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#DirectAN

Dans la salle des 4 colonnes, une journalistes de @LCP m’intercepte. A son air sérieux et au crédit de cette chaîne, je m’arrête. A brûle pourpoint, tendant son micro, elle demande :

-Croyez vous au Progrès ?

A son intonation, je comprends qu’elle met au mot un P majuscule. C’est le Progrès, le grand, le vrai, celui qui a fait couler beaucoup d’encre et étanché beaucoup de discours qui est en cause. Je regarde autour de moi ce beau décor chargé d’histoire, je « regarde » -si l’on peut dire- les moments que nous vivons.

-A vrai dire… Au Progrès, sans doute pas. Mais au fait que la volonté d’un homme ou d’un groupe peut faire progresser un domaine, soit dans la connaissance, soit dans la réalisation concrète d’une idée, oui, sans doute oui, j’y crois.

L’imminence de notre réunion de groupe m’oblige à ne pas aller plus loin. C’est à sa sortie que j’écris ces quelques lignes. Je crois au progrès quand il relève de la détermination et de l’obstination, comme je crois en l’optimisme de la volonté.

Ca tombe bien : obstination, courage, volonté, on en a aujourd’hui sacrément besoin. Mais quant au Progrès de la nature humaine,  si j’y ai jamais cru, je n’y crois plus guère.

#directAN veut dire, les amis de twitter le savent « petite brève en direct de l’Assemblée nationale »

 

Emploi réel, salaire fictif

En politique, je ne me réjouis jamais des malheurs de l’équipe adverse, ne serait-ce que parce qu’il rejaillissent en général à plein flot sur l’ensemble de la classe politique. Mais là, c’est pire…

Le « PenelopeGate » auquel je ne conserve ce nom parce qu’il était clairement prédestiné : Penelope restait à la maison, attendant le retour de son Ulysse et, très probablement, en plus de tapisser le jour et détapisser la nuit, faisait au vieil Homère quelques notes de lecture qui lui permettraient de faire de sa modeste histoire de famille une Odyssée.

Arrivons-en au plus fâcheux : le PenelopeGate a délié les langues. Ce sont aujourd’hui combien de conjoints et conjointes (tenants du titre ou faisant fonction) qui réclament leur dû et menacent leur élu(e) ( à la fois de leur coeur et du suffrage universel) de dénonciation pour emploi réel, salaire fictif.

J’en ai un de ce modèle à la maison, que je trouve matin et soir, comptant ses kilomètres, à pied dans des buts de tractage, sur 4 roues dans des buts de voiturage, fouillant mes archives pour traquer chaque faute de ponctuation ou d’orthographe dans mes documents électoraux qu’il a corrigé en 10 ans… J’en passe : chaque jour, la liste s’allonge et me condamne.

J’en suis venue au point, en vue de négociations, de comptabiliser les plats Picard que j’ai décongelé pour lui, les « pneus neige » à épaisse semelle de caoutchouc que je lui ai fait troquer pour des chaussures mieux compatibles avec un usage urbain en climat tempéré, aux « kneipp » à lanières que je lui ai fait abandonner en même temps que les chaussettes qu’il portait avec. Ajoutons qu’il dénonce cette dernière action pour atteinte à l’identité germanique et à la liberté d’expression.

Bref, c’est la guerre, d’autant que ses amis se liguent pour témoigner en sa faveur. Même drame chez mon excellente collègue Martine Faure et tant d’autres dont je tairai le nom par pure camaraderie. La politique n’est pas un long fleuve tranquille…

 

« Tu me donnes de ta boulange, je te donne de ma chasse »

Notre meilleure monnaie d’échange, ce n’est pas l’argent -et heureusement- , c’est le travail.

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Giono dans une petite nouvelle de rien du tout, devenue un grand film via Marcel Pagnol. Ni l’un, ni l’autre n’étaient des politiciens avisés et n’avaient d’ailleurs aucune envie de le devenir. Et pourtant, « la femme du boulanger » devrait être étudiée à Sciences Po pour cette simple réplique:

– « Tu me donnes de ta boulange et moi, je te donne de ma chasse. »

C’est le vieux marquis à monocle, Castan de Venelle, qui dit presque sans y penser cette phrase  au boulanger Raimu. Le premier a une perdrix dans la main, l’autre une fougasse. Notons au passage que le Marquis ne se doutait guère de pondre à cet instant précis un aphorisme digne de figurer dans le « petit livre rouge » de Mao.

Le vieux chasseur et le boulanger, on voit que je donne au mot « travail » un sens très large ; le même qu’en voyant Salvatore Caputo,  faire battre des mains sur le rythme de Carmen à un Grand Théâtre bordelais bondé jusqu’aux ceintres. N’oublions pas le vieux Gide: « La littérature, c’est 10% de talent, 90 de travail ». La musique aussi.

J’entends déjà mes détracteurs: Mao est un auteur très oublié, Gide plus encore. Ringarde, je suis, ringarde je reste. Il y a quand même du monde sur ce thème : de Marx à Michelle Obama, dans son dernier discours officiel, on est plutôt nombreux sur ce thème.

Le travail est une chaîne entre nous, un lien tendu dont Pierre doit remercier Paul, et Paul, Fatima ou Kevin. Celui qui défend dans son patelin la présence d’un médecin, sait bien que, s’il n’y a pas une école ou un garagiste pas loin, il n’y aura pas non plus de docteur. Alors oui, quelquefois, on n’a pas envie de se lever pour aller au boulot, alors -plus encore- quand on a un boulot dont le sens n’est pas évident et que la technique doit pouvoir remplacer, il faut avoir à disposition toutes les possibilités pour se former et évoluer. Alors -et plus, plus encore- quand on n’a pas de boulot du tout, on a le droit d’avoir toutes les aides pour découvrir la variété de ce que j’appelle « travail » et dénicher celui où l’on pourra se réaliser.

Mais, merde*, arrêtons de dire que le travail est un boulet, une valeur en voie de disparition et même que ce n’est pas une valeur du tout ! Rien de ce dont on est fier ne se fait sans travail. Les femmes sans doute savent tout cela mieux que leurs congénères masculins : c’est le travail et rien d’autre qui leur a permis de gagner leur liberté.

 

*je précise que ce « merde ! », est un merde poli, savamment calculé et modestement revendiqué…

 

 

 

 

 

 

 

 

La société post-factuelle est arrivée

Je n’avais pas sitôt posté sur Facebook mon billet précédent qu’est arrivé une réaction de « mon » conseiller départemental et ami, Matthieu Rouveyre. Ce n’était pas une réponse : Matthieu ne s’aventure pas sur d’autres comptes que le sien. Il a pris de mon inquiétude sur la place de l’instruction et du travail dans la pensée socialiste ce qu’il désirait en tirer. Je l’ai aussitôt copié et inclus dans les commentaires qui m’étaient faits :

« Ma députée, qui a voté le CICE, la déchéance de nationalité et qui expliquait que ceux qui s’opposaient à la loi travail ne l’avaient pas lue a décidé de faire son coming-out aujourd’hui en publiant un billet favorable à Manuel Valls.
En tant que mandataire de Benoît Hamon, et parce que la campagne officielle est terminée, je me garderai bien d’en dire quoi que ce soit. Je vous invite simplement à aller voter demain. Votez pour qui vous voulez mais votez, c’est vous au final qui répondrez le mieux à nos chamailleries socialiste ».

J’y réponds aujourd’hui. Non sur le profil de Matthieu : il ne conserve que les commentaires des ses proches ou de ses affidés. Son texte est une démonstration par l’exemple de l’usage que font aujourd’hui certains politiques des médias sociaux. Nous en discutions en profondeur récemment avec des experts de cette usage (réentendre l’émission « l’exercice du pouvoir » sur @franceculture en date du 31 décembre 2016)

Tout d’abord, Matthieu réunit ses troupes avec trois mots clefs dont il sait qu’il resserre l’entre-soi que cet usage d’internet a pour objet de développer. « « Ma députée, qui a voté le CICE, la déchéance de nationalité et qui expliquait que ceux qui s’opposaient à la loi travail ne l’avaient pas lue … » .  Les trois mots clefs sont là : CICE, déchéance de nationalité, loi travail. Tout va bien : les lecteurs se sentent déjà mobilisés et prêts à embrayer.

Sauf que… Je n’ai pas voté le CICE. Pas davantage que Benoît Hamon, mais comme lui, je l’ai porté au titre de la solidarité gouvernementale puisque nous étions tous les deux Ministres. Pour ma part, je me suis battue avec Jérôme Guedj (grand frondeur devant l’éternel) et Régis Juanico pour qu’il ne s’applique pas aux secteurs non concurrentiels comme par exemple les EHPAD publics, qui de fait, se sont trouvés défavorisés par rapport aux EHPAD commerciaux. Nous n’avons pu rien faire : l’inégalité devant l’impôt est non constitutionnelle. Après une remarque de Klaus Fuchs sur sa TL lui signalant ce non vote, Matthieu  a modifié sa phrase pour « qui était favorable au CICE ». Qu’en sait-il ? Nous n’en avons jamais parlé mais qu’importe, comme dirait Trump, Matthieu se base sur des « faits alternatifs ».

Je poursuis, sans détailler ce qui concerne les deux autres mots « déchéance de nationalité », « loi travail ». Pour la première, je trouvais inutile et dommageable son inclusion dans la constitution alors qu’elle existait déjà et que six procédures étaient en cours. Pour la seconde, je trouve incontestable le bilan positif de cette loi (CPA..). Non seulement, je l’ai voté mais amendée positivement (congés exceptionnels pour deuil…).

Poursuivons la lecture.  « Un billet favorable à Manuel Valls ». De lui, ni de son programme, je ne dis pas un mot. J’explique la base irréductible de mon vote par le fait que « mon » socialisme est celui de l’émancipation par l’instruction et par le travail. On a le droit de penser autrement, j’ai le droit de demeurer dans la fidélité à ce qui a fait de moi une socialiste.

La fin du post de Matthieu est délicieuse par l’apparence de prise de hauteur, l’absolution qu’il parait donner à notre frivolité : « nos chamailleries de socialistes » .« Chamailleries, de la part de qui ? Je n’ai pas participé à la campagne pour ne pas risquer de tomber dans le piège de ces chamailleries. Je me réserve pour d’autres cibles et surtout je souhaite que nous rassemblions parce que « ce qui nous rapproche est plus fort que ce qui nous divise ». En tout  cas, je l’espère.

Ce que je ne pratiquerai jamais, c’est l’entre-soi des camps retranchés, les fausses vérités ou plutôt les mensonges calculés au lieu de ce que j’ai appelé « evidence based policy » (la politique basée sur les faits), ni aucune forme de manipulation.

 

 

 

 

Explication d’un vote

« Attentiste », dit de moi notre cher « tire bouchon », qui est la rubrique humour  de notre quotidien Sud Ouest. A qui me l’a demandé (cette semaine le journal « le Monde »), j’ai exprimé sans réserve que je voterais Manuel Valls. Il est vrai, au contraire, que je n’ai pas fait campagne pour l’un ou l’autre candidat. La raison est simple : le débat qui aujourd’hui nous divise aurait dû être tranché par les militants du Parti Socialiste, au sein de ce que l’on appelle un « congrès », mot qui n’est pas sorti grandi, avouons-le, du congrès de Reims. Mais c’est une autre histoire.

Pourquoi ? Fondamentalement, parce qu’il me semble que ce qui nous sépare aujourd’hui d’une droite dure et a fortiori de l’extrême droite, suffit à nos efforts : je déteste l’idée même de nous battre entre nous. De la même manière, que je n’ai jamais accepté de débattre sur quelque média que ce soit avec un socialiste, c’est pour moi un crève-coeur de mettre sur la place publique ce que je ne partage pas avec les uns ou les autres d’entre eux. Le débat profond qui a été entamé lors de ces primaires devait, d’abord, avoir lieu avec ceux qui se réclament de l’histoire, des valeurs, des actions que ce mot de « socialiste » contient.

C’est d’abord la notion d’égalité, fil rouge indiscuté de tout ce qu’a écrit Jean Jaurès, et la volonté de donner à chacun l’assurance de cette égalité et les toutes les possibilités d’y parvenir. Je n’ai pas utilisé le mot de « chances » (« égalité des chances ») car nul ne conquiert cette égalité dans une pochette surprise, mais par la conviction qu’il acquiert que rien n’est écrit, ni déterminé par le statut social, le nom ou le lieu de naissance, mais que ces possibilités dépendent de sa liberté de vouloir les saisir, les meilleurs outils pour cela étant l’instruction et le travail. Non le capital, non une rente ou un revenu qui soient le fait de la providence ou de la naissance.

A cela s’ajoute, pour ceux qui ont une responsabilité, au nom des valeurs précitées, une exigence de vérité. Que faisait Mendès-France lors de ses « conversations au coin du feu » : il disait au peuple, d’une manière incroyablement simple, le possible. La politique évolue aujourd’hui tout au contraire. Je réclamais dans un billet une « evidence based policy », une politique basée sur des faits avérés, démontrés, le démenti de la réalité ne s’est pas fait attendre : nous entrons dans une « société post-factuelle », ou plutôt on cherche à nous y faire entrer. Je n’y donnerai jamais la main.

Le possible n’exclut pas le désirable. Et par exemple, mon « désirable » est fondamentalement soucieux de l’environnement et de la santé des hommes, deux données qui se confondent. Mon désirable est que chacun puisse trouver et même choisir sa place dans la société, celle qui lui permettra de vivre au meilleur de lui-même. Mon désirable n’est pas de faire de la réduction du travail un avenir, ni une ambition. Je ne crois pas -si du moins nous le voulons- à une raréfaction du travail réduisant le tiers de l’humanité à une assistance médiocre : nous serons bientôt 9 milliards : y aura-t-il moins besoin de médecins pour les soigner, de soignants pour s’occuper d’eux, d’artisans pour construire leur maison, d’enseignants pour instruire leurs enfants, de chercheurs, d’artistes … ?

Je voterai Valls avec ce regret dans mon coeur que ce débat fondamental sur l’égalité des êtres humains et leur liberté à   s’émanciper de leur destin ait été réduit pour la grande majorité des Français à 3 débats télévisés et aux échos médiatiques qui les ont accompagné. Je vote pour un socialisme qu’aucun vote ne pourra faire exploser et dont l’exigence sera rendu chaque jour plus nécessaire par l’accroissement et le bouleversement géographique de la population mondiale.