Laurent Fabius à Bordeaux

Pour la 3ème fois, j’accueille Laurent Fabius à Bordeaux. Les deux premières étaient toutes différentes : il s’était arrêté dans notre ville en soutien de mes campagnes électorales. Je le revois dans ma minuscule permanence de campagne cantonale, un peu à l’étroit eu égard à tous ceux qui étaient venu le saluer et le remercier de sa venue. La deuxième visite avait déjà plus d’envergure, dans ma permanence de campagne législative. Courte visite mais dont je lui avais su grand gré, car les candidats et les équipes étaient nombreux à souhaiter sa présence.

La 3ème se situe dans tout autre décor. Nouveau Ministre du Tourisme, entré dans son très large portefeuille des Affaires étrangères lors du dernier remaniement, « Laurent » était ce matin dans notre ville pour visiter, aux côtés de son quasi frère jumeau (devinez qui ?), le chantier de la cité des civilisations du vin, un bateau de croisière en escale dans le port de la Lune et enfin, signer à la Mairie le contrat « Bordeaux, première destination touristique 2015″.

Une parenthèse à ce beau programme : Laurent suivait pendant tout ce temps l’avancée (ou plutôt l’absence avancée) du sort de M Atlaoui, condamné à mort par la justice indonésienne, pour soupçon de trafic de stupéfiant. M Atlaoui est ouvrier soudeur, dans tous les cas peu suspect d’être un « gros bonnet » de la drogue. Le problème majeur n’est pas là pourtant : la justice indonésienne n’a pas été sur le dossier exempte du soupçon d’appliquer une consigne dogmatique d’exemplarité et par ailleurs, la France rejette la peine de mort pour ses ressortissants où qu’ils soient et plaide pour l’abolition universelle de la peine de mort.

Laurent Fabius avait eu la veille (d’après ce que j’ai compris de ses dires aux médias) le condamné au téléphone pour l’assurer de la mise en oeuvre de tous les moyens diplomatiques de la France, y compris à titre humanitaire. Il était en contact permanent avec notre ambassade. Laurent a de multiples collaborateurs, mais dans cette circonstance comme dans tant d’autres, la responsabilité est sienne et, dans ce type de drame, elle n’est pas légère. Je tenais à écrire cela, pour lui faire l’hommage de la multiple charge que représente au jour le jour un Ministère de cette importance.

Je reviens à son séjour bordelais, O combien moins pesant. Un mot, intentionnellement souriant, de l’étape bateau de croisière qui bien sûr relevait du tourisme et de l’attrait de notre territoire, mais où j’aurais eu toute ma place dans mon ancienne fonction de Ministre des personnes âgées et de la Silver Economie.

La Silver Economie ne faisait aucunement partie de l’intitulé officiel de mon Ministère, non plus que du programme de la visite de Laurent. Avouons qu’elle présidait pour autant à cette étape : l’âge des croisiéristes mais surtout le décor intérieur du navire la rapprochaient davantage de cette noble ambition de faire de l’avancée en âge un atout, y compris économique, que des défis de la marine du XXIème siècle. De fait, une magnifique démonstration de la place et du rôle des âgés dans la société. Point n’est besoin cependant d’assimiler mes conscrits et au delà, à un décor de plantes artificielles, de canaris empaillés et de photographies de Luis Mariano..

Dernière étape dans l’enceinte de la Mairie. Discours d’Alain, discours de Laurent, le second rappelant que le dernier discours qu’ils avaient prononcé côte à côte datait de mai 2012, quand le premier avait remis les clefs du Quai d’Orsay entre ses mains.

Rien de désagréable dans ce souvenir que Laurent sut rendre gratifiant pour Alain en rajoutant : « je tiens cependant tout de suite à rassurer tous ceux qui nous entourent, rien de commun aujourd’hui dans ce beau lieu, nulle intention fâcheuse, que de nous réjouir ensemble du choix qui a été fait de Bordeaux, destination touristique d’excellence 2015 et féliciter Alain Juppé et son équipe d’y avoir largement contribué ».

La vie politique est faite de diversité. Divers aussi cet hommage en forme de 2ème clin d’oeil à ce Ministre unanimement respecté, dans comme au dehors de nos frontières. Ne boudons pas les raisons de nous faire du bien, non plus que de croire et d’espérer.

 

 

 

Magie des tweets

Faites l’expérience : prenez 6 tweets occupés d’autre chose que du seul quotidien, ramassez-les ensemble dans l’ordre inverse de leur ponte, laissez entre chacun ce qu’il faut de silence; et c’est le début d’un livre … Ou d’un poème, ou d’une forme nouvelle fruit d’un PACS improbable entre l’un et l’autre.

On néglige trop -y compris dans l’enseignement du français- cette approche. La langue se construit. Il y a des innovations de rupture (« les essais » de Montaigne), des tâtonnements de génie (les petits poèmes en prose), des expérimentations, des destructions, des réussites, des catastrophes… Mais il y a toujours à faire pour que vive la francophonie, y compris dans notre propre pays, car ce n’est pas là qu’elle est dans son meilleur état de santé.

Une expérience, hier soir . Par conformisme, l’ordre des tweets est ici à l’inverse de l’ordre où ils ont été écrits (mais ça marche aussi dans l’ordre « naturel »)

« Même au cœur de la nuit, quand le cœur de la ville n’a pas encore cessé de battre, l’incroyable sérénité de mon jardin ../..

 

Toute la tension de l’écriture, on peut la trouver dans une suite de courtes phrases, rien qu’en introduisant entre elles le silence ../..

 

Prenez des tweets (mot détestable, impropre, ennemi),  faites les se succéder, jouer ensemble, l’écriture est déjà là

 

Le rythme est donné, le style s’impose. Il suffit d’assez de nuits pour écrire le livre entier, le poème déjà y est entré ../..

 

Magie du silence, ce vide particulier qui appelle le plein, curieuse loi d’un curieux organe nourri de rien ../..

 

../.. que de silences. Vide de bruits et plein de mots ». 

 

Une autre expérience, plus contemporaine dans son esprit est de mettre à la suite une dizaine de tweets, tels quels, dans l’ordre où ils sont apparus sur l’écran. Préoccupations quotidiennes, drames de partout, invectives, chiffres accablants.. Toute la cacophonie du monde dans un texte pas plus grand qu’une page de carnet.

Une troisième, et ce n’est pas la moindre : prendre un texte, le découper en tweets comme on le sent, le rythme s’y engouffre et change tout. D’ailleurs Racine, Vauvenargues, Chamfort, ont-ils jamais fait autre chose que des tweets de génie ?

 

 

 

 

 

 

 

Grand Port Maritime : un enjeu majeur pour tous les Bordelais

Depuis la loi portant réforme portuaire de 2008, notre Port est devenu de « Port Autonome » « Grand Port Maritime ». Cela signifie qu’il fait partie des 7 Grands Ports à vocation nationale et internationale, bénéficiant d’investissements de l’Etat.

Il  est aujourd’hui le dernier de la liste avec un trafic de 8 à 9 millions de tonnes, La Rochelle l’ayant malheureusement devancé. Nous avons manqué une occasion remarquable en rejetant l’installation du terminal 4Gas qui lui aurait fait gagner 25% d’activité. A ce moment-là comme toujours le silence du Maire de Bordeaux a été assourdissant et le résultat n’en a été que plus désolant.

Lors du dernier Conseil Municipal de Bordeaux, le Maire s’est prononcé pour une rétrogradation de notre Port en « port d’intérêt régional », ce qui est ignorer complètement l’importance de ce grand ensemble portuaire dans l’ADN bordelais. La Garonne n’est pas la midouze (le fleuve qui irrigue Mont de Marsan), l’estuaire et le fleuve font partie du domaine maritime jusqu’au pont de pierre : le port n’a sans doute pas donné son nom à « Bord-d’eaux », mais il a justifié, installé et soutenu ce nom depuis que notre ville est ville.

Déclasser le port de Bordeaux, serait comme rayer de la carte en 2011 l’Ecole de Santé Navale : méconnaître ce qui fait à la fois la fierté des Bordelais et le rayonnement de la ville.

D’autant que… Navigation fluviale et portuaire retrouvent les couleurs de l’avenir avec les enjeux de la transition énergétique. Mais Alain Juppé n’est pas Colbert et ne prononcera jamais « Cabotage et transbordage sont les deux mamelles de la France ». Il aurait raison d’ailleurs : une armada de féministes lui tomberait sur le col.

Retour à plus de sérieux : qui aurait pensé que les croisières auraient redonné de la vigueur à notre port (et en particulier à sa partie urbaine) et à l’attrait touristique de la ville ? Certainement pas en tous cas nos édiles municipaux qui n’ont jamais marqué grand intérêt au Port et Juppé est en cela le digne successeur de Jacques Chaban Delmas.

Ne nions pas les réalités : le Port n’est plus ce qu’il était et il faut rebattre les cartes. Je suis persuadée que la nouvelle grande région va lui offrir des moyens de mutualisation et de mise en symbiose avec La Rochelle et Bayonne. Porteur du dynamisme économique de ce territoire de près de 6 millions d’âmes (pour la plupart biberonnées au vent de l’Atlantique), Alain Rousset ne manquera pas d’être le porteur de l’intégration de nos trois ports (dont 2 Grands Ports Maritimes) dans ce nouveau et bel ensemble.

Mon père m’a enseigné ce dogme, en l’illustrant en toutes occasions de mille exemples différents : « la géographie prime toujours sur l’histoire ». Cela vaut pour l’Histoire de demain. Le « GPM » de Bordeaux est et demeure un atout emblématique pour notre ville et toute notre région.

 

 

Anticiper, accompagner, choisir la fin de vie : de nouveaux droits pour tous

10 ans après la loi Leonetti, la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée nationale le mardi 17 mars marque un pas décisif dans la prise en compte de la volonté de chaque personne et l’accompagnement par les soins palliatifs en ouvrant de nouveaux droits.

Ce remarquable texte a été élaboré conjointement par les députés Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP) dans une volonté de consensus politique afin d’engager un dialogue constructif sans brutaliser croyances ni choix philosophiques.

Ces sujets qui touchent à l’intime doivent être débattus sans à priori ni réserve et j’y invite les Bordelais à l’occasion d’une réunion publique ce vendredi 24 avril à 18h30 salle Amédée Larrieu, place Amédée Larrieu à Bordeaux.

Le Docteur Bernard PATERNOSTRE du service d’accompagnement et soins palliatifs du CHU de Bordeaux ainsi que Monsieur Jean-Claude SAUGE, Président de « Alliance 33 Jusqu’au bout accompagner la vie », interviendront à mes côtés pour faire part de leur expérience.

Bordeaux : une hausse d’impôts ni justifiée, ni juste

Le 13 avril, le Maire de Bordeaux a fait voter en Conseil municipal une augmentation des impôts locaux (taxe d’habitation et taxe foncière) de 5%.

Cette décision n’est pas justifiée. Alain Juppé prend le prétexte de la baisse des dotations de l’Etat. Le Gouvernement prévoit, on le sait, 50 milliards d’euros d’économies entre 2015 et 2017 ce qui représente 4 % de l’ensemble de nos dépenses collectives. La dépense publique locale représente quant à elle un peu plus de 21 % de la dépense publique globale. C’est en référence à ce pourcentage que le Gouvernement a calculé l’effort des collectivités (11 milliards d’euros en 3 ans soit 3,6 milliards par an.

Ce chiffre est à mettre en relation avec l’ensemble de la dotation globale aux collectivités (36,5 milliards) dont il représente 10%.

Dix pour cent d’une masse totale de 21% amènent à la conclusion simple que toute augmentation des impôts locaux supérieure à 2 % ne peut être justifiée par la baisse des dotations. Je sais, c’est compliqué, mais les bons comptes font les bons contribuables à défaut de faire les bons Maires.

En reportant -et bien au delà- la charge de cette baisse de dotation sur les Bordelais -lesquels ont déjà été invités à participer à l’effort général par le biais de l’impôt national- le Maire exonère sa collectivité de tout effort pour au contrarie faire assumer deux fois par les contribuables, selon le principe de la double peine. Notons à propos de cette exonération d’effort que le budget municipal de fonctionnement augmente, le contraire de ce qu’imposerait la période que nous traversons.

Cette décision est également injuste : les Bordelais sont déjà largement imposés localement. Bordeaux est une ville chère par les montants des loyers et des prix de l’immobilier et cela n’est pas sans incidence sur le montant de la taxe d’habitation et de la taxe foncière puisque c’est, en fonction du marché que l’administration fiscale fixe la valeur locative de chaque bien, loyer théorique annuel. A Bordeaux, la valeur locative est très élevée (en moyenne 3 563 euros alors qu’elle n’est que de 3 098 euros à Toulouse, 3 051 euros à Nantes, 2 966 à Marseille et seulement 1 927 à Lille). Ainsi, selon les taux applicables, la valeur locative et malgré les abattements, le niveau de la taxe d’habitation moyenne situe Bordeaux en 3ème position des villes les plus imposées de France soit 696 euros (660 à Nantes, 634 à Lyon, 626 à Montpellier et 484 à Toulouse).

La Ville de Bordeaux ne peut pour autant s’enorgueillir de services publics de qualité. Les Bordelais sont en effet obligés de subir  le manque de logements sociaux, de places en crèche ou encore de piscines et l’abandon de projets pourtant annoncés comme prioritaires lors de la dernière campagne électorale comme la salle des fêtes du Grand Parc, la salle de danse de Ginko, les équipements sportifs de l’ancien marché Victor Hugo. Les habitants sont de plus en plus appelés à payer des services jusqu’alors gratuits comme le stationnement ou l’entrée des collections permanentes dans les musées.

Alors, que financent en réalité ces hausses d’impôts ? des dépenses somptuaires comme le Grand Stade, la Cité municipale ou la Cité des Civilisations et du Vin dont la participation de la Ville vient de passer de 13 à 31 millions d’euros et le mauvais choix général de partenariats publics privés qui grèvent au quotidien le budget global.

Ainsi, en alourdissant la pression fiscale sur les Bordelais, le Maire de la 3ème ville de France où les impôts sont les plus élevés, fait le choix du grand, du majestueux au détriment des services de proximité, du quotidien. Il fait surtout le choix du « fauxculisme » par l’usage d’un faux prétexte (la baisse des dotations) et de mauvais calculs (celui de la hausse qui correspondrait à la perte de dotation si tant est qu’on en acceptait le principe).

Je sais : ce billet n’est pas facile à suivre. Qu’on me pardonne en pensant qu’il n’est pas non plus facile à faire, mais dans ce domaine, il faut être responsable et précis. D’autant que le Maire comme son adjoint aux finances n’hésitent  pas à dénoncer le « matraquage fiscal » de notre Gouvernement.

 

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