m

A François Fillon

Monsieur Fillon,

longtemps, j’ai cru que vous étiez un adversaire honorable -dirais-je même : un concurrent honorable car je n’aime pas en politique le vocabulaire guerrier- mais je ne le crois plus. Avoir utilisé votre épouse, dont nul ne sait si elle avait pleine connaissance de vos agissements, vos enfants qui ont dû, après avoir profité des largesses de l’Etat, rembourser le coût de leur mariage ; avoir accepté qu’un quidam vous offre des costumes quand je n’accepterais de mon époux, et de personne d’autre, qu’il m’offre autre chose qu’un présent pour lequel nous aurions « flashé » ensemble, tout cela m’impose aujourd’hui de m’exprimer afin que la Présidence de notre République  ne risque en aucun cas de vous être confiée.

Je crois en l’honneur, vertu, ou plutôt idéal, que vous avez revendiqué au nom du Général de Gaulle. Et si je ne crois ni en l’homme providentiel, ni en l’infaillibilité, qu’elle soit pontificale ou républicaine, je crois en l’homme et aux vertus cardinales que l’on doit exiger de celui qui sera appelé à diriger et à représenter la France : courage, probité, liberté de toutes influences corruptrices, exigence pour soi-même, fraternité et sentiment d’égalité envers ceux  à la destinée desquels il a mission de présider.

Pour cela, et à la veille d’un scrutin qui engagera l’avenir de notre pays, je mettrai ce que j’ai de force, ce que je possède de mots, ce que je pourrai faire entendre de paroles, à refuser que vous soyez le seul choix qui  soit offert aux Français à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle pour rejeter l’anti-France absolue portée par le Front National et sa candidate.

 

Les nouveaux apostats

Lors du dernier Conseil de Métropole, alors que je saluais l’engagement de Benoît Hamon pour le sport comme outil de santé publique, Alain Juppé m’a narquoisement répondu: « Eh bien, les nouveaux convertis sont une fois encore les plus zélés.. ».

La formule est bien connue, mais qu’en est-il des nouveaux apostats ? Ceux qui, plus ou moins patauds, reprennent le train pour Bordeaux (c’est une image) et après avoir déserté Juppé, pour certains dès le lendemain, viennent à Canossa ?

Qu’en est-il de Juppé lui-même, qui, le jour d’après l’article du « canard enchainé », a proclamé, alors que personne ne lui demandait rien, qu’ « il ne serait pas le plan B ». Il est amusant à ce propos de poursuivre l’anecdote évoquée à l’instant. Avec beaucoup de retenue, je lui répondais qu’en matière de nouveaux convertis, chacun devait s’interroger sur soi-même avant de brocarder les autres. Sa réponse fusa aussitôt: « Moi, Madame, je n’ai pas eu à réfléchir, je me suis rallié dans la minute ». Il s’agissait bien sûr du ralliement à Fillon, aussitôt après l’annonce des résultats des primaires.

Aujourd’hui, c’est surtout des nouveaux apostats qu’il s’agit, ceux qui se saisissent de la déclaration de Fillon après sa convocation pour probable mise en examen pour s’éloigner. Notons que ces départs ne sont pas survenus tout de suite : tous ont attendu les réactions de la presse. Eût-elle été plus réceptive au ton gaullien de Fillon, eux-mêmes auraient été moins rapides et, par exemple, auraient pu attendre le rendez-vous des juges, car il ne s’agissait que d’une convocation qui aurait pu ne pas déboucher sur la mise en examen.

Ces nouveaux apostats, après avoir lu les commentaires peu amènes des médias, se sont alors autorisés au départ, amenant hier 3 mars, le journal « Libération » à mettre en ligne un compteur qui renseigne à la fois sur la célérité de chacun et sur leur nombre total en une seule journée (plus de 100).

Situation particulière à Bordeaux, car si Alain Juppé se portait candidat et venait à être élu, serait-ce sa « dauphine » qui serait effectivement couronnée Maire ? Première à avoir rejoint Fillon,  dernière du groupe des juppéistes à le quitter, sa situation serait alors peu confortable aux yeux des Bordelais. L’apostasie est un métier difficile quand il devient un art de répétition.

Garder la tête froide n’empêche pas à l’occasion de sourire. Je crois même que sourire en est la condition.

 

Le (2ème) prix de l’humour politique

Le prix de l’humour politique vient d’être attribué à l’ancien Ministre villepiniste François Goulard pour une déclaration qui, en effet, le méritait :

« On reconnait un ancien ministre à ce qu’il monte à l’arrière d’une voiture et s’aperçoit qu’elle ne démarre pas ».

Pour autant, François Fillon en a été de facto écarté et c’est regrettable. Un tweet de sa part, écrit hier dans la fièvre twitteuse de sa candidature à la présidence de l’ump, méritait au moins l’ex aequo :

« En France pour faire plus de 50% aux élections, il faut ouvrir largement les bras et attirer le maximum de Français derrière nous« 

On en conviendra, cela suppose d’inverser l’implantation des bras et le jeu des articulations. Au passage, ces Français en rangs serrés derrière lui n’évoquent pas vraiment la démocratie non plus que l’esprit d’équipe.

Ce François-là a du s’en   apercevoir qui a revu et corrigé son invitation au rassemblement dans un tweet qui vient de tomber à l’instant :

« En France pour gagner les élections il faut tendre les bras, élargir son discours politique et rassembler + de 50% des Français »

J’avais espéré un instant qu’espérant rivaliser avec François H, François F s’essayait à l’humour, ce remède à tous les maux, maux dont son parti est pourtant fourbu. Mais non, décidément, François F ne deviendra pas le « Monsieur petite blague » de l’ump. Cela demande un grand talent.