Café-débat « Qu’attendez-vous aujourd’hui de la politique ? » Jeudi 20 novembre à 18h30

Accords illicites et actions de groupe : mise au point

La teneur de l’interview donné hier soir à RTL sur la possibilité d’accords illicites entre les cigarettes a été grandement détournée de son sens. Je n’ai bien évidemment aucun contact avec le « collectif des fumeurs spoliés » .

Il est par contre parfaitement vrai
- que je suis favorable à la possibilité d’action de groupe à l’encontre des fabricants ou industriels de produits susceptibles d’entrainer des dommages corporels dont le tabac fait partie
- que je pense nécessaire une mission d’enquete parlementaire sur la possibilité d’accords illicites entre les cigarettiers

au contraire du collectif précité je suis favorable (et ai présenté des amendements dans ce sens) à une augmentation notable du prix du tabac, seule mesure vraiment efficace pour la prevention de l’entrée dans le tabagisme et la diminution de la consommation de tabac.

J’ai bien sûr aussitôt demandé que la teneur de mon interview soit rétablie.

Tabac : une bombe à retardement sanitaire

Le Monde, 31.05.2013 Par Agnès Buzyn (Présidente de l’Institut national du cancer (INCA))

Tabac : nous devons agir contre cette bombe à retardement sanitaire

Malgré la récente annonce d’une tendance à la baisse des ventes de tabac en France, la triste spécificité de notre pays en matière de tabagisme en fait l’un des plus mauvais élèves parmi les pays occidentaux. En effet, la France connaît ces dernières années une augmentation inquiétante du tabagisme chez les jeunes, les femmes et les personnes en situation de précarité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 30 % des jeunes de 17 ans sont des fumeurs quotidiens et seront donc particulièrement dépendants au tabac à l’âge adulte ; le nombre de décès des femmes par cancer du poumon va dépasser celui du cancer du sein ; et plus d’un chômeur sur deux fume au détriment de son espérance de vie, creusant ainsi les inégalités.

Les rapports parlementaires ou de la Cour des comptes soulignent notre manque de cohérence et de stratégie globale en matière de lutte contre le tabagisme. Nous n’avons pas tenu nos engagements internationaux d’atteindre moins de 20 % de fumeurs. Il n’y a pourtant aucune fatalité liée au tabagisme. Rappelons à l’occasion de cette nouvelle journée mondiale sans tabac, que les Etats-Unis, grand pays producteur de tabac, sont passés sous la barre symbolique des 20 %, les Anglais en sont proches à 21 % et les Australiens, qui ont récemment instauré les paquets neutres, sont à 16 %.

Pour satisfaire à l’obligation de proposer une mutuelle santé à ses salariés avant le 1 janvier 2016, il est important de bien comprendre les éléments de tarification d’une couverture santé…

Ce constat doit nous faire réfléchir et agir. Rappelons que fumer est le plus important facteur de risque de décès prématuré lié au comportement humain, puisqu’un fumeur sur deux mourra du tabac et que chaque année, le tabac tue plus de 70 000 de nos concitoyens (Epidémiologie du tabac, La revue du praticien, vol. 62, mars 2012). Outre les maladies cardiovasculaires, le tabac augmente le risque de survenue de très nombreux cancers (poumon, ORL, œsophage, estomac, vessie, rein, pancréas, col de l’utérus…). Et malheureusement, on ne note que peu de progrès significatifs du traitement des cancers liés au tabac qui restent les plus difficiles à soigner. La récente crise sanitaire autour de la contraception orale a par ailleurs insuffisamment mis en avant le sur-risque majeur de thrombose que fait courir le tabac aux femmes sous pilule.

AIDER MÉDICALEMENT LES FUMEURS

Mais, culpabiliser les fumeurs n’est pas l’objectif. Le tabac est une drogue et le tabagisme doit donc être traité comme tel : les fumeurs doivent être aidés médicalement par un accompagnement au sevrage, la prévention doit s’adresser prioritairement aux jeunes, principale cible de l’industrie du tabac.

Dernier point et pas le moindre, la vente de tabac ne devrait théoriquement bénéficier à personne… Or c’est là que le bât blesse. La France a été pendant longtemps un pays d’industrie du tabac, pouvant expliquer la prudence politique dans l’éradication de ce fléau. Mais elle ne l’est plus. Il est maintenant urgent que le tabac soit considéré avant tout comme un problème de santé publique et non plus comme un enjeu sociétal (défense des libertés individuelles) ou comme un enjeu économique (taxes et contrebande).

Le premier plan cancer 2003-2007 avait fait de la diminution du tabagisme un objectif majeur. Des mesures législatives, fiscales et éducatives ont alors permis une augmentation du prix du tabac et l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Elles ont abouti à des résultats manifestes laissant croire que la consommation de tabac était sur une pente descendante quasi naturelle. Le deuxième plan cancer qui a suivi a, de ce fait, peu investi cet axe pourtant majeur de la prévention des cancers. Ce fut une erreur : la prévalence est de nouveau en augmentation depuis 2010 et la France compte aujourd’hui près de 32 % de fumeurs.

PRÉVENTION

Une politique volontariste est plus que jamais de nouveau nécessaire.

A l’heure où se construit le troisième plan cancer, le pilotage de cette lutte doit revenir au ministère en charge de la santé avec un investissement marqué dans une politique de prévention. Celle-ci devrait se décliner par des actions spécifiques envers les jeunes à l’école, avant l’initiation. Les médecins traitants ont un rôle primordial de sensibilisation de leurs patients et les actes de prévention en médecine générale doivent être mieux valorisés. Il est également essentiel que l’aide au sevrage tabagique soit mieux remboursée. Mais surtout, les lois doivent être pleinement appliquées, en particulier celle de 2009 promulguant l’interdiction de la vente aux mineurs.

Selon une étude financée par l’Institut national du cancer, 62 % des buralistes ne respectent pas cette loi et 38 % reconnaissent vendre des paquets de cigarettes à des enfants de 12 ans. La France est l’un des rares pays à avoir une profession dédiée à la vente de tabac, initialement pour mieux la réguler. Mais quelle profession souhaiterait voir ses revenus baisser ? Il est temps de reconnaître cette difficulté légitime qui contrecarre toute volonté politique. Quelle reconversion possible ? Quelle diversification pour les buralistes ? Si nous n’affrontons pas cette réalité française, nous risquons de voir le troisième plan cancer être mis de nouveau en échec. Une concertation, guidée par des objectifs sanitaires de baisse de la consommation, doit donc s’ouvrir avec les buralistes.

Priorité à la prévention, protection de la jeunesse, hausse drastique des prix, paquets neutres, respect des lois, et réorganisation de la vente du tabac : nous devons repenser en profondeur notre système de lutte contre le tabagisme face à cette bombe à retardement sanitaire. La médecine est à court d’arguments, le temps est à la volonté politique.

Le Monde, 31.05.2013 Par Agnès Buzyn (Présidente de l’Institut national du cancer (INCA))

Jean-Pierre Jouyet

En l’état de nos connaissances, pas la plus petite raison pour que JP Jouyet démissionne ou soit démis. Que lors d’une déclaration à l’AFP, il n’ait pas voulu impliquer à charge son ancien Premier Ministre, cela me parait relever d’une forme de loyauté totalement non répréhensible. Qu’il en ait référé au Président de la République et que celui ci ait écarté la moindre possibilté d’intervention sur la justice, me parait en faveur de l’un et de l’autre. Que JP Jouyet ait pu être imprudent en face de journalistes, quel politique le premier jettera la pierre ? L’imprudence, l’excès de confiance, peuvent être une erreur, elle n’est pas ici une faute, ni envers son camp, ni envers surtout la République, non plus qu’envers le Président de la République.

Honte à ceux qui veulent transformer l’interminable suite du #sarkogate en #jouyetgate.
Le vieux principe popularisé par Simenon « à qui profite le crime ? » marche ici à plein. Qui aurait eu intéret à décrédibiliser un peu plus Sarkozy et à sortir l’ump des paiements à répétition, sinon Fillon ?
Qui à l’Elysée ? Personne, trois fois personne, et on comprend -je suppose- pourquoi.

Très rarement, je m’exprime sur ce qu’on appelle « les affaires », moins encore dans le feu de l’actualité, mais là, très clairement, je crois qu’on marche sur la tête et que ce mélange de bon sens et d’esprit critique qui est supposé caractériser les Français, est en péril d’être mis à mal.

Réfléchissons et jugeons par nous-mêmes.

Tabac : pour l’abolition de la peine de mort

La sortie du tabac est aujourd’hui un combat de même importance que l’abolition de la peine de mort.

En réalité, personne n’en doute, personne ne remet en question l’énormité des chiffres, et pourtant rien ne bouge vraiment. Des sommes énormes ont été englouties dans des messages de prévention, des sommes bien plus énormes continuent de l’être pour accompagner, soigner mais jamais guérir, les dégâts sanitaires et sociaux de ce « mondial killer ».

Alors pourquoi cette impression de s’attaquer à la plus lourde et la plus immobile des montagnes chaque fois que l’on tente une avancée ?

Parce que les intérêts sont énormes et principalement de trois ordres.

Le premier, le plus pesant et de très loin, c’est l’industrie du tabac. Quatre ou cinq  grands groupes dans le monde trustent cette industrie de mort. Des livres, des émissions de télévision, un grand nombre d’articles de presse, en ont montré le poids et la réalité. Récemment, l’émission CashInvestigation a fait frémir d’horreur des millions de spectateurs et de commentateurs. Les faits n’ont pas été contestés, la réalité est là. Quelques organes de presse se sont saisis du sujet, trop peu car nous ne parviendrons à rien sans l’opinion publique.

J’avoue ne pas comprendre que des courants politiques opposés au monde de la finance et à l’ultra-libéralisme ne montent pas au créneau contre ces multinationales, car il s’agit bien plus de financiers, jouant avec les taxes, faisant pression sur les pays, que d’industriels désireux d’améliorer leurs produits et d’en réduire la toxicité. Tout au contraire, leurs efforts portent sur l’aggravation par des additifs de leur pouvoir addictogène. Pour ma part, c’est aussi une des raisons de mon engagement.

Le second, ce sont les producteurs. En France même, la culture du tabac est largement présente et elle est subventionnée à la suite de mesures européennes. Il y a quelques années, des subventions ont été données aux viticulteurs pour arracher leurs vignes car notre production était considérée comme excessive.

Il y a un pas entre demander à un vigneron d’arracher ses ceps de vigne et à un planteur de tabac de s’orienter vers une autre culture. Un viticulteur produit bien souvent son vin, se lève la nuit pour voir si la fermentation se fait bien, en un mot il aime ce qu’il fait et en prend soin. Pour autant, beaucoup de ces viticulteurs ont arraché leur vigne pour réorienter notre production.

Les subventions européennes ne pourraient-elles être dirigées vers la transition de la culture du tabac vers une autre ? Nous serons bientôt 9 milliards, n’y a t-il pas plus utile à cultiver ?

Le troisième, ce sont les buralistes. Ils ont derrière eux une longue et belle histoire depuis le temps où les bureaux de tabac étaient attribués aux « personnes méritantes » et en particulier aux veuves de guerre. Ils ont surtout aujourd’hui un rôle majeur : celui de « point social », bénéficiant d’un large horaire d’ouverture, ce qui fait de leur travail un travail difficile. Ce rôle social est vital dans les quartiers, en milieu rural, partout. Les âgés en particulier ont besoin de ce lieu de rencontre où l’on va chercher le journal en même temps bien souvent que de commenter la météo et de dire du mal du Gouvernement. Toutes choses également utiles et également pratiquées depuis des décennies.

Les « bureaux de tabac » et leur petite civette rouge sont au nombre de 30 000 en France. Ils reçoivent chaque jour des centaines de milliers de personne et constituent bien sûr un groupe politiquement sensible. Après le premier plan cancer de Jacques Chirac et ses mesures d’augmentation de prix du tabac, suffisamment importantes pour impacter la consommation, ils se sont mobilisés comme ils l’ont fait en 2013 avec une pétition « je soutiens mon buraliste, il fait partie de mon quotidien ». Allusion était faite à la « menace » que faisait peser sur lui l’augmentation des prix du tabac, mais aucune à la raison de cette augmentation et à la toxicité du tabac.

Eh bien, moi aussi, je soutiens mon buraliste et pour tout dire « j’aime mon buraliste » comme on aime aujourd’hui sa banque. Je l’aime même à ce point de vouloir travailler avec lui pour que son métier évolue et que son chiffre d’affaires ne se fasse plus aux dépens de celui de l’hôpital et de la sécurité sociale. Je l’aime, à l’égal de tous les autres Français, à ce point de refuser de le voir paralysé par un accident vasculaire cérébral ou étouffé par un cancer du poumon. C’est bête mais c’est ainsi. J’y reviendrai.

Avouons-le, il y a aussi le monde indécis de ceux qui ont intérêt à ce que le commerce du tabac perdure. Il ne faut pas être Madame Soleil pour savoir que des prébendes, petites ou très grandes, existent partout, que contrebande, accords cachés et autres « optimisations » brouillent les cartes. Des commissions d’enquête doivent être mises en place. Pour l’instant, personne n’y est parvenu. Cet univers n’est pas le plus facile à faire évoluer.

Ces trois groupes principaux se rejoignent sur UN argument : à quoi bon agir en France (c’est à dire augmenter les prix, ce qui est la seule mesure efficace), cela ne servira qu’à augmenter les achats hors frontières.

Autrement dit, à quoi bon combattre sur un territoire si on n’est pas sûr de gagner une guerre mondiale ? Pourquoi abolir en France la peine de mort, si l’abolition universelle n’est pas acquise ?

Eh bien, nombre de pays ont suivi la France. En Europe, pas un qui énonce et qui applique la peine de mort. Et l’abolition universelle est en marche.

 

 

 

 

 

 

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