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Jour de rentrée prévue pour moi que l’actualité accélère. « Le Président de la République demande à Manuel Valls de former un nouveau Gouvernement, en cohérence avec les objectifs qu’il a fixés ».

Simple, concis, rapide. Obligatoire : François Hollande ne devait pas laisser le temps libre à chacun de faire sa « rentrée politique », autre exception culturelle française, à l’instar du remaniement lui-même. Le concours des « petites phrases », des déclarations d’équilibristes de la ligne jaune était lancé et aurait culminé à l’Université d’été du Parti socialiste à la Rochelle dans 3 jours. Je reste cependant confiante : elles ne manqueront pas totalement sur le parvis de « l’Encan ». Notons au passage que la dénomination du lieu où se tient notre Université ne manque pas à cette heure d’une brindille d’humour.

Vingt-quatre heures ont été données à Manuel Valls pour proposer ce qui constituera très probablement un remaniement limité, ne donnant guère d’espoirs à tous ceux qui sont en ce moment même en train d’envoyer coups de téléphone et SMS pour ne pas manquer cette session de septembre des candidats-Ministres.

Mais tout cela n’est qu’écume des jours. Le temps est à la responsabilité . Y a-t-il meilleur gage d’amour durable, particulièrement en politique ? Les Français mesurent, à des degrés de précision divers, la gravité de la situation du pays : chômage, désindustrialisation, panne de l’investissement, fragilisation des institutions .. Que faire et comment ?

Tout peut être dit mais pas n’importe comment et Montebourg est radicalement fautif de la forme intentionnellement provocante plus que du fond de ce qu’il a exprimé. Aurait-il dit  dans un cénacle ad hoc, même micros ouverts : « Nous plaiderons, en accord avec le Président de la République, pour qu’une politique européenne d’investissement et de croissance soit parallèlement menée à celle de la réduction des déficits » Ou encore: « Ne devons-nous pas envisager que les dépenses d’investissement soient exclues de la règle des 3% ? ». C’était plus techno, moins strass et paillettes sous le soleil de Frangy et l’admiration des foules, mais ça passait. Et, de vous à moi, la pensée montebourgienne est-elle en vérité si éloignée de ces phrases mesurées ?

Hamon se serait-il abstenu de déclarer sa « proximité » aux « frondeurs » sous le prétexte éminemment noble de se concentrer sur la rentrée scolaire, cela aurait été compris même des plus à gauche de ses partisans. Benoît est à la tête du Ministère majeur, emblématique de la gauche et de la priorité à la jeunesse du Gouvernement, tout le monde aurait compris qu’il ne s’en déroute. Gabriel Garcia Marquez a eu cette formule  percutante : « Il n’y a plus grand acte révolutionnaire que de faire au mieux ce pourquoi on est le moins mal fait ». Plus brutalement exprimé : « Chacun à son poste et au boulot ! ».

Je n’hésite pas à dire que j’ai de l’estime et de l’amitié pour ces deux Ministres. Montebourg a mis son brio au service de la Silver Economie et sans lui, nous n’aurions jamais pu en lancer la filière. Benoît est sincère, pétillant, sans peur, nous nous sommes entendus parfaitement et sa loi « conso » a apporté de vraies avancées, mais que n’a-t-il lu davantage Garcia Marquez !..

Il y a derrière tout cela, en plus de la course à la « rentrée » la plus médiatisée, une (trop) évidente préparation du prochain Congrès du Parti Socialiste où chacun comptera ses troupes. L’enjeu n’est pas à la hauteur de la situation. Les Français se moquent du Congrès du Parti Socialiste et, à l’heure où nous sommes, ils ont raison.

Le pari de Hollande est risqué. Lui que certain(e) Ministre dit « peu prompt à décider et préférant que la situation le fasse pour lui », vient de démontrer sa réactivité et son  courage. Le Gouvernement qui va se former devra recevoir la confiance du Parlement. Le risque d’une dissolution se profile derrière ce vote s’il venait à être négatif. Ce qui a des chances raisonnables de peser positivement sur le choix des députés.

Le risque serait grand en effet. Le pire d’ailleurs n’étant pas celui d’ une chambre bleu horizon, mais d’une chambre bleu Marine, ou du moins, fortement teintée. Personne ne se précipite d’ailleurs pour l’appeler de ses vœux, pas même ceux qui à droite paraissaient ces dernières semaines avoir trouvé l’œuf de Colomb de la croissance et de l’écoute universelle de la voix de la France.

L’heure est à la responsabilité maximale. De chacun dans son expression, de tous dans sa remise au travail.  Les Français doivent sentir la classe politique toute entière pénétrée de la conscience de la gravité de l’état de la France et de la volonté de ne pas y ajouter. Les petites phrases aujourd’hui discréditent, le manichéisme d’où qu’il vienne n’est plus cru. Espérons en la semaine à venir : décidément, il faut vraiment aimer la politique, elle ne le rend pas toujours.

 

 

 

 

 

Comments 10 comments

  1. 25/08/2014 at 17:11 Michèle Delaunay

    Montebourg, dans son intervention depuis Bercy, a choisi la fuite en avant. Il y a deux jours, avait-il conscience de ce qu’il mettait en mouvement ? Je ne sais. Aujourd’hui, il endosse le costume cornélien de Cincinnatus et le ton noble de la tragédie politique. Est-ce de cela que nous avons besoin ou est ce de sobriété ? Montebourg ou Cazeneuve ? Tout est, à cette heure, questions.

  2. 25/08/2014 at 17:41 Christophe

    Et que peut en penser le citoyen ordinaire.
    Comme je l’ai écrit de manière certes provocante en réponse à cet événement et à votre article sur l’innovation, le citoyen ne sait plus comment sa parole, son vote, ses attentes, seront « interprétés ». Il est urgent de renouveler la politique, plus que les personnalités d’ailleurs….
    Qui sont ce qu’elles sont…
    « Le genre humain, qui devrait avoir six mille ans de sagesse, retombe en enfance à chaque nouvelle génération. » Tristan Bernard
    Je vous laisse imaginer si on modifiait cette phrase en y ajouter les mots Si on change république, élus….

  3. 25/08/2014 at 17:51 sylvie

    A la base Montebourg est un avocat, ça en dit long sur la dimension « théâtrale » du personnage.

  4. 25/08/2014 at 17:52 Peguy

    Au fond, selon vous, seule la « politique » (et ses postes) compte, et peu importent ses objectifs et, surtout, ses résultats… Duflot, Montebourg, Hamon et Filipetti auraient du « fermer leur gueule » et accompagner gentiment la récession provoquée par la ligne ultralibérale choisie. L’honneur de la gauche, s’il existe encore un sens de l’honneur au PS, consiste à tenir ses promesses et à ne pas faire le contraire de ce que l’on a dit… Or la « Finance » gouverne et s’enrichit au détriment des peuples et la France s’appauvrit à la remorque de l’Allemagne et de ses travailleurs pauvres. Pas de strass ni de paillettes dans tout ça… C’est votre vue qui baisse!

  5. 25/08/2014 at 22:23 x

    C’est quand même une belle opportunité qu’a su saisir le Premier Ministre pour s’affirmer en faisant peu de cas de sa hiérarchie Elyséenne et de l’égard qui est due à celle-ci. On a en fait le sentiment que le Président n’a pas eu d’autres choix que de se plier à l’injonction de Matignon. Le vrai courage pour François Hollande aurait été de changer de Chef du Gouvernement, car après tout depuis avril Emmanuel Valls n’a pas su contenir ses troupes. Un limogeage des deux ou trois récalcitrants eut largement suffi. Hollande a cédé. Ce qui risque d’advenir est de voir le Chef de l’Etat encore plus en arrière plan. Le recadrage de Montebourg aurait dû être effectué il y a bien longtemps déjà.
    Quand on est un bon républicain, on applique l’adage, que chacun connaît ici, de J-P Chevènement. En clair et en l’espèce : quand un ministre n’est pas d’accord, c’est lui qui doit démissionner et pas le Gouvernement auquel celui-ci appartient.

  6. 25/08/2014 at 22:49 x

    A l’île de Sein, F. Hollande évoquait le Général, comme pour une incantation pour obtenir ses bons conseils. C’est à une réponse sans appel et immédiate à la quelle il a eu droit pour lui remettre les idées en place : une bonne douche.

  7. 26/08/2014 at 09:49 Michèle Delaunay

    J’espère que ce texte qui m’a servi de communiqué après la démission du Gouvernement ne témoigne d’aucune « résignation » comme indiqué dans @journalsudouest . C’est un état tout à fait contraire à ma nature !

  8. 26/08/2014 at 10:13 Alain

    Je ne retiens pas de ce billet, comme « Sud Ouest », je ne sais quel sentiment de « résignation » mais l’inébranlable assurance que ce pays meurt du manichéisme dans lequel, reconnaissons-le, l’a coulé une Ve République aujourd’hui à bout de souffle. Attelons-nous tous ensemble à la renaissance de la France, avant que d’être confrontés à une impossible résurrection.

  9. 27/08/2014 at 16:49 Mathieu Segaud

    Désolé, j’avais voté pour une politique de gauche. Que vous vouliez garder votre poste se comprend, mais désolé, ce gouvernement de droite n’est pas ce pour quoi j’ai voté. Autant voter Mélenchon, là, il s’agit purement et simplement d’une trahison. Jaurès est mort assassiné 3 fois, en 1914, et en 1919, à l’acquittement de Vilain. Et le discours-racolage du Premier Ministre constitue le 3e crime de sang contre celui qui nous inspirait. Bye Bye le PS, je ne voterai plus jamais pour vous (pas pour le FN non plus, ne vous inquiétez pas), et cette fois-ci c’est définitif.

  10. 28/08/2014 at 11:09 sylvie

    Avec la nomination d’E. Macron Valls a voulu obtenir la faveur des hauts fonctionnaires, dirigeants d’entreprise etc pour pouvoir se positionner en 2017 mais :
    – il a rajouté des têtes à la fronde ( Montebourg, Hamon etc )
    – il s’est coupé de l’électorat populaire

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