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La petite larme bleue en haut à droite de la carte des régions est une belle représentation de la politique de la France après trois ans de gouvernance sarkozienne. Ces élections de quasi mi-mandat étaient, pour l’ump, celles qu’il ne fallait pas manquer : assez tardives pour permettre le bilan de ce qui a été fait, assez précoces pour dessiner une feuille de route pour la suite. « Dans tous les compartiments du jeu », l’analyse est sombre pour la droite. Elle est à l’inverse pleine de potentialités pour la gauche, mais ne va pas sans exigences et sans bémols.

L’abstention est un premier enseignement, et gauche comme droite doivent en prendre leur part. Ce n’est pas la victoire des pêcheurs à la ligne mais la victoire de la perte de foi et d’espérance. Qu’on ne m’en veuille pas de ces deux termes à sonorité religieuse, ils ont également leur poids laïc : beaucoup de Français ne pensent plus que l’on puisse (ni même qu’on veuille) changer leur destin.

Je n’ai, pas plus que d’autres, de solution immédiate à ce manque de confiance. L’exemplarité des politiques de tous bords y joue son rôle : nous ne pouvons plus supporter les politiques qui prennent des poses, qui mentent, dont la stratégie est dictée par des communiquants habiles à vendre des apparences et des mensonges, et qui s’expriment en « éléments de langage » reçus d’en-haut , ce qui est la négation même de la réflexion personnelle et de la sincérité.

Tout cela marche un temps, mais bientôt déçoit et détourne ceux à qui l’on s’adresse.

Sobriété, rigueur, générosité de soi, capacité à donner de la force, c’est l’exigence que nous devons avoir pour nous-mêmes et pour notre groupe. A défaut de l’espérer de la droite qui donne depuis une semaine l’exemple du contraire.

La défaite de la droite est sans appel. Il faut remonter aux législatives de 1981 pour trouver un score d’égale intensité en faveur de la gauche. Nul ne parvient à faire croire, comme s’obstine à le faire Frédéric Lefebvre, qu’il ne s’agit pas d’une sanction de portée nationale. C’est le sens que les Français ont voulu donner à leur vote, à la fois par l’abstention et le score de la gauche. La dignité veut qu’on ne s’y soustraie pas.

La victoire de la gauche est claire, générale, éloquente.

Elle a plusieurs niveaux de signification :

-la légitimation de l’action des exécutifs sortants et de leur rôle de bouclier en face de la politique gouvernementale.
-le rejet de la campagne de décrédibilisation des structures régionales et départementales menée depuis plusieurs mois par le gouvernement dans un double but : les élections régionales elles-mêmes et la réforme territoriale qui a pris hier un solide plomb dans l’aile.
-l’aspiration à un changement de gouvernement et de politique. Je ne veux pas dire : un remaniement ministériel qui n’aura, après cette formidable veste, pas plus d’effet qu’un cautère sur une jambe de bois, mais une modification de la méthode de gouvernement et des choix.
– l’appel à de nouvelles pratiques pour la gauche , invitée à être unitaire, disciplinée, lisible.
Lisible, c’est à dire affirmant rapidement les bases d’un projet en termes clairs et réalistes.
Exemple pour les retraites : pas de retraites à moins de 1000 euros, un allongement progressif de la durée de cotisation en contrepartie d’une évolution des carrières et d’une prise en compte réelle de la pénibilité.

Nous qui avons fait campagne pour la gauche, qui la représentons, qui en portons les aspirations et qui sommes comptables de ses actes, nous voilà en face d’une considérable responsabilité. Les Français ont exprimé qu’ils souhaitaient que nous prenions les rênes mais pas à n’importe quel prix.

Une démonstration de cette adhésion sous réserve est ce que Gaëtan Gorce appelle « la troisième liste ». Chaque fois qu’au deuxième tour, les Français ont eu la possibilité d’un choix en dehors des clous, ils y ont adhéré de manière signifiante : Front National dans le nord et en PACA, Europe Ecologie en Bretagne, Limousin, Picardie, MoDem dans la seule Aquitaine. Dans tous les cas, les scores de ces listes ont progressé.

C’est une marque de défiance, d’abord envers la droite dont l’électorat, présenté comme compact, a démontré sa friabilité. Mais cela n’est pas sans signification non plus pour la gauche dite « de gouvernement » représentée par le PS.

Ne boudons notre satisfaction, mais transformons-là en motivation et en sens aigu de la responsabilité.

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