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Tout va moins mal

Au cours des deux années précédentes, j’ai organisé à Bordeaux des cafés politiques: « Tout va mal ? On en parle » . Atmosphère jamais violente, échanges loyaux et construits, chacun exprimant ce qu’il ressentait comme « allant plus mal », la majorité de ces impressions négatives, parfois étayées de chiffres et de documents fiscaux, concernant les impôts. Les impôts locaux, municipaux en particulier, étant à plusieurs reprises cités en premier.

Mais le Bordelais étant, à l’égal de tous les Français, soucieux de mériter sa réputation, non pas tant de râleur que de citoyen prompt à la contradiction, les « cafés tout-va-mal » se terminaient le plus souvent par « tout ne va pas SI mal » ou encore « on a bien de la chance de vivre là où on vit »…

Forte de cette expérience, au demeurant positive et plutôt cordiale, j’entame une nouvelle série, les « cafés tout-va-moins mal, parlons-en ». On notera une légère différence sémantique avec notre Président, qui a osé, lui, dire à ces Français querelleurs, que « la France va mieux ».

Reste que ce n’est pas faux. Et ce sera l’objet de ces cafés d’aborder les chiffres, les mesures prises, les lois votées, et leurs résultats. Ma « newsletter » (ce titre étant une de mes rares concessions à l’anglicisme ambiant) abordera chaque domaine, sans tabou, de fournir les données quitte à m’affronter à des contradictions et surtout à des interrogations sur l’avenir. Comme le titre le journal « le Monde » en date du 30 avril,  « la France est convalescente » et les chiffres réconfortants (progression du Produit Intérieur Brut (PIB) de 0,5%,  réduction sensible des inégalités, forte diminution ce mois-ci  du nombre de chômeurs (60 000 en moins), demeurent fragiles et dépendantes -eh, oui- du moral et de l’engagement des Français.

Pas que… Nous ferions un pas majeur en avant si le @medef se décidait à être patriote, comme l’ont été les Français eux-mêmes, de manière très sensible, en se reportant sur les produits « made in France ». Trop souvent, hélas, on a l’impression que ce syndicat, comme aussi le syndicat agricole FNSEA, mise sur l’alternance et j’ose le dire, truque le jeu, par exemple en n’embauchant pas en proportion de la croissance, ni même des efforts faits dans leur direction. Tout cela mérite explications, voire bien souvent preuves, tout cela mérite que chacun comprenne les bas, très bas côtés, de la politique.

Tout cela mériterait aussi du courage et de la loyauté de ceux qui, plaidant pour l’élection, truquent aussi leurs propres engagements. Je rougis de colère quand j’entends nombre d’élus, en majorité LR (l’ex-ump)  dénoncer la « baisse des dotations de l’Etat ». Celle-ci a été faite en proportion précise du revenu de chaque collectivité et conformément  à notre engagement de réduire de 50 milliards la dette de la France. L’Etat lui-même s’est appliqué cette règle de proportionnalité, et comme l’a dénoncé récemment le nouveau Ministre de la justice, @JJUrvoas , les Ministères peinent à écoper cette politique d’économies.

Ces dénonciateurs, du moins les plus élevés d’entre eux, prônent quant à eux 150 milliards d’économies sur la dépense publique. Jamais, ceux que j’ai interrogés n’ont répondu à ma question: « Où trouveriez-vous ces 150 milliards ? ».

Ce chiffre amènerait à l’explosion de notre modèle social. Ecole, hôpital.. Tout ce qui est aujourd’hui notre fierté serait réduit au « minimum social ». N’hésitons pas à interroger CONCRETEMENT l’ensemble des candidats aux primaires présidentielles.

Pour autant, je crois que les chiffres positifs que nous rencontrons n’auront pas de suite sans le patriotisme des Français eux-mêmes, TOUS les Français. Il n’y a, par exemple, aujourd’hui qu’un corps qui bénéficie d’un « corps de remplaçants ». Certains se disent: ce doit être les médecins des hôpitaux. Non, nul remplacement dans les hôpitaux, mais l’appel à la conscience qu’ils sont aujourd’hui les « hussards blancs de la République » et qu’ils assument leur indispensable rôle dans cet esprit.

Débattons, parlons-nous en liberté et en vérité. J’invite bien sûr les Bordelais à ces cafés-débat, j’invite qui le désire à s’abonner à ma newsletter, mais surtout j’invite tous les Français à être patriotes de cette manière simple qui est la mienne : la France, c’est nous. Ses échecs, ses progrès, c’est nous aussi.

L’invitation à mon prochain café-politique, jeudi 12 mai à 18h30 à l’Autre Petit Bois, place du Parlement à Bordeaux, sur Facebook : 2012-2016 : Tout ne va pas si mal ! On en parle ? Venez, partagez…

(S’abonner à ma newsletter simplement en quelques clics ici)

 

 

Bordeaux 2 Rives, 4 candidats

Il y aura bientôt dans la circonscription « Bordeaux2rives » dont je suis l’élue autant de candidats de droite qu’aux primaires présidentielles. Celle qui fut pendant 70 ans la « circonscription du Maire » (Marquet, Chaban, Juppé et brièvement Martin) est aujourd’hui le terrain de jeu des adjoints.

Qui sont ces vaillants « candidats à la candidature » ? Jean-Louis David, le fidèle laboureur et 4 jeunes Horaces et Curiaces : la Dauphine, « candidatatout » et désignée à tout, le jeune Edouard Du Parc, fidèle de la « Manifpourtous » et caution de la motion Saint Eloi à la municipalité ; Fabien Robert, dernier déclaré et assez éloigné des positions du précédent ; enfin -qui ne tient pas actuellement la corde- Pierre de Gaëtan-Nijkam qui publia brièvement un blog pour promouvoir ses mérites dans cet enjeu. N’oublions pas, un poiluchon plus à droite, Jacques Colombier que je garde à l’écart du quatuor.

Mon avis ? Je les aime tous les quatre et c’est ensemble que j’aurais plaisir à les affronter. Pas besoin alors de faire campagne. Fines lames et mousquetaires avisés, ils la feraient, à se battre entre eux, pour moi !

Juppé en direct

Sa place est très réduite parmi les 3240 billets de ce blog. Mais aujourd’hui Alain Juppé peut être amené à conduire la destinée de notre pays et il est important de l’écouter et de s’exprimer soi-même sur ses paroles. Peu l’osent. Nombreux sont ceux aujourd’hui qui se disent « s’il devient Président, il pourra faire quelque chose pour moi  (ma fille, ma cousine, mon asso, mon job, mon entreprise..) » . Pas rares non plus ceux qui se voient ministres d’ « ouverture » ou caution de sa politique de nominations dans l’une ou l’autre fonction. Tout cela, si ce n’est pas véniel, est usuel vis-à-vis de toutes les formes de pouvoir.

Aujourd’hui sur canal+, dans l’émission « le supplément », mes cheveux se sont pourtant dressés à plusieurs reprises sur ma tête. Non pas par le vide de nombre de ses déclarations, celui-ci lui est coutumier. Un seul exemple : l’accueil des réfugiés. « Oui, au droit d’asile mais non à l’ouverture de nos frontières, l’accueil doit être équilibré ». Outre que nos frontières sont ouvertes, que doit-on penser d’un « accueil équilibré » ? Rien, justement, absolument rien. Si vous voulez juger de la vacuité et de l’inutilité d’une phrase politique, renversez-là. Qui aurait l’idée de dire « je suis en faveur d’un accueil déséquilibré » ? Un journaliste faisant pleinement son job, aurait demandé : « Monsieur Juppé, pour vous, un accueil équilibré c’est combien de réfugiés accueillis, relativement à notre population de 66 millions ? ». Ces questions concrètes son rarement posées.

La seule ébauche d’un soupçon de déclaration concrète a été la suivante : « je veux zéro charge* sur le SMIC pour développer l’emploi peu qualifié »; ceci, présenté comme une mesure durable et non transitoire. Point n’est besoin d’avoir fait sciences po pour voir comme une évidence la conséquence immédiate : aucune progression de salaire pour les smicards, tous seront soit scotchés là où ils sont, soit embauchés au SMIC même si leur qualification leur permet d’espérer davantage. Même les porte-parole de Juppé, officiels ou officieux, n’ont pas osé relayer cette annonce dans les médias sociaux.

Attendons avec impatience le programme économique du candidat qui fera l’objet d’un petit livre que personne ne lira sauf  les journalistes. Celui-ci pourtant sera décisif et l’on pourra juger le candidat non sur ses actes mais sur au moins ses promesses.

Plus vénielle si ce n’est pour la crédibilité de la parole politique, sa charge envers Emmanuel Macron : « Quand on est Ministre de l’Economie, on fait son job à 100% ». Et quand on est Maire de la 6ème ville de France, on fait quoi ? »

Quand on a été deux ans Premier Ministre, puis Ministre de la Défense et Ministre des affaires étrangères pendant 18 mois, que l’on est maintenant depuis bientôt un an candidat aux primaires LR tout en restant Maire de Bordeaux, de qui se moque-t-on ?

J’aime la politique et je crois en son honneur. J’aime mon pays et je crois en son avenir. Ce sont sans doute les raisons de ce billet.

 

*NB il existe d’ores et déjà une réduction sur les cotisations sociales jusqu’à 1,6 fois le SMIC. Oubli ou radicalisation, avec les risques énoncés, de la part d’AJ ?

 

 

 

Une soirée particulière

Une soirée particulière, et particulièrement positive, cette semaine dans une double famille : celle de réfugiés irakiens et celle qui met à leur disposition un logement et de nombreuses attentions.

Cette famille de réfugiés, comporte 3 adultes et 3 enfants. La grand mère a perdu son mari quelques jours avant la date fixée du départ, ce qui a ajouté au caractère dramatique de ce moment. Le père était directeur d’un hôtel de standing à Erbil, son épouse était professeur d’anglais et les 3 enfants, de 4 à 12 ans, écoliers et collégien. Ils sont arrivés à Parempuyre au début de l’année scolaire.

Oncles et tantes sont soit accueillis en Australie, soit retenus dans les camps du Liban. Cette explosion d’une grande famille n’est évidemment pas facile à vivre.

La conversation s’est faite majoritairement en anglais avec les parents, et -déjà- en français avec les enfants qui ont été tout de suite scolarisés. Dans quelques mois, ces enfants seront parfaitement francophones et inclus dans notre système scolaire. Leur vivacité laisse augurer d’un excellent parcours. Le père cherche -et trouvera- une insertion professionnelle dans le milieu de l’hôtellerie/restauration.

Les difficultés existent et ne sont pas toujours là où on les attend. Le père est détenteur d’un permis de conduire irakien datant des années 70. Il a régulièrement conduit dans son pays MAIS il n’y a pas d’assurances automobiles en Irak : torts, dommages et frais, se négocient entre les parties. Si bien qu’aujourd’hui, les assurances françaises considèrent ce conducteur comme un nouveau conducteur et lui imposent un contrat « jeune conducteur » d’un coût très élevé (surprime de 100% en l’absence de preuve d’assurance dans les 3 précédentes années) pour la voiture qu’il vient d’acheter pour sa recherche puis son exercice professionnel. J’ai avisé de cette question le Ministre de l’économie pour voir si une solution globale est envisageable pour ces réfugiés sans assurance dans leur pays. Ceci en plus de démarches auprès des assurances que je connais.

Hors ce type de difficultés, en fin de compte mineures et je l’espère solubles- l’accueil de cette famille est un succès. Son intégration est certaine. Dans peu d’années (5 au minimum), cette famille deviendra bi-nationale franco-irakienne, les enfants auront probablement la richesse de parler 3 langues et j’ai peu de doutes sur leur insertion professionnelle.

Bilan : positif en terme de solidarité humaine, d’investissement pour notre pays et pour l’Europe, sa diversité et sa culture. Rien qui ressemble à une « invasion » que l’on doive craindre.

Coup de chapeau bien sûr à la famille accueillante, très investie en faveur des réfugiés et qui s’est beaucoup battue pour que ces six personnes obtiennent un visa leur permettant d’entrer dans notre pays (alors que les conditions étaient toutes requises pour ne comporter ni risques, ni problèmes) . Coup de chapeau aussi à Beatrice de François, Maire de Parempuyre, qui met tout en oeuvre (logements, scolarité..) pour pouvoir accueillir d’autres réfugiés. Tout est prêt, mais ils ne peuvent arriver. Je n’en suis pas fière, aujourd’hui plus encore où nous apprenons que 500 naufragés migrants de plus viennent de rejoindre le tombeau de la méditerranée.

 

 

 

La dérive des continents

Cent-dix châteaux du Bordelais sont aujourd’hui la propriété de capitaux chinois. Et combien, de par le monde, de milliers d’hectares de terres agricoles qui seront demain la clef de la subsistance des 10 milliards d’humains que nous serons bientôt ?

Combien d’entreprises, elles aussi en partie ou en totalité, désormais propriétés asiatiques ? Combien de formes de l’irrésistible expansion chinoise, de la main-mise sur les grandes équipements comme en Afrique jusqu’à la colonisation de proximité comme c’est aujourd’hui le cas au Laos ?

Et en face de cela, l’impuissance, l’inertie, la division de notre petite Europe qui cale sur la question qui pourrait être pour elle une des rares solutions à son maintien au rang des grandes puissances : l’accueil et l’intégration des réfugiés.

Seule l’Allemagne l’a compris (avec bien sûr l’habituel lot de résistances internes). Elle se propose d’intégrer un million cent mille réfugiés -je ne compte que ceux qui sont déjà sur son territoire- . Un million sur 81 millions d’habitants, est-ce une invasion ? Ou, au contraire, ces nouveaux-venus dont les enfants seront scolarisés, les jeunes inclus dans le système universitaire et la formation professionnelle, et les moins jeunes dans le monde professionnel tout court, ne sont-ils pas un investissement considérable pour demain ?

Hors de cet exemple, l’Europe pense-t-elle pouvoir vivre dans un carcan de barrières, économiques, humaines, rejetant au-delà de ses frontières les investissements étrangers  – qui sont bien souvent des acquisitions pures et simples –  et les inéluctables migrations venant de pays à forte population et faible PIB vers des pays à population moyenne et généralement déclinante et fort PIB ?

L’Europe est une urgence. On en prend si peu conscience qu’on n’ose même plus en parler. On laisse quelques partis extrêmes prospérer sur son rejet. Ils nous promettent une France qui ressemblerait aux « gated communities » de Floride : une concentration de vieux riches bougons n’ayant plus besoin d’ouvrir les yeux sur l’avenir.

L’expression demeure quasi inconnue en France : la transition démographique, qui à l’échelle mondiale, fait basculer la puissance et l’économie mondiales vers d’autres continents. L’Europe n’a d’autre chance de survie que son unité et son ouverture vers l’Afrique et vers ses voisins orientaux.