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Beaucoup plus importante et intéressante que la « scène de genre » rapportée dans le billet précédent, la charge, ce matin à l’Ecole Nationale de la Magistrature, de Pierre Mazeaud contre l’inflation législative.

Pierre Mazeaud, Président honoraire du Conseil Constitutionnel fait partie de ces hommes respectés dont on sait qu’ils n’usent, ni leur plume, ni leur parole en d’inutiles pamphlets. Tout au plus, lui a-t-on reproché (à raison) de faire partie de la composition arbitrale qui a décidé des compensations attribuées à Bernard Tapie et d’avoir touché pour cela des honoraires peu en rapport avec la rigueur du personnage.

Il a ce matin fait la preuve de l’acuité de son esprit, de la force de son jugement et – peut-être – de son humour …

Son intervention avait en ligne de mire l’ inflation législative qui déroute les juges, alourdit leur charge de travail, tout en amincissant la force de leurs références.

Dans cette « solitude qui est bien souvent une vertu », comment savoir quel alinéa, quelle loi supplémentaire promulguée avant que la précédente ait trouvé le début d’un commencement (de décret) d’application, sert de base au jugement ?

« Le journal officiel avait cent pages il y a vingt ans, il en a mille aujourd’hui. Plus on le dit, plus on dénonce cette inflation, plus il grossit ».

Je cite ses propos mot à mot. Encore n’a-t-il pas parlé de l’immense déception des députés croyant en la force de la loi, en la précision de ses termes, en l’importance de leur rôle (de ceux-là, il y a à gauche et à droite), de se voir gavés, comme oies du Périgord, de textes hâtifs, élaborés au gré de l’évenement, mal écrits, inutiles et, non seulement incertains, mais bien souvent dangereux.

Pierre Mazeaud encore : « La solitude est bien souvent une vertu ». Et de parler de la solitude du juge, non seulement en face de dédales de lois sans force, ni rigueur, mais devant « la terrible tâche interprétative du juge en face des multiples dispositions de la procédure pénale. Plus de 20 textes en quelques années… »

Plus révélateur encore, et du fond de sa pensée, et de la réalité, le beau lapsus qui lui a échappé :

« Cette opinion (l’opinion des juges) se détermine souvent au sein d’un gouvernement difficile ».

Il s’est repris : « …au sein d’un environnement difficile ».

Docteur Freud, merci, de donner bien souvent à la vérité le poids de l’inconscient.

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