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Deux (?) commentatrices du blog signent joliment « Missie et Rosa ». La tentation était forte de poser négligemment la question « est-ce que Missie n’a pas un lien avec l’écrivain Colette ? … » espérant que, soit Missie, soit l’une des Colette de ce blog raconterait l’histoire.

C’est fait ! Premier cadeau de noël de cette période où je voudrais que le blog vous apporte de toutes petites pépites de bonheur, j’invite dans cette rubrique le commentaire 45 du billet 14 du mois de décembre. Missie s’appelait en réalité Missy et même Mathilde de Morny, et était un personnage aussi original et fascinant que son duc de grand-père.

Mais laissons Colette raconter cette belle histoire de noël, qu’elle double d’une autre : sa rencontre avec l’écrivain Colette..

En 1906, après 13 ans de mariage, Colette alors âgée de 33 ans quitta Willy, son premier mari. Elle fut accueillie et recueillie par Missy. Divorcée du marquis de Belboeuf, Mathide de Morny était la petite fille du duc de Morny, frère utérin de Napoléon III. Plus connue sous le nom de Missy, lesbienne se coiffant et s’habillant en homme, faisant partie des « people » de l’époque, son nom reste attaché à Colette du fait du scandale que déclencha l’affichage de sa liaison avec elle : Elle n’hésita en effet pas à l’accompagner sur les planches d’un théâtre parisien pour y jouer ensemble une pantomime assez ambiguë. Leur liaison dura quelques années puis Colette repris sa route vers d’autres amours masculins. Missy fut d’une grande aide morale et matérielle pour Colette, dont les choix de vie étaient pour l’époque révolutionnaires et courageux. S’occupant d’elle, la soignant lorsqu’elle était malade, Missy fut aussi très généreuse avec Colette qui ne pouvait pas encore vivre de sa seule plume. Ainsi, vers la fin de leur liaison, elle lui offrit la maison de Rozven, près de Cancale, là où Colette situera plus tard le cadre du « Blé en Herbe »(1). Willy – de son vrai nom Henri Gauthier-Villars – n’est pas un personnage bien sympathique ni attirant. Malgré un divorce difficile d’avec l’écrivain, dont il exploita sans vergogne le talent naissant (mais sans lui, ce talent aurait-il vu le jour ?) il sut aider Missy à la fin de la vie de celle-ci, ce que Colette ne fit pas. Remarquable écrivain, personnage riche et fascinant, proche de la nature et des animaux, Colette s’est montrée assez égocentrique et égoïste et sut dépeindre à son avantage les différents épisodes de sa vie. Lire la correspondance (2) qu’elle échangea avec sa fille (Bel-Gazou, enfant de son mariage avec H. de Jouvenel ) et qui est en fait la correspondance que Colette de Jouvenel reçut de sa mère, puisque Colette ne conserva pas les lettres de sa fille, est par moments difficile pour les amoureux de l’écrivain : l’image de la mère n’est pas toujours flatteuse, tant s’en faut, même en resituant les comportements dans le contexte de l’époque. Cette parution de correspondance, tout comme d’ailleurs l’ouvrage iconoclaste de Michel del Castillo (3), pourtant admirateur de Colette, ont un peu remué le Landernau Colettien. Je pense qu’il faut remercier les auteurs de nous donner une meilleure et plus juste connaissance de Colette et de ses proches. La statue fût dézinguée, comme dirait Lucas. Et puis l’on digère et l’on admet la simple vérité humaine : Le personnage réel est, comme chacun de nous, multiple, a ses points faibles, ses contradictions, ses zones d’ombre. L’écrivain reste femme de génie, l’amante sûrement marquante.

Mon prénom est sans lien avec Colette -dont c’était le nom de famille puisqu’elle se nommait Sidonie Gabrielle Colette- mais j’ai sûrement été influencée par elle en grandissant. Il est certain que j’adorais faire des dictées, les textes qui nous étaient lus, et que nous retranscrivions, me faisaient m’envoler vers des ailleurs infinis. Que de voyages, de découvertes, de rêves éveillés ont ainsi été donnés à des générations d’enfants qui se faisaient une idée du monde au travers des mots écrits, de leur sens et de leur musique ! dont beaucoup de textes de Colette. Ma découverte plus personnelle de l’écrivain est très Colettienne : M’ennuyant ferme avec les ouvrages pour enfants, j’ai un jour demandé à la dame de la bibliothèque municipale de me conseiller, de me donner autre chose à lire. Avec un regard en coin au-dessus de ses lunettes –il me fallut longtemps pour l’interpréter- elle me glissa dans les mains « Claudine à l’école »(4). Promis que c’est vrai ! La dame de la bibliothèque était bizarre et je n’avais pas onze ans ! Quelques temps plus tard, j’ai rendu l’ouvrage et ai demandé la suite. Je n’avais rien vu de ce qu’elle voulait que je voie. Un coup pour rien, mais moi j’étais rentrée dans le monde de Colette…

Les premiers étonnements aussi : Dans l’un de mes premiers livres de géographie, une page faisait état de la variété humaine : Sur la carte déployée de la planète, répartition sommaire des races blanche, jaune, noire, etc. En marge de cette carte, dessin en couleur de la tête d’un jaune, d’un noir etc. et, en face, une brève description sans dentelle, qui m’interrogeait et que je n’acceptais pas trop : Comment « tous » les noirs pouvaient-ils être plutôt enclins à l’indolence, « tous » les jaunes au travail mais à la fourberie ? C’était un peu tôt pour m’expliquer la fin de l’empire colonial… Ne sommes nous pas quelques-uns à avoir ce genre de souvenirs ?

Je passe une petite annonce :si quelqu’un me retrouve, en bon état et à prix correct le livre de lecture « le petit Gilbert »….couverture jaune d’or avec enfants lisant un livre, je crois. Merci d’avance. Le blog de Michèle, c’est mieux que e-bay !

(1) et (4) « Le blé en herbe », « Claudine à l’école » …et quelques dizaines d’œuvres se trouvent en livre de poche, en collection « bouquins » chez Laffont et bien sûr à La Pléïade. Entre autres… (2) « Colette et Bel-Gazou, correspondance croisée . Colette : Lettres à sa fille 1916-1953 » , réunies, annotées et présentées par Anne de Jouvenel, chez Gallimard (3) « Colette, une certaine France » par Michel del Castillo, chez Stock

impossible de ne pas vous renvoyer vers centre.colette.com/ et colette.org/

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