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Aïe… Le « Petit manuel de survie à l’Assemblée » qui leur a été remis largement en début de mandat ne suffit pas à tenir la tête hors de l’eau de nombre de députés LREM. Les soupirs montent des rangs, « la parole se libère » comme on dit maintenant, bref, y’a comme un malaise du côté du « nouveau monde » et des nouveaux élus, pourtant jeunes, fringants et portant beau.

Premier grief : trop de travail, pas assez d’argent. Un remake de la formule sarkozienne devenue « travailler plus, pour gagner moins ». Telle députée a fait un large buzz en gémissant que « depuis l’élection, elle devait « manger plus souvent des pâtes et aller chercher de vieux vêtements à la cave ». Je la rassure :  la  prétendue réforme de l’IRFM* a judicieusement omis de mettre fin à la possibilité de remboursement des vêtements des honorables députés, elle pourra s’épargner le chemin de sa cave. Le jeune député Rufin peut ainsi décliner pour la galerie maillots de foot, chemises ouvertes et autres vêtements débraillés comme autant de messagers de la belle et haute idée de Révolution.

Trop de travail, c’est pire : des journées entières, non pas dans les arbres, mais dans les gradins de l’hémicycle, quand ce n’est pas des nuits abrégées, des levers tôt pour les commissions et les petits déjeuners de travail. Des « conditions de travail inhumaines et dégradantes », pourtant dénoncées  par la « Convention européenne des droits de l’homme »  que notre pays a ratifiée..

Ce faisant, nombre de ces députés, ne manifestent pas une présence assidue sur le terrain. Ils ne tiennent pas de permanences régulières où recevoir les habitants de leur territoire, n’ont pas non plus de local où ces habitants pourraient être sûrs d’être entendus. De tout cela, point question, « le social, on oublie, nous on est là pour construire la loi ! ». Cette citation est littérale de la bouche d’une de ces élues.

Quant à l’absence de Permanence parlementaire, avouons qu’elle déroute un peu associations, syndicats, collectivités mais aussi citoyens voulant exposer un projet ou un problème. Cela me vaut beaucoup de courrier. Ma permanence de la rue Saint Laurent était bien connue des Bordelais et à défaut de trouver l’adresse des député(e)s de la promotion 2017, l’ont transformée en « maison des députés ». et y dépêchent sous ce nom, missives, placets et invitations. J’ai ainsi reçu un courrier du MEDEF (lequel m’avait ignorée pendant dix années précédentes) m’enjoignant de m’occuper des programmes scolaires et de m’assurer que ceux-ci aillent bien en conformité avec les besoins de l’entreprise. Ce fut je l’avoue une révélation : je ne savais pas jusque-là que le MEDEF était en charge de l’Education Nationale…

Instructif… Mais ce n’est pas tout : la souffrance du député LREM va bien au delà : il ne se sent pas utile. J’avoue que… Je les comprends. Quand on a fait campagne, sans autre programme, sur la promesse de co-construire la loi avec les électeurs, de « faire remonter » leurs projets, ils se sentent un peu comme Georges Dandin : il ne leur est même pas permis de proposer des amendements de leur crû. Tout vient du groupe, doit être approuvé par le groupe, comme les boites de Whiskas que le chat ne peut consommer que si elles portent l’estampille de sa patte.

Quant à la Loi, elle-même, elle tombe toute cuisinée de la table même de Jupiter. Comme pour les tables de la loi, personne humaine n’aurait garde d’y toucher.

« Tu l’as voulu, tu l’as voulu, Georges Dandin .. » En l’occurrence, je m’interroge : la farce de Molière désigne-t-elle sous ce nom, les Députés ou les Français eux- mêmes ?

 

*IRFM : indemnité de représentation et frais de mandat

 

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