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La dualité de notre système d’enseignement est une donnée acquise qu’il n’est pas question ici de remettre en cause. La guerre scolaire n’est pas meilleure qu’aucune autre. Il faut voir devant en sachant, tout le long du chemin, s’interroger.

La loi Debré de 1959, permettant le financement des écoles privées sous contrat, a donné à la coexistence des deux systèmes une base dont l’équilibre demeure toujours fragile en raison de l’évolution des données démographiques et sociologiques de notre pays.

Quelles sont ces données ? Il n’est question ici que d’un aperçu, très partiel et abrégé, de ce qui modifie radicalement aujourd’hui le monde de l’éducation relativement à ce qu’il était il y a cinquante ans.

– l’accès à l’enseignement s’est largement et continument ouvert. Il faut bien sûr s’en féliciter mais sans ignorer que cela ne va pas sans difficultés, sans risques pour le niveau global d’éducation et sans obligation d’adapter en permanence les méthodes et quelquefois les objectifs.

-L’éventail social des enfants accueillis à l’école est celui de l’ensemble de notre pays mais il n’est en aucun cas homogène d’un établissement à l’autre, d’un quartier à l’autre d’une ville à l’autre. Des établissements ressemblent encore aujourd’hui à ceux que j’ai connus pendant toute ma scolarité qui s’est faite exclusivement dans le public : l’enseignement y est dispensé sans heurts notables, les classes sociales y sont peu apparentes et en tout cas se fondent, les élèves travaillent et les résultats y sont bons.

D’autres établissements au contraire font face à des difficultés considérables : grand nombre d’enfants dont les parents parlent très peu ou pas du tout le français et qui n’ont eux-mêmes qu’un bagage de mots très réduits, milieux sociaux paupérisés et conditions de travail difficile des enfants à la maison, comportements violents, présence de la drogue… La liste n’est pas exhaustive de ce qui rend l’accès à la connaissance (et parallèlement bien souvent l’accès à la santé) incertain et difficile.

-Les enseignants les plus jeunes sont souvent envoyés sans formation spécifique en face des élèves les plus difficiles. Alors qu’il faudrait renforcer dans ces classes difficiles le nombre d’enseignants pour permettre une prise en charge à la carte, personnalisée autant que faire se peut, de nombreux postes sont supprimés. On connait ces difficultés, je n’y insiste pas.

En face de ces nouvelles données, une règle et une exigence doivent s’imposer.

– Comme dans le domaine de la santé où privé et public sont financés par l’argent public, le financement de l’Etat pour l’enseignement privé doit être mesuré à égalité d’obligations et bien sûr, en premier lieu, d’obligation d’accueil de tous les enfants.

– L’exigence est de tout mettre en oeuvre pour éviter les ghettos scolaires, comme les ghettos sociaux auxquels ils correspondent généralement, souvent en plus accentués encore.

Comment obtenir des résultats scolaires satisfaisants dans une classe où 80% des enfants ne disposent que de deux, trois, quatre dans les meilleurs cas, mille mots de français ? Comment déceler l’intelligence, le désir d’apprendre, avoir les moyens de le satisfaire, quand on est seul en face d’une classe de 35 ou 40 d’enfants en déroute ?

Quelle est, non seulement ma crainte, mais ma constatation, depuis que je suis élue et m’occupe avec une passion que je ne me connaissais pas de cette question ?

Les établissements privés favorisent la ghettoisation scolaire et ce sera ainsi tant qu’ils n’entreront pas dans une harmonisation générale de la répartition scolaire des enfants.

Je ne veux citer aucun établissement mais j’explique le mécanisme de ce que je viens d’avancer. Dans un quartier, le collège a une population scolaire faite à 60% d’enfants maitrisant médiocrement le français, sans soutien scolaire familial et vivant dans de mauvaises conditions sociales. Les parents favorisés de ce quartier, qu’il n’est pas question de culpabiliser plus que les précédents, mettent de plus en plus souvent leurs enfants dans l’établissement privé voisin et aggravent le pourcentage d’enfants « sans bagages »; Et le processus de ghettoisation est en marche. Les enfants en difficulté seront bientôt tous entre eux.

Voilà le coeur de la question. Ne pas le prendre en compte pour les responsables publics, c’est sacrifier à terme l’école de la République, ses valeurs et ses ambitions. C’est aussi préparer à grands pas une déflagration sociale.

Ne pas le prendre en compte pour les responsables de l’enseignement privé, majoritairement confessionnel et catholique dans notre pays, n’est pas moins grave. Je ne parle pas de foi, ce n’est pas mon rôle, mais de qu’on appelle la doctrine sociale de l’église. Est-ce qu’au coeur de cette doctrine il n’y a pas de traiter non seulement avec égalité le pauvre et le riche, mais d’apporter davantage encore son soin au plus pauvre ?

Ces dernières lignes ne rendent que très brièvement compte d’entretiens récents avec des responsables de l’enseignement diocésain et avec des catholiques que je qualifierais d’engagés, à l’opposé de la mouvance intégriste que nous voyons se déployer dans nombre d’établissements. Ils ont entendu mon interrogation. Quelques uns m’ont répondu en avançant la liberté de l’enseignement, d’autres ont partagé avec moi la mesure de notre responsabilité commune.

Nos deux systèmes d’enseignement coexistent. D’aucun les disent complémentaires. L’important me paraît qu’ils soient convergents.

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