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Aussitôt après avoir appris que je n’étais pas reconduite dans le gouvernement Valls (en écoutant BFM dans le bureau d’adjoint au Maire de Paris-3ème d’un de mes collaborateurs du Ministere) , je n’ai pas ressenti grand chose mais une phrase m’est venue à l’esprit, comme écrite sur une page blanche « Voilà le premier jour du reste de ma vie ».

Je n’avais précédemment pensé –vraiment pensé- à aucune hypothèse (non reconduite, reconduite avec rang de secrétaire d’Etat, nommée ailleurs). La phrase, assez banale et que beaucoup ont du prononcer avant moi, n’était jamais apparue sous cette forme aussi claire.

Je l’ai retrouvée tout à l’heure, non sans une légère pointe de désagrément, en titre du premier chapitre d’un remarquable ouvrage collectif de psychiatres investis dans le champ de l’âge. Pour faire court, cette phrase pour eux constitue le signal  d’entrée dans la vieillesse.

Le mot vieillesse est d’ailleurs mensonger : la phrase est plus profondément encore le signe de la prise de conscience que la vie a une finitude et que cette prise de conscience définit « le reste de la vie ».

On pourrait en faire des tonnes, mes psychiatres le font avec infiniment plus de connaissances professionnelles que moi dans ce bavardage au fil du clavier d’ordi. J’ajouterai seulement qu’après la phrase couperet en est venue une autre, tout aussi claire et péremptoire «au moins, faut-il le réussir »

J’en suis là. Si dans l’instant on m’avait demandé (ou : si je m’étais interrogée) sur le comment du « ne pas gâcher », une seule chose serait apparue de manière certaine : l’écriture. L’écriture m’a toujours été une amie, capricieuse, lointaine, que quelquefois je vénère, qui beaucoup plus souvent m’amène à des « a quoi bon », « pourquoi faire » qui n’interrogent pas en fait l’écriture elle même mais ma capacité à  produire ce « quoi bon » aussi insaisissable que désirable.

J’ai entrepris (pour une fois en vacances plus d’une dizaine de jours) cette suite de billets pour tester la bête. Je n’ai pas écrit de manière tant soit peu suivie depuis longtemps, si ce n’est des exercices professionnellement imposés et le fil de plume, de même que sa e-version, le fil de clavier ne connaît aucune assurance tous risques. Comme le désir, il vient quand  il veut et bien souvent ne vient pas.

Depuis ce « premier jour du reste de ma vie », en sont passés 120. Peu qui m’aient donné pleine et totale satisfaction, non que je n’en ai rien fait, beaucoup même ont été très occupés, mais aucun ne m’a donné le « la » du reste de ma vie.

Demeurer militante de champ et de ce moment exceptionnels, qu’est la transition démographique, aller regarder ailleurs, tourner non seulement cette page mais celle de l’engagement public, m’inscrire dans ma ville d’abord dans ma ville et au plus près de ses habitants ? Ou encore simplement vivre le présent au plus près et en faire le meilleur.

Je cherche… Non je ne tournerai pas la page de l’âge, ne serait ce que parce que lui n’a pas l’intention de me lâcher. Maurice Tubiana à l’aube d’écrire son « Bien vieillir, la révolution de l’âge »  se demandait s’il avait quelque légitimité à cet éxercice. Interrogation de scientifique, quand il se rendit à l’évidence : ses 83 ans constituaient la moins contestable des légitimités.

Comme lui alors, je gagne chaque jour en expertise. Sans fanatisme personnel mais avec une grande curiosité pour la société alentour qui comme moi est appelée à vieillir.

Alors, 6 ème jour de vacances, 5ème billet, je poursuis, comme le museau de mon chien, reniflant alentour, dressant les oreilles aux bruits ou aux vents nouveaux, musardant mon chemin..  Ou ce que, justement, il en reste.

 

 

Comments 6 comments

  1. 12/08/2014 at 18:08 Marc

    Cette phrase m’est venue aussi à l’esprit. Je l’ai vécue plutôt comme un encouragement : il y a toujours un premier jour possible, même très tard.

  2. 12/08/2014 at 20:12 fan club

    Carpe diem
    Prenez soin de vous ainsi que de ceux qui vous sont chers

  3. 13/08/2014 at 11:13 Michèle Delaunay

    A fan club. Carpe diem me fait penser à « le temps passe, làs, mais nous passons ». Ce n’est pas nous qui saisissons les jours mais eux et chaque soir instruisent notre procès « qu’as tu fait d’aujourd’hui ? »

  4. 13/08/2014 at 12:17 x

    Grave de chez sévère, vous êtes en train de nous faire une belle dépression bien carabinée ! Une « nervous break down », un « burn out », comme on dit outre-manche.
    N’oublions pas que chercher le « la » du reste de sa vie, çà s’attrape à tout âge et que « le reste de sa vie » est une fiction. Quant au « la », lui-même et en conséquence, il ne faut pas le chercher mais le donner !
    C’est çà la vie.
    Bon, pour ce 15 août je vous envoie comme chaque année une troupe nocturne de tambourineurs de plage. Il vont bien vous agacer et la rédaction, après nuit blanche de votre billet-marronnier du 16, contribuera à vous mettre à votre propre diapason tant vous chercherez à décrire précisément qu’eux mêmes, à vos yeux, n’en n’ont pas .

  5. 13/08/2014 at 14:18 fan club

    manière de voir les choses : dans mon esprit c’est plutôt  » faites ce qu’il vous plaît chaque jour  »
    En plus il n’est pas indispensable de penser à la finitude, d’ailleurs y en a t’il vraiment une ???

  6. 14/08/2014 at 07:04 Alain

    Il me semble que la politique, comme tout le reste, quand on s’y enfonce jusqu’au cou, est un moyen d’oublier la mort qui est au bout. Elle (la politique) consiste la plupart du temps à nous faire regarder le doigt quand il montre la lune. Ne nous en plaignons pas tant il serait dramatique qu’un politique, de quelque bord qu’il soit, s’ avise un jour de nous décrocher vraiment la lune, comme ils le prétendent tous. Ce serait en effet, littéralement, un vrai désastre.

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