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Proche de Niort, je déjeunais hier avec un responsable de la Maif et un enseignant. La Camif, bien sûr, a pris bonne place dans la conversation mais ce n’est pas d’elle que je veux parler.

Tous trois, qui avons des âges et des parcours différents, sommes tombés d’accord sur une idée forte, en tout cas fondatrice de ce que nous pensons et faisons : la différence ne peut se faire aujourd’hui que par les valeurs.

Quelle différence ? Celle qui, à rentabilité égale, peut faire de la Maif un assureur en lequel les Français se reconnaissent et où ils trouvent l’écoute, le soutien et la force dont ils ont besoin au moment d’affronter une difficulté ou une épreuve ; celle aussi, à une autre échelle, qui peut faire du Parti Socialiste un parti où les Français se reconnaissent et où ils trouvent l’écoute, le soutien et la force dont ils vont avoir, plus que jamais, besoin. Celle qui, individuellement et en groupe, dans le quotidien comme dans la durée, nous permet de résister, de prendre la parole et d’agir.

Parmi ces valeurs une, que l’on n’invite jamais au débat sous quelque nom que ce soit : la réciprocité sociale. On disait au début du siècle dernier, l’ « utilité sociale » ; les théoriciens américains de la santé sociale parlent de « reward » (retour, réciprocité, récompense). En tout cas, ce nécessaire échange qui fait que la vie en société est possible, constructive, et même éventuellement agréable !

Quand dit-on très simplement à ceux qui se croient paumés, déclassés, que la société a besoin d’eux à l’égal des autres ? A ceux qui ne sont pas en état d’aborder au monde du travail salarié, qu’une « activité » (de celles qu’on classe dans « le traitement social du chômage ») a aussi une utilité sociale qu’il s’agit de mettre en valeur?

Sait-on aussi juger, parmi les plus riches, ceux dont la fortune est dévolue à leur seul agrément, et dont l’action (ou l’inaction) n’est d’aucun apport à la communauté des « frères humains »? Non, au contraire, ceux-là sont bien souvent entourés de cette espèce d’aura de la richesse et de révérence devant l’argent que je déteste par-dessus tout.

On a beaucoup critiqué François Hollande qui avait dit « qu’il n’aimait pas les riches ». C’est pourtant de la manière que je viens d’évoquer que j’ai alors compris la phrase : « je n’aime pas la richesse comme une valeur en soi, ni comme une supériorité quelconque ». Les émissions célébrant les agissements, les goûts, le luxe, les séjours à Saint Barth, de la jet set oisive, me donnent envie de défénestrer le poste de télé. La fortune de François Michelin est d’un tout autre ordre. Elle produit. Elle agit. Peut-être pas toujours bien, peut-être pas sans erreur, mais elle participe du capital général.

Je cite souvent cet ouvrage hautement philosophique qu’est « la femme du boulanger » de Pagnol. Le petit hobereau dit au boulanger « tu me donnes de ta boulange, je te donnerai de ma chasse ». Tous est dit du sens profond du travail : un échange, une réciprocité où tout le monde est utile pour chacun.

Pas plus que ceux qui me lisent sans doute, je ne pense que la finalité du travail est de « gagner plus » (je pense par contre que le salaire est et doit être la juste rétribution du travail).

Non, la finalité -autre qu’individuelle- du travail est la réciprocité sociale.

A cette aune, on retrouve le sens de l’égalité des taches et des fonctions. On découvre aussi que les conditions de travail (où nous avons été trop longtemps « taisants ») sont au moins aussi importantes que le temps de travail. On retrouve cette idée simple, et plus ou moins ringarde, ou considérée comme telle, que personne ne se sauvera jamais seul.

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