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Une fois n’est pas coutume, j’emprunte à Alain Juppé, le titre de ce 12 ième épisode d’ « Il faut aimer la politique ». On l’a vu, ce feuilleton d’un amour (brièvement) contrarié va par « sauts et gambades », selon l’actualité et selon les réactions qu’il suscite. C’est l’absence de toute règle du jeu que je me suis fixée en entamant la série.

Tout passera donc par l’innovation  : voilà au moins une certitude que nous partageons. A monde nouveau, idées neuves et mots nouveaux. Un monde où le poids relatif des continents aura basculé, où les 50 millions de réfugiés que nous connaissons aujourd’hui s’augmenteront des réfugiés climatiques, où un milliard d’humains aura plus de 60 ans et où les vieux vivront autant que les nouveaux-nés en 1850. Un monde où… Tout ce que nous ne savons pas encore et dont seul l’indéracinable instinct de survie des humains nous protège peut-être.

La vitesse des changements, des acquisitions comme sans doute des pertes, s’accélère continument. Les innovations ne sont plus des transformations mais des ruptures (le numérique par exemple), envoyant à la casse des milliards d’objets. Mais qu’en est-il des raisonnements, des idées, des conceptions avec lesquelles nous nous débrouillons du réel ?

La politique n’est pas loin. Le texte où Alain Juppé déclare sa candidature pourrait être écrit à n’importe laquelle des décennies précédentes par n’importe quel candidat de droite, de gauche ou du milieu, appelant au rassemblement, à la confiance, à l’effort, au nouvel élan, à la prise en compte d’enjeux nouveaux…

Ce n’est pas une critique : nous (la gauche) sommes capables de faire bien pire. Juppé est normalien, a écrit le texte lui-même (même sa « tentation de Venise » est du même ton), quoique prenant conseil afin de s’assurer que tous les mots-clefs soient bien cochés : le texte est parfait. Sauf… que personne n’en retient rien, si ce n’est une impression de confort rassurant ; si ce texte avait été exprimé oralement, chacun aurait depuis son début vaqué à ses occupations.

Le moment n’était pas non plus à ce qu’Alain Juppé esquisse un programme. Tout cela est évidence. Et pourtant, en le lisant, et même en le relisant, je me suis interrogée : où est l’innovation, où est le mot ou l’idée nouvelle, où est la flamme indispensable au regard des difficultés qui attendent un Président putatif, dans ce texte convenu ?

Il ne peut y avoir nouvelles idées sans nouveaux mots. J’ai la certitude que l’un va avec l’autre. Boileau le disait déjà : « Ce qui se conçoit bien… ». Celui qui porte une idée en lui la voit progressivement se construire, s’affiner, s’inscrire dans le possible, et le mot vient au bout de cette maturation.

Reconnaissons-le : ce peut-être l’inverse. Un mot vient et éclaire un magma de réflexions qui ne trouvaient pas leur ligne directrice. C’est comme une lumière qui s’allume.

Dans le texte de Juppé (comme dans tant d’autres), nul mot, nulle expression, nulle phrase qui fasse lever les oreilles et se dire intérieurement: « Oui, c’est ça, c’est ça dont nous avons besoin ».

Or la politique, l’avenir de la politique, est à ce prix. Eclairer, donner corps à ce que nous cherchons confusément. Poser le doigt sur les enjeux informulés qui nous préoccupent (dont fait partie la transition démographique et ses trois dimensions : individuelle, sociale et sociétale). Pouvoir se dire, comme quelquefois en lisant un écrivain: « Oui, c’est ça, ça exactement ».

Notre société inquiète, souffrant de la souffrance des autres (ces milliers de morts, partout, le retour de la barbarie..), alourdie de ses difficultés propres, cherche -non pas La Lumière, elle est d’un autre ordre- mais des lumières, des paroles, des gestes qui, à mille lieux de tout « communicant », nous montre qu’un homme est habité de la fonction à laquelle il prétend, fût-elle infiniment plus modeste que celle de chef d’un Etat plus que millénaire.

Il faut en effet beaucoup aimer la politique, car à cela, seuls beaucoup de souffrance, d’interrogation et de doute permettent d’arriver.

 

Comments 3 comments

  1. 21 août 2014 at 10 h 19 min Alain

    Ainsi donc, contre toute attente, le maire de Bordeaux vient-il d’annoncer urbi et orbi sur son blog sa candidature à l’après-maire UMP de 2016 pour la désignation du candidat de droite à la présidence de la République en 2017.

    En voilà un qui aime la politique bien plus que Venise, on en conviendra avec ses tentateurs. Quand bien même elle l’a plus souvent qu’à son tour chassé de sa couche, sans ménagement, le voilà donc qui fait de nouveau la queue devant sa porte, à la lueur d’une petite lanterne rouge. On notera qu’il a sagement attendu, pour sa déclaration, d’être entré dans sa soixante-dixième année.

    Oui, indéniablement, on peut le donner en exemple : cet homme aime la politique. C’est-à-dire, pour le formuler plus clairement, le pouvoir, son illusion et sa consécration suprême. Trahirai-je un secret si je vous confie qu’il pense même déjà à deux mandats ? Après ces deux lustres, en 2027, il n’aura jamais après tout que 82 bougies sur son gâteau d’anniversaire. Si tout va bien, ce qu’on lui souhaite il va sans dire. Je ne parle pas là, bien sûr, au nom de ses chers compagnons pour qui c’est une autre histoire, dont nous attendons les épisodes avec une certaine gourmandise.

    Aimez-vous vous-même la politique, me demanderez-vous, suspicieuse ? Le plus simple est de vous répondre très franchement en chanson, si vous le voulez bien : http://www.dailymotion.com/video/x7wk2s_sim-j-aime-pas-les-rhododendrons-19_music

  2. 25 août 2014 at 17 h 26 min Christophe

    L’observation du citoyen de tous ces événements politiques ou pas depuis les primaires socialistes jusqu’à ce nième remaniement (reniement?) me donne furieusement envie d’écrire depuis ce matin.
    Tout se mélange dans ma tête, Vals, Montebourg, Hollande, Juppé, Cahuzac, Feltesse, etc…
    Et puis je pense à un trait d’humour m’imaginant que Michèle Delaunay, tel le battement des ailes du papillon serait responsable de bien des choses qui se passent dans le microcosme politique. De la « politique friction » en quelque sorte.
    Puis je découvre un des derniers articles de son blog qui parle d’innovation, de Juppé et de « Il faut aimer la politique ».
    En tordant un peu les choses, je peux donner de la cohérence à tout ça tout en restant en lien vague avec son propos…

    L’innovation en politique?
    C’étaient des primaires dans un grand parti, où ceux qui ont fini numéros 2 et 3 n’ont qu’à bien se tenir devant celui qui avait terminé dernier de cette consultation.
    Faut-il rappeler ici que la majorité de ceux qui s’étaient exprimés lors de cette primaire, ne seront probablement plus représentés à partir de demain?
    Les députés, sensés représenter leurs électeurs ou leur électorat, doivent obéir à une logique de cohésion gouvernementale.
    Et si Juppé n’avait pas dû renoncer pour une règle imbécile à son poste de super ministre dans le premier gouvernement de Sarkozy, en serait-il à vouloir se présenter à une primaire mise à la mode par le PS?
    Règle imbécile, car ce n’est pas parce que Juppé est battu par Michèle Delaunay, qu’il était discrédité par le suffrage populaire et qu’il n’avait aucune légitimité à exercer et prouver (ou pas) ses talents de grand commis de l’état. J’avoue qu’en tant qu’électeur de gauche, ça m’aurait amusé de voir Juppé oeuvrer (et ferrailler avec Sarko) pour l’écologie. Michèle Delaunay m’en a privé 🙂
    D’ailleurs ensuite, nous avons bien vu, sur la campagne municipale qu’il n’en était rien…
    Règle imbécile, car ça se saurait si l’avis des électeurs exprimés dans des urnes quelconques (primaires, élections..) donnait un cap à une orientation politique…
    Je ne mettrai pas en questions ici la compétence, la loyauté, l’honnêteté, les motivations de tel ou telle personnalité politique. Le dénommé C… nous a fait assez de mal.

    L’innovation dans l’école et les pratiques pédagogiques alors?

    Que nenni, à cause de Michelle sans doute, encore et toujours, Vincent Feltesse, s’est retrouvé député et n’a pu continuer à creuser son chemin vers ses compétences sur la société numérique dans laquelle on vit (et les élèves aussi).
    Il aurait empêché le PS de faire croire que la refondation de l’école c’était ça
    http://2cbl.fr/wp-content/uploads/2014/08/pubpsrecrutementprofs.pdf

    Alors oui, il faut drôlement être optimiste pour continuer à « aimer beaucoup la politique »… Car si les évènements internationaux, doivent relativiser notre « distance » face à la politique politicienne (ou continuer à nous obliger de serrer les dents et « pas trop l’ouvrir »), j’espère qu’on ne « nous en fera pas des tonnes », ici ou ailleurs sur les sempiternelles tergiversations de Juppé en politique.
    Car parfois, je me mets à penser, moi l’électeur de gauche depuis plus de 40 ans (à l’exclusion de mon vote anti Le Pen en 2002) que je me déplacerais bien lors de primaires ….pour que Juppé soit candidat.
    Voter pour Juppé au moins ce serait clair, j’aurais l’impression de faire élire un candidat qui ne pourra jamais me décevoir. Juste au pire me surprendre agréablement.
    Mais rassurez-vous, ma confiance et mes espoirs sont limités. Je n’oublie pas cet épisode où il a fait valoir ses droits à la retraite à 57ans et demi alors que depuis des années il tentait de nous faire avaler une réforme qui prolongeait la durée du nombre d’années de travail nécessaires
    cf http://bordeaux.juppe.free.fr/retraite.htm

    C’est quoi un homme politique exemplaire? Quelqu’un qui s’appliquerait à lui même par décence ce qu’il tente d’imposer à tous les autres?
    Un ministre qui rapparierait ses fonds à l’étranger, avant qu’on le découvre nous même, en expliquant aux français combien cet « exercice » est détestable et touche tous les pans de la société (l’art de se soustraire aux règles)?
    La seule chose dont je suis sûr avec Michèle Delaunay, c’est qu’elle n’a pas embrassé cette carrière politique pour faire fructifier un carnet d’adresse, afin d’arrondir ses fins de mois, pendant ou après son mandat. Je n’avais pas besoin qu’on connaisse son patrimoine a priori… Juste qu’on vérifie (et dans son cas, inutile donc…) qu’elle ne profitait de son statut pour « s’enrichir » indirectement…. Un peu comme autrefois un maire qui rendait constructible un terrain qu’il avait pris le soin d’acheter (ou faire acheter à un proche) « non constructible »…
    Mais je déraille, l’Homme est foncièrement honnête et désintéressé….

  3. 28 août 2014 at 22 h 44 min christophe

    Précisions… Pas électeur depuis 40 ans….
    J’ai tellement vécu intensément la campagne de 1974 dans les médias, dans la famille, que j’ai l’impression que je suis « entré en politique » cette année là…
    J’ai hélas pas profité (un peu quand même sinon je n’aurais pas pu voter) de l’avancée de l’âge de la majorité, puisque j’ai dû attendre l’année de mes 21 ans (septembre) pour une élection qui restera historique…

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