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Tout ce qui ne représente pas directement les puissances d’argent doit être abattu, ou du moins affaibli. Tout ce qui ne les favorise pas directement doit être condamné.

« Article un » et « article deux » de la déclaration des devoirs de l’humain sarkozien.

A preuve : le corps préfectoral.

Rien que le mot « corps » donne envie à un chef de l’Etat digne de ce nom, du moins en Sarkozie occidentale, de le dissoudre. Quoi ? Un « corps » ? Auquel je n’appartiens pas ? Ni Bolloré, ni Bouygues ? Mais qu’est-ce à dire ? Qu’on dissolve ce corps-là !

Ni Bolloré, ni Bouygues… Il était tentant d’ajouter « Bettencourt ». Nous qui avons à Bordeaux la religion des « 3 M » (Montaigne, Montesquieu, Mauriac), nous sommes quasi-prédisposés à ces « 3 B » antinomiques des précédents. J’ai résisté. Ce troisième « B », étrangement, me parait plus entre les mains du pouvoir que lui-même aux manettes, malgré son immense et complaisante fortune.

Revenons à nos préfets. Le « Journal du dimanche » intitule un papier à leur sujet « les grognards de la République ». Nous pensons tous aussitôt, et avec raison, aux « hussards noirs de la République ». Ces gens d’un autre temps et d’un autre pays que la Sarkozie occidentale et qui avaient en ligne de mire d’autres horizons que ceux des paradis fiscaux et pas d’autres ambitions que celles de la République.

Les préfets sont à dure épreuve. Récompensés au pourboire (pardon, à la prime), selon leurs résultats immédiats en matière de délinquance et, plus encore, selon leur compliance aux volontés médiatiques et mathématiques (la politique du chiffre) du Président. Primes généreuses même si accordées selon le bon plaisir du Prince. Mais : la générosité du Prince ne constitue pas la morale ordinaire des serviteurs de l’Etat.

La prime, c’est la carotte, le limogeage, c’est le bâton. Agitation dans l’Isère, Révocation du préfet. L’association du corps préfectoral, qui est assez loin d’un repère de trublions irresponsables, a manifesté son soutien au préfet dans un communiqué. Evénement rare. J’ai fait de même (Albert Dupuy était ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde). La presse dans les deux cas n’a pas suivi massivement (…).

La Gironde a de ce point de vue des antécédents. Le Préfet Bernard Fragneau a demandé lui-même à être relevé de ses fonctions dans le Loiret pour avoir été désavoué par le Président de la République au sujet de l’expulsion d’une jeune Marocaine. Belle figure de grognard que Bernard Fragneau, précédemment en poste à Bordeaux, qui a été chaleureusement mais discrètement félicité par les siens.

Les antécédents de limogeage sont nombreux pour cacher les échecs de la politique du gouvernement ou l’impopularité du Président. Le Préfet de la Manche a ainsi payé des manifestations d’agriculteurs sur le chemin du « Chef ». Sarkozy, Ministre de l’intérieur, avait eu déjà la même attitude avec le Préfet de Haute-Corse pour semblables motifs.

Il y a plus fin que la carotte et le bâton : l’émiettement de ce grand corps et son « renouvellement ». Les Préfets sont remplacés par des policiers, des conseillers de l’Elysée, imposés dans les grands postes par la main du maître.

Comment en effet supporter les élites, quelles qu’elles soient, quand on n’en fait pas partie ? Quand elles sont au service de l’Etat plutôt qu’au sien ?

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