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La municipalité de Bordeaux a manifesté, semble-t-il, un très maigre empressement à s’ouvrir à l’UNESCO de son intention d’enfouir les vestiges de la place Pey Berland sous plusieurs couches épaisses de ciment et de dalles.

Ce même manque d’empressement avait entouré le projet de pont Bacalan-Bastide. On en connait les conséquences : un rappel à l’ordre, une injonction à réduire l’envergure du projet et, au total, une lourde facture pour les habitants de la CUB. Le Maire de Bordeaux, tout à fait à l’unisson de la mouvance royale qui atteint nos gouvernants, n’aime pas à rendre des comptes même quand il s’y est engagé. Non mais des fois, l’Etat, c’est qui ???

Et pourtant. L’enfouissement des vestiges de la crypte romane sous-jacente à l’actuelle cathédrale Saint-André va diamétralement à l’encontre des engagements qu’implique le classement de notre ville au patrimoine mondial. Ces engagements sont tout simplement d’avoir une politique patrimoniale active, respectueuse de l’histoire comme de la géographie des lieux, et de ne prendre aucune décision qui ne pose la question de ce patrimoine que l’on reçoit autant qu’on le lègue.

La petite crypte abrite une part significative des quatre beaux piliers du porche roman de l’église primitive du XIème siècle. Un matin de l’été 1137, une jeune femme du nom d’Aliénor franchit ce porche au bras de son futur époux, Louis VII de France. De Louis, on se souvient peu, mais reconnaissons que d’Aliénor, on rêve encore, et un bébé de ma connaissance, né il y a une petite semaine, porte son nom.

Ce bébé n’aura-t-il pas plaisir et émotion, dans cinquante ans, à découvrir le seul et unique témoin de la présence à Bordeaux de la légendaire Aliénor ?

Ce n’est pas exactement la forme de la question que j’ai posée début juin à Francesco Bandarin, directeur du centre du Patrimoine mondial à l’UNESCO, mais c’est son sens profond. Bien d’autres villes ont préservé sous des dalles de verre des vestiges comparables mais le Maire de Bordeaux a décidé d’ensevelir cette crypte, les petits sarcophages de pierre sculptée qui l’occupent et le souvenir d’Aliénor sous un tombeau de ciment qui le dérobera pour longtemps, et possiblement pour toujours, au regard et à l’émotion des Bordelais.

Francesco Bandarin a aussitôt saisi les experts d’ICOMOS (le conseil international des monuments et des sites) ainsi que la délégation permanente de France auprès de l’UNESCO, première compétente en la matière.

Ma crainte : qu’il ne soit trop tard, et que le manque d’empressement de la Municipalité à soumettre le projet ne l’enfouisse pour toujours.

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