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L’écrivain, dessinateur, poète, bibliophile … Michel Suffran est mort le 5 juillet. Ami de (beaucoup) plus de 30 ans, confrère, fin conservateur de la mémoire de Bordeaux et de tous ceux qui ont hanté cette ville. On ne sait pas assez qu’il était aussi un talentueux lecteur à voix haute des textes qu’il aimait et en particulier de Buzzati , Jean de la Ville, Mauriac… Les dessins qu’il griffonnait sur un papier passant par là, qu’il m’envoyait parfois, sont des petits miracles de poésie et de charme qu’heureusement j’ai tous conservés.

Grand amateur de livres mais aussi d’objets modestes qui rappellent l’enfance et le temps passé, sa maison était (et demeurera avec son épouse Colette) dévorée de charme et de tendresse. Il est l’écrivain non seulement d’ « une génération perdue » mais d’un monde perdu, d’une ville oubliée, qui ne le seront pourtant jamais tout à fait, puisque l’écriture les inscrit dans la durée.

J’ai partagé plusieurs de ses combats : la Garonne qu’il ne voulait pas voir défigurée par le doigt de pierre dont Alain Juppé voulait initialement barrer la Garonne au droit, la défense du Port aujourd’hui menacé, la conservation du souvenir et de la tombe de Jean de la Ville, le « Petit Mousse », l’arbre penché du Jardin public…  Ce qui nous a amené à ferrailler bien des fois avec la raideur municipale. Tous ces combats n’avaient rien de partisan : il aimait le beau et le signifiant et savait les déceler où qu’ils se cachent.

Enfin, je veux saluer son immense courage en face d’un cancer qui a mutilé son visage mais qui a laissé intacte son immense sensibilité et sa consubstantialité avec sa ville et ceux qui avant lui l’ont illustrée.

Toute mon affection à son son épouse Colette et à son fils. J’y joins à titre posthume celle de mes parents dont il était l’ami et du pilote Jean Mandouze qui fut son frère d’armes.

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