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Une histoire très, très noire en effet, et en plus une histoire vraie. Mais avec un rayon de soleil au bout…

C’était il y a une bonne dizaine d’années à l’hôpital Saint André. Nous avions dans le service un malade très, très fatigué. Si mal en point que nous hésitions à le transéater -comme nous disons en langage hôpital- dans le service de soins palliatifs le plus proche de son domicile. Je le revois très bien : d’une maigreur extrême dans un éternel jogging noir qui ne faisait qu’accentuer l’évidence de la gravité de son état.

Sa femme, accorte et pleine d’autorité, était venue nous voir avec un paquet bien emballé : son costume pour l’habiller dès qu’il serait mort. Elle ne tenait pas tellement au transfert, et pour tout dire voyait d’un assez bon oeil que nous le gardions à Saint André jusqu’à la fin. « Mais surtout, veillez bien à ce qu’il soit habillé correctement. J’ai tout apporté… ».

On le devine : cette dame ne soulevait pas notre sympathie. Après moulte hésitation, nous avons transéaté le malade, ainsi que ses « effets » comme disait la dame..

Six mois passent, peut-être davantage, ce patient et sa famille rejoignent une zone de souvenir à la fois indécis et inoubliable, comme on va le voir. Nous marchons avec un de mes proches confrères dans un des longs couloirs de l’hôpital. Une silhouette s’approche. Nous nous regardons, d’abord incrédules puis de plus en plus certains : « Mais n’est-ce pas Monsieur J. ? »

Si ce n’était pas lui, c’était au moins son frère… Et de fait, il nous aborde : – Ah, je tenais à passer vous voir … Vous vous souvenez ? »

Nous ne nous souvenions que trop bien, et nous demandons stupidement, car la réponse était visible devant nous : – Et maintenant, ça va ?

Ca n’allait pas mal et il voulait nous remercier. Toujours stupéfaits et toujours stupidement, nous demandons : – Et votre femme ?

– Ah ! je n’ai pas pensé à vous informer. Elle est morte le mois dernier …

Je l’avoue, écoutant il y a quelques mois, les augures de malheur qui déclaraient le Parti Socialiste au bord du trépas, le petit Nicolas qui se gaussait et le Maire de Bordeaux qui ne manquait pas une allusion au mauvais pas où se trouvait notre équipe, j’ai souvent pensé à M. J. et à son épouse.

Car je vais vous dire un secret : quand on a fait de la politique toute sa vie, comme deux de ceux que je viens d’évoquer, on parle bien souvent sans savoir ni qui taillera le costume, ni qui le portera.

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