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J’ai lu dans une étude récente que la majorité des Français se sentai(en)t/croyai(en)t plus jeunes qu’ils n’étaient en réalité. L’étude, dont j’ai malheureusement oublié le détail, portait sur les Français de la deuxième moitié de la vie, congrégation à laquelle je m’honore d’appartenir, car cela suppose d’avoir franchi victorieusement bien des vicissitudes et contrariétés, et qui un jour viendra sera majoritaire, ce qui par contre n’est pas à souhaiter.

Plus junes qu’ils ne sont en réalité ? Par rapport à quoi ?

M’est avis c’est que ce sont les Français qui ont raison, pas l’institut de sondage, pas non plus ses critères d’appréciation. Nous nous trouvons aujourd’hui plus jeunes que notre âge, parce que c’est notre âge qui a changé. Et quand le sondeur pose la question, il se réfère à l’image que nous avons en esprit de 60, 70 ou 80 ans.

Quand le sondeur considère que « nous nous donnons 60 ans » alors que nous avons 70, c’est le sondeur qui se trompe. Pourquoi ? Parce que les 70 ans d’aujourd’hui ne sont pas même les 60 ans d’hier. Quand nous entendons les chiffres de notre âge, il nous vient à l’esprit l’état de nos parents ou grands-parents quand ils avaient ce chiffre. Et dans l’immense majorité des cas, cela n’est plus la réalité.

Quand j’étais stagiaire ou externe des hôpitaux, on renonçait à l’idée même de pratiquer une chimiothérapie dès l’âge de 70 ans. J’en ai, il y a peu de temps, pratiqué chez des patients de 90 ans. Exceptionnellement et non sans précaution, mais enfin c’est un baromêtre intéressant. Quand je regarde à l’Assemblée les portraits des honorables barbons qui nous ont précédé, j’ai un peu de mal à penser qu’ils étaient en grande majorité plus jeunes que moi. Sans remonter à Mathusalem, l’âge d’Edouard Herriot dans sa pleine gloire se développait entre celui de Vincent Peillon et de Jérome Cahuzac..

Un peu avant cela, quand Balzac voulait peindre les renoncements d’une femme mûre, il choisissait une femme de trente ans..

Ce ne sont donc pas les Français qui se croient plus jeunes que leur âge, mais leur âge qui a radicalement changé. Je n’hésite pas à dire que c’est le plus grand progrès du XXième siècle. Espérons que le XXIème ne le compromettra pas, ce qui n’est pas gagné si nous n’y prenons pas garde autant qu’à l’état de la planète.

Pour autant l’âge existe, il fait même notre variété et notre richesse. Tiens, osons le mot, notre diversité. Mais c’est comme pour l’informatique, la mondialisation et les nanotechnologies, si il faut vivre avec son âge, il faut vivre aussi avec son temps, c’est à dire l’âge de son temps. Et c’est plutôt une bonne nouvelle.

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