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Ma grand-mère était une formidable écologiste et ne le savait pas. En réalité je suis de parti pris : mes deux grands-pères l’étaient aussi, comme leurs parents respectifs. Tous savaient qu’il faut une réserve de pluie quand on est agriculteur, qu’on éteint la chandelle quand on sort d’une pièce et qu’on couvre l’âtre pour la nuit. Tout ce monde, campagnard pourtant, aurait souscrit à « La charte de l’écologie urbaine » qui nous a été présentée aujourd’hui en Conseil Municipal par le premier écologiste de l’UMP, Alain Juppé.

Le vocabulaire est important, et permet d’habiller de vêtements nouveaux ce qui s’appelait autrefois tout simplement le bon sens. Les trente pages de cette charte ne contiennent à vrai dire aucune innovation. Nous avions sur notre banc d’élu la charte de la ville de Rennes près de dix ans plus tôt, les propositions qui nous sont faites aujourd’hui y étaient incluses. A Rennes comme à la municipalité de Bordeaux on va réduire désormais le nombre de milliers de ramettes de papier qu’on utilise dans les services, on luttera contre les fuites d’eau (c’est mon ami Gaüzère qui a souligné cette démarche innovante), on conseillera de rouler à pied ou en vélo… Excellent, aurait dit ma Grand-mère l’écologiste ! Excellent, mais certainement pas élémentaire puisque tout cela est « durable ».

Ca, ma grand-mère n’y avait pas pensé : elle appelait économie ce qu’on appelle « développement », mais pas n’importe quel développement, celui qui est « durable ». Ma grand-mère ne parlait pas anglais, et d’ailleurs ceux qui ont traduit le mot « sustainable », pas beaucoup mieux. D’accord « soutenable », traduction littérale de « sustainable » (qu’on peut porter sans risque, qu’on peut assumer) n’est pas bien compréhensible en français. Mais « durable » est carrément un contresens. Il y a dans le document municipal que nous a soumis Alain Juppé une phrase dont je cherche désespérément toujours le sens « il faut faire la ville durable sur elle même ». Dessus, dessous, j’ai cherché, je n’ai pas trouvé ce qu’était une ville durable sur elle même et j’en appelle aux amis du blog. La bêtise durable, ça oui, je sais ce que c’est, et je garantis qu’elle est non seulement durable, mais éternelle.

Je ne suis pas restée en reste question « bon sens durable ». Plusieurs pages du document municipal sont consacrées à la gestion des bâtiments. En éco-langue « comment faire qu’une maison ou un bâtiment soit durable sur lui même ? ».

Bonne question… Pas un mot dans le doc, des ascenseurs de plusieurs tonnes pour élever d’un étage une pimprenelle d’un dizième de quintal. J’étais juste avant le conseil municipal dans un bâtiment public où personne ne savait où était l’escalier. Juré ! Et donc la pimprenelle, ça a été moi. Ma grand-mère n’aurait pas été contente.

Pas un mot non plus, du principal économiseur d’énergie que procure la construction la plus simple (type la maison de ma grand-mère) ou le bon sens le plus simple encore…

Vous brûlez ? Vous donnez votre langue au chat ?

Et bien cet économiseur d’énergie incroyablement efficace, c’est l’éco-volet! Je n’ose pas dire « le volet », car j’aurais carrément l’air d’une pomme, d’une qui a rien compris à l’écologie durable. En ce moment même, on dépose des volets dans les bâtiments du quartier du Grand Parc malgré les alertes que j’ai faites à plusieurs reprises après la grande canicule. Ce soir encore, je suis passée devant plusieurs bâtiments publics, largement chauffés qui ne disposent d’aucun moyen d’obturer de vastes parois vitrées pendant les nuits d’hiver ou de protéger de la chaleur l’été.

J’ai donc demandé que le document comprenne un chapitre des bonnes pratiques de la construction et de la gestion des bâtiments incluant l’existence de volets et l’incitation à les fermer chaque soir. C’est moins cher que la géothermie, moins encombrant que les panneaux solaires, moins bruyant que les éoliennes, plus sûr que le bio-carburant 3/4 choux-raves, 1/4 jus de carottes. Et pour peu qu’on les prenne en bon bois de chez nous, c’est garanti durable.

Chiche, qu’avec des trucs comme ça, si Jacques Chirac était informé, il me nommerait moi aussi sa grande écologue. Et ma grand-mère avec moi.

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