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On se souvient beaucoup ces jours-ci. Les dates et même le temps de pluie grise y portent et ce n’est sans doute pas tout à fait mauvais.

Ce matin, au monument au mort, écoutant le Préfet Schmitt lire le message du Ministre, je me suis souvenue d’une colère de ma grand-mère, un onze novembre il y a quarante ou cinquante ans. Elle venait d’écouter un journaliste évoquer le 11 novembre 18 comme un jour de liesse.

Certes les cloches avaient carillonné dans tous les villages, mais pour la plupart des familles, c’était un glas. Pas une qui n’eût un mort, souvent plusieurs, des blessés, des gazés, des amputés. Un million quatre-cent mille soldats tués, quatre millions de blessés, et les souvenirs d’horreur des poilus.

La colère de ma grand-mère s’expliquait : cinq sur sept de la fratrie de son mari sont morts à cause de la guerre. Son mari lui même est mort sous un obus, à la tête du régiment d’Annamites qu’il emmenait au combat. Il parlait leur langue : il avait passé sept ans de service militaire au Tonkin.

Ce grand-père dont je ne connais que quelques photos, une maison qu’il a construite où demeure son nom « Léon Sinturel, entrepreneur » a eu de la chance ; sa courte vie a fini brutalement et l’horreur des tranchées où l’on dormait sur les cadavres, dans l’eau et la boue, lui a été épargnée.

A une dame qui me disait à la fin de la cérémonie, toute entière déroulée sous la pluie : « Cela nous donne une idée de ce qu’ont vécu les poilus », j’ai répondu de manière peu politique: « Je crains que non ».

Au retour, j’ai eu une impression de gêne : la plupart des magasins étaient ouverts, sans doute dans l’attente des premiers achats de Noël.

Il y a un lien évident entre la célébration de la chute du mur et celle du 11 novembre. A Bordeaux, le Consul d’Allemagne était présent, malheureusement pas aux côtés des officiels comme Angela Merkel à Paris. J’aurais aimé voir à nos côtés aussi, les Sénégalais, les Marocains et même ces « Annamites » qui moururent avec mon grand-père et dont nul ne parle plus.

Nos défaites ne sont pas toujours où l’on croit. Si le partenariat franco-allemand, après la « réconciliation », est une chance, il est aussi à construire chaque jour. Mais nos liens avec l’Afrique et ce désir, si profond en moi, de lui donner aujourd’hui l’électrification en partage, n’a ni le présent, ni l’avenir que le passé devrait nous imposer.

La liberté a un prix. Il n’est plus aujourd’hui pour nous d’armes, ni de sang. Pour qu’il ne le redevienne pas, il doit l’être d’efforts contre la paupérisation et l’inégalité qui font chaque jour un pas de plus dans notre pays.

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