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Deux fois plus de petits mongoliens chez les femmes « sans profession » que chez les femmes informées et pour tout dire « de catégorie sociale supérieure ».

Le fait brut est celui-là et rejoint, à point nommé si l’on peut dire, le billet consacré récemment aux « inégalités sociales de santé » (billet 16 de janvier). Cette proportion extrèmement frappante, choquante, est retrouvée : l’inégalité sociale devant la santé ne se chiffre pas en décimale, l’écart entre une personne pauvre et une personne « favorisée » va du simple au double. Le chiffre le plus frappant, le plus formidablement injuste est celui de l’espérance de vie d’un bout à l’autre du monde : 40 ans ici, 80 là. Serions-nous nés au Burundi, combien parmi les lecteurs de ce blog seraient déjà morts?

Mais restons dans notre pays. Notre rayon d’action n’est pas si grand, même si notre conscience doit avoir de larges horizons.

Un rapport publié dans l’ « American Journal of Public Health », du à une équipe française de l’INSERM, montre en chiffres « sonnants et trébuchants », l’inégalité entre les femmes pour le dépistage des enfants mongoliens. La « trisomie 21 » qui est responsable de ce retard mental du développement de l’enfant, assorti d’anomalies physiques et d’un risque vital particulier, est dépistée et prévenue de manière très différente dans les divers milieux sociaux.

La loi est bien faite : un dépistage est proposé en France à toutes les femmes enceintes (dosage de marqueurs biologiques et échographie). En cas d’anomalies, une « amniocentèse » (ponction utérine de liquide amniotique) est proposée. Cette même amniocentèse est proposée systématiquement en cas de grossesse après 38 ans. Le risque de naissance d’un enfant trisomique est en effet plus élevé après cet âge, et l’amniocentèse permet le dépistage.

Regardons les chiffres avec un peu de précision ; 70% des foetus porteurs de l’anomalie sont dépistés avant la naissance. Ce bon chiffre est une moyenne : 84% chez les femmes cadres, 57% chez les femmes sans emploi. Même importante variation selon l’origine ethnique : 73 % des cas dépistés chez les femmes françaises d’origine, 55% chez les femmes originaires d’Afrique du nord.

Dans la période 83-2002, il y eu deux fois plus d’enfants trisomiques chez les femmes sans profession que chez les femmes de niveau social élevé.

Un point très frappant : lorsque le diagnostic de trisomie a été fait 5,5% des femmes poursuivent leur grossesse. Ce chiffre monte à 11% chez les femmes sans emploi, et entre 15 et 21% chez les femmes originaires d’Afrique du nord.

Une démonstration supplémentaire de l’enjeu qui est le nôtre : réduire les inégalités devant la santé, l’information, la prévention. Ce ne sont pas les médecins qui sont en cause (le dépistage est de qualité, les examens sont fiables..), c’est à l’action politique de se mettre en place.

Une fois encore : la maladie relève des médecins, la santé relève de la politique. Et si bien sûr la politique doit intervenir dans la maladie (remboursements, accès aux soins, hôpital..), la santé est d’abord un problème politique. Et une condition de pouvoir assumer les formidables coûts de maladie.

Une autre conclusion à ce rapport austère : l’importance de la responsabilité sociale des citoyens, chercheurs, scientifiques y compris. Avec ce raport, elle est parfaitement assumée.

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