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Les bras me sont tombés (l’expression est parmi mes favorites) en lisant tout à l’heure les déclarations du Pr Philippe Juvin, anesthésiste réanimateur dans le civil et par ailleurs Secrétaire national de l’UMP, en charge des questions de santé.

Cet excellent homme chiffre à 10 000 le nombre de décès dus à des erreurs médicales. Dix mille, ou treize mille, selon qu’on regarde l’interview proprement dit, ou l’article du journal. Trois mille morts, au jour d’aujourd’hui, c’est pas grand chose.

La chute brutale de mes bras ne tient pourtant pas à cette différence de chiffres. Elle tient à la confusion entre « erreurs médicales » et « événements indésirables graves ». Le Pr sus-nommé, en réponse à la question « A combien chiffrez-vous les erreurs graves dans les hôpitaux français ? » répond tranquillement « Elles sont beaucoup plus nombreuses que les décès » (ouf !) et continue, non moins tranquillement: « De 300 000 à 500 000 événements indésirables graves se produisent chaque année ».

Quel génocide ! Entre 300 et 500 000 erreurs graves chaque année ! J’invite tout Bordelais, en chemin vers l’hôpital Pellegrin ou l’hôpital Saint André, à rebrousser chemin illico… Le chemin vers l’hôpital est désormais plus dangereux que le chemin des dames en 14-18.

Que fait cet éminent professeur ump-iste ? Il confond, aidé peut-être par la rédaction de la journaliste, « erreurs médicales » et « événements indésirables graves ».

Or ces deux-là sont à l’opposé.

Une erreur médicale n’est pas difficile à définir : elle existe dans tous les domaines. On se trompe. Mauvais diagnostic, mauvaise indication, mauvais choix thérapeutique, mauvais éxécution de l’acte, il n’y a malheureusement que trop de possibilités. Et pourtant, les erreurs médicales, sont probablement moins nombreuses que celles qui existent dans bien d’autres domaines, et heureusement.

« Les événements indésirables graves » sont d’un ordre tout à fait différent. En anglais : « serious adverse events », et reconnaissons que « adverse events » (évènement adverse) est beaucoup plus juste qu’ « indésirable ». Le premier événement indésirable, c’est la maladie elle-même, mais elle n’est pas un événement « adverse », mot issu du français que nous aurions parfaitement pu conserver.

Un « événement indésirable -ou adverse-« , est un événement inattendu, im- ou peu prévisible, disproportionné. Il n’est aucunement en relation avec une « erreur » médicale. Il peut être lié avec un choix médical risqué, dont le patient est, en règle, informé (et de manière absolue dans le cadre des essais thérapeutiques), mais ce choix n’est pas une erreur, il est une volonté d’un traitement (ou d’une attitude diagnostique) nouvelle, ou récente, ou incertaine dans toutes ses composantes.

Bien souvent aussi, l’ « EIG » (événement indésirable grave) survient alors que rien ne le laissait prévoir. La médecine n’est pas mathématique et le corps humain n’est pas une équation.

Les « EIG », ne sont pas évitables, comme le laisse croire l’éminent professeur umpiste. Il faut tendre à les réduire, et tous les médecins s’emploient à ce qu’ils soient enregistrés et analysés, mais penser que l’on pourra les éliminer n’est pas objectif.

Pourquoi je râle très fort ? Parce que l’actualité ne permet pas tout, fût-ce pour se faire connaitre ou soutenir les propos de notre vénéré Président sur l’hôpital. Non, il n’y a pas 10 000 morts évitables dans nos hôpitaux. Il y en a de manière certaine, mais ne jouons pas sur le sensationnel, dans ce domaine qui doit plus que tout autre en être préservé.

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