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En Vendée, sur les tombes familiales comme tant d’entre nous. Temps de Novembre, curieusement convoqué à heure pile par le calendrier. La pluie s’est mise de la partie au moment exact d’arriver dans le cimetière, ajoutant au gris du voyage.

Le culte des morts a un sens. Non pas tant de les célébrer parce qu’ils sont morts -nous les préfererions vivants- mais de demeurer en familiarité avec la mort. La crémation qui concerne aujourd’hui 30% des décès, si elle a un sens profond pour l’individu (retourner en poussière), dérobe à la collectivité la présence du mort qui n’est aujourd’hui que trop cachée, éloignée, niée. Quatre-vingt pour cent des Français meurent à l’hôpital, sans doute un autre pourcentage en maison de retraite ou en EHPAD, la continuité de la vie à la mort devient de plus en plus invisible, intangible, inconséquente.

Pas de morbidité particulière dans ma certitude que ce lien ne doit pas être rompu ni dérobé à la perception. Il est au contraire un puissant stimulant de la vie, mais une vie qui fait mieux la part des choses (au sens le plus profond de cette part des choses) et la part de l’essentiel.

Les Malgaches ont pour tradition de devoir chaque année retourner leurs morts. Physiquement retourner les cadavres. C’est une épreuve surhumaine qui a, dit-on, lourdement marqué leur civilisation. Notre célébration, faite de fleurs et d’un moment de recueillement, est moins affligeante, moins émotionnellement éprouvante et je crois qu’elle doit perdurer. Elle ne sert à rien, les morts n’en savent rien, mais nous nous oublions un tout petit peu moins à quel point, d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre, nous sommes mortels.

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