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Pourquoi Bordeaux, la Gironde, sont-elles si marquées de littérature ?

Ce n’est pas d’ailleurs tellement le nombre d’écrivains qui y sont nés, ou qui y ont vécu : ce sont les liens entre eux, le tempo bordelais que l’on renifle autant entre les pages de leurs livres qu’entre les pavés des rues. Toutes les villes sans doute peuvent se prévaloir d’une belle brochette de plumitifs, et si je ne trouve pas d’exemple dans l’instant, si ce n’est Flaubert et Rouen, c’est parce que je connais ni suffisamment chaque ville, ni suffisamment la littérature.

Le lien quel est-il ? La rencontre du terroir et du vent du large. Bordeaux est assise sur un socle formidablement terrien : ses vignes, ses pins, son arrière-pays agricole. Une part de la mentalité bordelaise est liée au respect des hectares de terre et des traditions dont ils sont les vecteurs. Vous me voyez venir : je pense à Mauriac, qui partageait ce respect, mais qui savait comme personne en pointer les duretés et les souffrances.

Le vent du large, venu du port et du fleuve, balaye cet excès de matérialité. Quand Mauriac ou Michel Suffran remontent la rue Saint Rémi, il sentent entre les façades le souffle des quais et ils sont fondamentalement remués de l’antagonisme entre la pierre et cette eau, à quelques centaines de mêtres, qui ouvre Bordeaux sur le monde.

Sait-on que le domaine maritime remonte jusqu’au pont de pierre ? En aval, c’est à dire vers l’estuaire, Bordeaux est un port maritime.

Tous les écrivains bordelais ont reçu, comme un coup de grisou positif, cet appel du large. Pour certains, il l’emporte sur l’appel de la terre, sans pourtant l’effacer. Pour d’autres, il est comme une fenêtre, un rappel au désordre et à l’aventure. Je ne vais pas faire la liste de nos gloires passées, présentes et futures, mais toutes ont un pied dans la terre, un pied dans la mer, en proportion très variée. Dominante grand large pour Jean de la Ville Mirmont, Victor Ségalen. Dominante terre pour Mauriac (et encore je n’en suis pas si sûre), Suffran, Montaigne .. Ce dernier nommé d’ailleurs ne vaut pas dans la démonstration : Bordeaux alors n’était aucunement le port qu’il est devenu un siècle et demi plus tard.

Les Bordelais sont tous des écrivains ; peut-être pas tous (au contraire des Islandais, dont un sur deux a publié un livre !), mais tous ont dans leur fond de conscience le lien adultère de leur ville entre terre et rivages. Ne le dites à personne, eux-mêmes ne le savent pas, mais c’est pour cela qu’ils aiment « le bassin », ce « petit large » qui leur parle de là où ils n’ont pas pu aller.

Pour cela aussi, le port et la vie maritime de notre ville sont si importantes. Vecteurs d’économie dès aujourd’hui, plus encore demain pour cause de développement durable, mais surtout porteurs de l’équilibre séculaire de notre ville et de son talent.

Nous inaugurions en début de soirée « Les escales du livre » et toutes ces fortes pensées me sont venues sur le chemin qui m’y amenait. Est-ce que cette belle dénomination n’est pas une preuve ? La littérature à Bordeaux s’ennuie dans les « salons du livre », elle a besoin de sa part de large.

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