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Lieu privatif de liberté, la prison ne doit pas être un lieu privatif de santé.

Nous entrons ce soir à Assemblée dans le débat sur le projet de réforme pénitentiaire. Lors de la discussion générale tout à l’heure, je défendrai le droit des détenus à la santé et le devoir du couple administration pénitentiaire-ministère de la santé de la prendre en charge et de s’en porter responsable.

Un homme, une femme quelquefois, que l’on prive de liberté se trouve privée des moyens habituels d’accès aux soins, aux actions de dépistage et de prévention, à l’information comme à l’éducation à la santé. Et ceci est d’autant plus grave qu’ils sont plus à risques d’affections physiques ou psychiques que la population générale. Vingt pour cent sont atteints d’affections psychiatriques caractérisées, 20 autres pour cent de troubles du comportement ou de l’humeur, 30% usent de toxiques, avec les risques qui vont avec, 60% sont tabagiques, et beaucoup sont atteints de maladies de la misère ou de l’insalubrité comme la tuberculose.

Du fait de cette privation d’accès à tout ce dont les personnes libres bénéficient, l’administration pénitentiaire et les acteurs qu’elle coordonne, doivent y suppléer dans tous leurs aspects : soins mais aussi dépistage, prévention, formation, éducation.

Cela suppose d’abord qu’à son entrée soit proposé au détenu un bilan de santé suffisamment complet, suffisamment expliqué et compréhensible pour qu’il prenne la mesure de l’intéret qu’il a à le faire pratiquer. Ce bilan doit comporter le dépistage de la tuberculose, une sérologie HIV, un contrôle de l’état bucco-dentaire et bien sûr un bilan psychiatrique.

Cela suppose que l’on mette en place, chaque fois que nécessaire, des mesures de prévention et de vaccination et l’on pense bien sûr à la pandémie grippale.

Cela suppose aussi qu’on donne au détenu les moyens de sa santé : activité physique suffisante et activité tout court, messages d’information et d’éducation à la santé sur un intranet accessible sur les écrans de télé. Voilà qui ne coûte pas cher et permet de toucher les 15% de détenus illettrés.

Cela suppose pour des détenus âgés ou handicapés des soins, des aides techniques ou humaines palliant à leur déficit d’autonomie puisqu’ils n’ont aucun moyen de recourir à des aidants naturels.

Tout cela doit être inscrit dans la loi, comme l’est la réalisation d’une visite médicale de sortie, sans qu’aucune précision d’ailleurs ne soit donnée sur sa nature, ni sur les examens qui l’accompagneront. Est-il moins légitime de prévoir un bilan d’entrée alors qu’au contraire le temps de détention va permettre de soigner et, d’autre part, qu’il peut être à l’origine de contamination ou d’aggravation ?

Je ne sais si, dans tous les cas, la durée de la détention puisse suffire à permettre l’insertion de personnes marginalisées de longue date, fragiles, perturbées. Ce dont je suis sûre c’est que la détention doit leur en donner au maximum les moyens, et en premier lieu cet outil fondamental qu’est l’état de santé.

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