distributeurs de cancers (44.000 par an dus au tabac et donc évitables en France). Il faut enfin garantir la possibilité d’actions de groupe des victimes du tabac et de leurs familles à l’encontre des cigarettiers voire même.. de tous ceux qui, alors qu’ils savaient, n’ont pas tout mis en oeuvre pour arrêter cette machine de destruction massive.

L’amiante nous démontre encore ce que peut être le résultat de cet aveuglement. Tout cela sur fond de prise en charge de tous les dispositifs de soin et d’accompagnement du sevrage tabagique; et bien sûr de mesures de prévention, d’éducation en direction particulière des jeunes qui entrent aujourd’hui massivement en addiction.

La meilleure chance sera cependant la personnalité qui osera imposer par la force de sa conviction la sortie du tabac avant 2025. Un milliard de morts du tabac prévu par l’Organisation Mondiale de la Santé pour le XXIème siècle. Qui dit mieux ?

Par Michèle Delaunay, députée de la Gironde et ancienne Ministre.

Tabac : l’amendement papillon

Pas plus épais que l’aile d’un papillon, mais tout aussi fécond en effets délétères, l’amendement que nous avons voté le 5 décembre dans l’hémicycle à l’occasion du débat sur le Projet de Loi de Finances rectificatif (PLFr)

« Les trois dernières phrases du troisième alinéa de l’article 575 du code général des impôts sont remplacées par une phrase ainsi rédigée : « La part spécifique pour mille unités ou mille grammes ainsi que le taux proportionnel sont définis, par groupe de produits, à l’article 575 A. ».

Merveille du langage législatif, dont on se demande quelquefois s’il n’est pas fait pour éloigner le citoyen de la compréhension de la loi. Ce petit amendement sibyllin a un grand mérite: il est le tout petit arbrisseau qui cache la forêt de la législation sur le tabac.

Ce qu’il cache n’est en rien -ou presque- ce qu’explique de manière étrangement diserte l’ « exposé des motifs » qu’on trouvera aisément en ligne. Un des mes maîtres en médecine répétait : « quand on fait trop long, c’est qu’il y a un loup ». Non, il ne le disait pas comme ça, je parodie la grand-mère de Martine Aubry. Mais l’idée était la même.

- Cet amendement n’est que la déclinaison non chiffrée d’une longue suite d’amendements parfaitement identiques issus de députés de plusieurs groupes UMP, UDI, plus 4 valeureux socialistes visant à augmenter la « part spécifique ».

La part spécifique, parait pour un lecteur innocent plutôt plus fiable que la part variable. Ce n’est pas tout à fait faux MAIS elle a surtout le mérite -ou le défaut- de fixer la part de bénéfices revenant aux cigarettiers, c’est-à-dire les quatre ou cinq grands groupes multinationaux qui trustent ce commerce de mort.

La rapporteure du budget, Valérie Rabault, a démontré avec un courage certain que ni elle, ni la commission des finances, n’approuveraient cet amendement, car il enlevait à l’Etat, à consommation constante, 316 millions d’euros au bénéfice des cigarettiers.

- Le deuxième effet papillon, est que sous couvert d’harmonisation européenne cet amendement vient en contradiction de la directive européenne 2011-64 qui stipule que le taux spécifique ne peut être fixé qu’en référence au prix moyen pondéré. C’est du chinois pour vous ? Eh bien, pas du tout, c’est de l’européen dans le texte et je ne tenterai pas de l’expliquer dans ce billet, bien qu’ayant fait l’effort de le comprendre.

Juste une incidente : ce sera demain du chinois dans le texte si l’Europe continue comme ça. Mais c’est une autre histoire.

- Ce gentil amendement nous prive surtout de la capacité d’augmenter, via la fiscalité, les prix du tabac. Ce qui nous enlève  l’arme unanimement démontrée comme la plus efficace pour la réduction du tabagisme et plus encore de l’entrée en addiction des jeunes : l’augmentation notable des prix. Ce qu’avait souligné le Président de la République dans son discours de présentation du 3ème plan cancer.

Ceci répond à l’exigence bruyante des buralistes et pourrait d’ailleurs se concevoir si cela se situait dans un programme de sortie du tabac, assumé et préparé avec eux. Le tabac tue chaque année plus de deux fois la population des buralistes français (73000 décès/28000 buralistes), je ne doute pas qu’ils pensent quelquefois. Mais la mesure n’aurait du en aucun être prise sans contrepartie. Pour moi, politique égale négociation, pas reddition.

La politique, c’est pas dur, mais c’est quelquefois un peu obscur. L’amendement est venu peu avant 20 heures, un vendredi soir, à l’orée d’un des week ends de l’avent où tout le monde, journalistes compris, est préoccupé d’autre chose que des arcanes de la fiscalité du tabac.

L’effet papillon ne se verra dans toute son ampleur que dans les statistiques à venir du nombre de morts du cancer. Pas cool.

 

 

« Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Le tabac aujourd’hui, c’est comme l’amiante hier : tout le monde sait, mais les décisions tardent.Viendra le temps de la responsabilité, de la mise en cause et du jugement.

Soixante-treize mille morts par an et vous, qu’avez vous fait ? Vous qui êtes responsable politique, fabricant ou vendeur de cigarettes ? Vous qui êtes parents ou enseignants et qui voyez des jeunes entrer en addiction, vous qui jouissez de la confiance du public et avez les moyens de vous exprimer ? Vous aussi qui êtes journalistes ? Vous qui êtes producteur de cinéma et qui recommencez à montrer des personnages qui fument au nom de la liberté artistique ?

Et vous aussi, qui siégez dans les institutions européennes, aucune interrogation, aucune inquiétude quand ce sont 700 000 citoyens de l’Union Européenne qui meurent chaque année du tabac ? Pas l’idée de faire cesser cette cynique concurrence entre les pays, à qui en vendra le plus ? Pas le sentiment de l’obligation et de l’urgence pour harmoniser enfin la fiscalité sur le tabac et sortir de ce jeu illicite et corrompu ?

C’est à chacun de se répondre mais c’est ensemble qu’il faut préparer la sortie du tabac et c’est maintenant, juste maintenant qu’il faut s’y mettre. Nous n’avons que trop tardé.

Moment en mémoire du poète Jean de la Ville de Mirmont – 28 novembre à 16h30

Comme de nombreux Bordelais, Michèle DELAUNAY est une grande admiratrice du poète Jean de la Ville de Mirmont, né le 2 décembre 1886 dans notre ville.

 

 

 

 

 

 

 

Ce talentueux poète est décédé à 27 ans, enseveli par un obus durant la Première Guerre mondiale sur le Chemin des Dames, le 28 novembre 1914.

A l’occasion du centenaire de son décès, elle convie les Bordelais à un moment de mémoire et de recueillement sur sa tombe vendredi 28 novembre 2014 à 16h30 au cimetière protestant de Bordeaux, 193 rue Judaïque, en présence d’un membre de sa famille et de M. Michel SUFFRAN.

 

 

 

 

 

(Photo Journal Sud Ouest)

Ici : un reportage diffusé sur France 3 Aquitaine en juin dernier.

Accords illicites et actions de groupe : mise au point

La teneur de l’interview donné hier soir à RTL sur la possibilité d’accords illicites entre les cigarettes a été grandement détournée de son sens. Je n’ai bien évidemment aucun contact avec le « collectif des fumeurs spoliés » .

Il est par contre parfaitement vrai
- que je suis favorable à la possibilité d’action de groupe à l’encontre des fabricants ou industriels de produits susceptibles d’entrainer des dommages corporels dont le tabac fait partie
- que je pense nécessaire une mission d’enquete parlementaire sur la possibilité d’accords illicites entre les cigarettiers

au contraire du collectif précité je suis favorable (et ai présenté des amendements dans ce sens) à une augmentation notable du prix du tabac, seule mesure vraiment efficace pour la prevention de l’entrée dans le tabagisme et la diminution de la consommation de tabac.

J’ai bien sûr aussitôt demandé que la teneur de mon interview soit rétablie.

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