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L’inexcusable erreur

C’est avec une totale incompréhension et un très grand regret que je constate aujourd’hui la disparition du Ministère des « Personnes Agées et de l’Autonomie ».

Ce ministère eût mérité pour le moins de rejoindre le sort de celui des personnes handicapées comme ministère transversal auprès du Premier Ministre, ce qui fut toujours ma demande.

J’ai soutenu également, lors de ma période ministérielle, auprès d’Emmanuel Macron lui-même à l’occasion d’un long entretien, de faire évoluer le nom de ce ministère vers celui de Ministère de la Transition démographique, en symétrie avec la transition énergétique. Le nouveau Président, alors Conseiller, avait paru y être sensible. Le sujet est au moins aussi important, à la fois dans les chiffres (30 % de Français de plus de 60 ans et une espérance de vie à la retraite de 30 ans) et dans le caractère profondément humain et intergénérationnel de cette transition.

Cette erreur doit être réparée. Ce sont aujourd’hui près de 15 millions de Français qui se trouvent sans représentation, sans porte-parole, sans référence,  pour faire évoluer notre société au regard du beau défi de la longévité et de toutes les questions qu’elle pose : santé, retraites, fiscalité, logement, familles, économie, grand-âge…

Les ex « baby-boomers » qui entrent aujourd’hui dans le champ de l’âge, dessinent aujourd’hui un spectaculaire dos d’âne dans les courbes démographiques et accusent toutes les questions précédemment soulevées.

Qui, dans ce Gouvernement, y apportera les réponses que tous les pays européens et au-delà se posent simultanément à nous ?

(Communiqué de presse après la nomination du Gouvernement Philippe)

 

Silver économie, l’économie au service l’âge (V)

L’économie au service de l’âge et de l’autonomie des âgés. Et c’est de très loin, ma première et principale raison de la promouvoir, de la soutenir, de l’installer dans le paysage de la France de demain.

Il y en a une autre, je le concède : c’est le désir que partagent tous les Ministres d’apporter leur pierre à la bataille pour l’emploi et le dynamisme économique de notre pays. Faire de ce secteur un des fleurons de la recherche, de l’innovation et de l’entreprise, c’est tout simplement vouloir mettre sa place en accord avec celle qui est la nôtre, très favorable, en matière de longévité.

Comme tous les Français, j’ai envie de vieillir longtemps, bien que le plus tard possible, de rester autonome, libre et dans un domicile que j’aurai choisi comme le mien.

Je personnalise le sujet pour exprimer que je ne le vis pas comme théorique, du haut ou du fond d’un bureau, mais parce que je veux qu’il soit une aide, un outil concret, un facteur d’optimisme pour tous ceux (100% des Français) qui sont invités à avancer en âge et désireux de répondre positivement à cette invitation.

Outre le secteur de l’emploi à domicile -sous toutes ses formes- que je n’aborderai pas ici, la silver économie, c’est quoi ?

C’est d’abord toutes les aides concrètes permettant de faire de son domicile un allié de son vieillissement au lieu d’être un champ de pièges, de risques, d’encombrement inutile, d’enfermement et d’isolement.

Dans cet inventaire, tous les dispositifs d’alarme et d’assistance. Je m’étonne toujours du nombre formidable d’âgés ou candidats à le devenir qui installent sur leur domicile une télé-alarme  alors qu’eux-mêmes se jugeraient stigmatisés, placardisés au bataillon des vieux, s’ils disposaient d’une télé-assistance. Ce sont quelquefois d’ailleurs les enfants qui font installer la première mais n’osent pas proposer la seconde, sans se rendre compte que la seconde peut être utile dans toutes les circonstances, fût-elle la venue intempestive d’un visiteur mal intentionné ?

Et bien sûr, tout ce qui est domotique et installation de dispositifs, souvent simples et peu coûteux, pour éviter de faire du skate-board sur le savon dans la baignoire, de se réveiller la nuit pour entamer une longue chute, les pieds dans les fils du téléphone, les pieds de la table de nuit et recevoir finalement l’amphore romaine qui attend l’occasion depuis des décennies, sur la tête ?

Qu’on ne croie pas que j’exagère : j’ai visité maintenant de très nombreux intérieurs de vieilles dames et de vieux messieurs infiniment sympathiques mais qui ne savent pas qu’ils vivent dans un champ de mines. A cette situation, un premier mot : ergothérapeute et un deuxième : silverEco, intervention de base.

Au-delà, tant de choses, du plus simple au plus complexe. Du chemin lumineux au robot d’assistance, de la canne connectée à la greffe de cornée, tant de technologies sont là pour nous faire reprendre confiance et envisager autrement que comme un naufrage… les trente ans de vie que nous pouvons raisonnablement prévoir.

Tout cela est hautement générateur d’emploi : il y a celui qui vend et qui explique, celui qui installe, celui qui assure le suivi, celui qui répare si besoin, en plus bien sûr de celui qui invente, qui conçoit, qui fabrique…

Je ne veux pas en faire une tonne. Expliquer comment on lance une filière, comment on la construit, comment on la consolide… Mais tout cela est déjà en train et si je peux être pour seulement un atome dans le fait que notre pays soit bientôt un leader mondial dans ce domaine comme il l’est pour la longévité, je ne serai pas totalement mécontente.

 

Démographie quand tu nous tiens

La démocratie, c’est bien connu, est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres. A l’exact inverse, la démographie est le meilleur des indicateurs y compris tous les autres.

Pour dessiner la France dans dix ans et au-delà comme nous l’a demandé le Président de la République, rien de plus solide, de mieux assuré, que les données populationnelles. Tout à fait entre nous, je n’exclus pas que les économistes et leurs prévisions de croissance et quelques autres de ma connaissance, n’éprouvent pas quelque jalousie des certitudes du modeste (pas tant que ça, comme on va voir) ministère des personnes âgées.

Toutes les personnes étant déjà nées, un enfant d’école primaire pourrait annoncer déjà l’augmentation considérable des plus de 60 ans à l’horizon 2025 : plus de 28% de la population totale alors que nous en sommes à 23%. Cette forte augmentation ne fera que se confirmer jusqu’à 2035, quelles que soient les hypothèses retenues sur l’évolution de la fécondité, des migrations et de la mortalité.

Autrement dit, « nous » (j’ai l’honneur de faire partie de ces générations florides) dépasseront allègrement les 30 % dans cet intervalle. Bravo à nous, mais aussi quelle responsabilité !

La fécondité des Français(es) , sauf coup de lune inattendu ou épidémie de dépression grave devrait demeurer plus ou moins stable. La mortalité prématurée elle aussi n’annonce rien de spectaculaire, ce qui fait que, bon an, mal an, mes conscrits et au delà devraient être 19 millions en 2025 et les plus de 80 ans 4,2 millions. Quand je vous disais que le Ministère des âgés serait alors non seulement un Ministère de plein éxercice mais un des plus importants, je ne disais rien d’autre que la vérité démographique.

Bonne nouvelle pour le(la) Ministre d’alors -je n’aurai moi-même pas atteint 80 ans et postule donc légitimement- la part des personnes dépendantes n’aura en aucun cas augmenté en proportion, non plus que les coûts afférents.

Tout au contraire, à ce même horizon 2025, 85% de l’espérance de vie (pour les femmes) à 92% pour les hommes serait vécue sans dépendance. 1,45 millions de personnes seront  alors en Gir  1 à 4, c’est à dire à peine 300 000 de plus qu’aujourd’hui. Ceci sans compter sur les effets de la loi que je prépare qui n’étaient pas connus des démographes au moment de leur projection; ceux-ci ne devraient qu’améliorer ces chiffres. Restons zen.

L’affaire se gâte en 2040 et plus encore en 2060, et pour cette raison je dis tout de go à François Hollande  qu’à partir de cette date, je me récuse. Place aux jeunes !

On l’a compris, ces chiffres, solides comme du béton Bouygues, comportent plusieurs messages de différents niveaux :

– l’heure est à la prévention, premier volet de ma loi, pour repousser au-delà de 2040 l’augmentation majeure des chiffres de la dépendance. Ce qui nous laisse 5 quinquennats pour agir et sans doute trouver des moyens thérapeutiques et technologiques pour faire mieux encore.

– Ne laissons pas se faire sans nous l’adaptation de la société à ces chiffres, somme toute assez sympathiques. Cela risquerait de gripper aux entournures et je ne voudrais pas, pour mes âgés, quelque forme que ce soit de « politique du cocotier ».

– les âgés sont -et serons demain plus encore- des acteurs économiques forts. Pas seulement parce qu’ils sont eux mêmes souvent engagés dans l’entreprise, mais parce qu’ils sont générateurs d’une économie nouvelle, la silver économie. Non, il ne s’agit pas de les considérer comme un « marché », mais de mettre cette économie au service de leur autonomie, de leur qualité de vie et de leur rôle dans la société.

Peu de mes confrères Ministres peuvent arguer de prévisions plus favorables, donner meilleures nouvelles aux Français, rallier leur confiance.

Ce qu’il fallait démontrer. C’est fait !

 

Emploi

« Emploi » est sans le moindre doute le mot de l’année 2013. Et son contraire « chômage » le rappelle à l’issue du 19ième mois consécutif d’augmentation du nombre des demandeurs d’emploi. Près de 5 millions de Français, Dom-Tom inclus, sont sans emploi aucun ou en sous-emploi, 29300 de plus ont perdu le leur le mois passé. Oui, il faut tout faire pour inverser la tendance.

Oui aussi, la bataille est européenne mais elle doit être aussi une bataille nationale, même si nous savons que la politique européenne n’est pas (ou pas tout à fait) que la somme des 27 politiques nationales.

J’entends par bataille nationale quelque chose qui n’est pas loin du patriotisme. Sommes-nous moins forts, moins réactifs, moins créatifs que les Américains quand ils ont accepté le remède de cheval du « New Deal » de Roosevelt ? Avons-nous moins qu’eux le désir que la France demeure une « puissance » qui compte dans les équilibres mondiaux ? Accepterions-nous de la voir devenir le Finistère touristique d’un continent dépassé et nous des gardiens de musée ?

Critiques, râleurs, déprimés, les Français n’en « aiment pas moins leur pays », suivant la formule à la fois un peu usée et toujours vraie. Il reste à le faire comprendre et à le faire vivre. Les Américains d’alors n’étaient pas avares de formules simples (« Ne te demande pas ce que l’Amérique peut faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour l’Amérique »), je n’hésite pas à m’y commettre. Et si chacun de nous faisait chaque jour quelque chose de bon pour la France ou pour son double, la République ? N’importe quoi : un tweet, restituer un trop perçu indu, respecter les règles, marquer de la civilité… Les plus petites choses ont un rôle, en particulier les dernières nommées, qui donnent un poil de moral et d’exemple aux autres. Nous devons retourner le cercle dépression/mécontentement/critiques stériles en sens inverse. Pas facile? Il suffit souvent d’un peu..

Revenons plus précisément à l’emploi. Le problème me parait se situer à deux niveaux : un effort d’urgence, un de moyen et long terme.

L’effort d’urgence concerne en particulier les jeunes (leur taux de chômage est le plus élevé jamais atteint en France). Si un jeune perdure dans la galère, il ne reprend pas facilement pied et c’est toute une vie qui peut être compromise.

Je prendrai l’exemple du secteur qui est le mien : l’âge. Il n’est pas le moins éloquent. A cette urgence peuvent répondre dès les mois à venir les emplois d’aide à la personne. Plusieurs voies : les emplois d’avenir – et beaucoup de contrats sont déjà signés-, la « médicalisation » des établissements pour lesquels nous avons débloqué cette année 147 millions euros supplémentaires, l’aide à domicile à laquelle nous avons apporté 50 millions de fond d’urgence pour éviter la destruction de nombreux emplois associatifs (environ 6000).

Je sais qu’il faut aller plus loin et qu’il faut le faire très vite. L’accompagnement des âgés en établissement n’est pas suffisant et l’aide à domicile doit être professionnalisée, à la fois pour être plus attractive mais surtout pour mettre aux côtés des personnes en perte d’autonomie des aidant(e)s connaissant leur pathologie et capables d’y répondre par les bons gestes et les bonnes paroles afin de leur permettre de rester à domicile.

Voilà, dans ce secteur, une réponse qui peut être rapide et répondre à l’urgence 2013. Le besoin est estimé par la DARES à 300 000 emplois d’ici 2020.

La réponse de moyen terme est d’un autre ordre: elle concerne la « Silver Economie », mot générique englobant les gérontechnologies, l’adaptation des objets, du domicile et des quartiers au défi de la longévité. Ce secteur est infiniment créatif et il est susceptible de répondre aux besoin des « baby-boomers » qui ont tout sauf envie de se laisser surprendre par le grand âge sans l’anticiper. Ce groupe -dont je suis une des honorables représentantes- arrive en nombre dans le champ de l’âge avec de forts atouts : être le plus souvent déjà familiarisé au numérique, avoir pour nombre d’entre eux des moyens financiers acceptables et…avoir vu ses parents devenir très âgés alors qu’eux-mêmes atteignaient la retraite.

Tout ne viendra pas de l’Etat. Les (jeunes) âgés eux-mêmes doivent comprendre qu’ils peuvent quelque chose à leur vieillissement et à sa préparation. Que leur épargne (je vais peut être choquer) quand ils en ont doit d’abord être utilisée à leur bénéfice pour anticiper leur vieillissement.

Tout cela est un moteur considérable pour nos industries qui ne s’empareront de ce champ que si elles perçoivent qu’il y a un marché réceptif aux avancées techniques et aux données de la recherche. La Silver Economie aux Etats-Unis connait un taux de croissance de 15% par an. Saisissons-nous en !

Voilà, dans mon secteur, ce que peut-être le deuxième palier, celui de l’économie productive, pour gagner la bataille de l’emploi. Il en va de même dans bien d’autres champs. Chacun peut y avoir un rôle. A titre individuel mais aussi dans son entreprise, dans son administration..

Mon souhait pour 2O13 ? « Ne baissons pas les bras, musclons-les ! ».