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Lors de mon « échappée belle » de l’été dernier, ici même, j’étais partie avec une équipe de jeunes gens énergiques, prêts à beaucoup pour remplir leurs engagements, célèbres, pleins d’espoir et capables d’entraîner derrière eux des foules compactes : les Girondins.

Pas de quiproquo entre nous : ces jeunes gens fougueux n’avaient d’autre maillot qu’une rosette tricolore à la boutonnière et si on leur avait donné un ballon, sans doute n’auraient- ils pas su qu’en faire.

Je m’étais préparée à cette échappée girondine et j’étais venue là avec un grand sac d’ouvrages me laissant augurer d’aller plus loin avec eux.

Rien de tel cette année. Aucune idée préconçue. Les rencontres d’été, c’est souvent comme ça : c’est le hasard qui les fait.

Le hasard s’appelait Christine, qui partait le lendemain de ma permanence au Grand Parc, à Carmaux pour ce 31 juillet, 95ième anniversaire de l’assassinat de Jaurès. Je n’y avais pas pensé. La date m’était connue, je l’avoue plus par la lecture des « Thibault » que par celle des livres d’histoire, mais elle s’était évaporée dans une de ces couches de la conscience auprès desquelles celles de l’atmosphère paraissent simples à comprendre et à expliquer.

J’ai envoyé un message à Carmaux, déploré le silence absolu des médias sur l’événement où des socialistes étaient rassemblés, unis et désireux de célébrer ce que fut la pensée de Jaurès à l’aube du XXe siècle (le socialiste éparpillé, désuni, désireux de se célébrer lui-même dans une totale absence de pensée pour le XXIe siècle est tellement plus intéressant !). J’ai fait le ménage -au sens propre-, rangé la maison, établi mes pénates d’été (disons : d’un petit morceau d’été), Jaurès est resté là, préoccupé semble-t-il qu’on s’intéresse à lui, après si longtemps.

Ce n’est pas tout à fait facile de s’intéresser à Jaurès : ses oeuvres sont difficiles à lire (voire à trouver!), son image même est celle d’un autre siècle. On ne va pas facilement à l’étincelle. Qui plus est, je n’avais dans mes bagages pas la moindre ligne qui le concerne.

Un détail très « people » m’a frappé : il avait le jour de son assassinat le même âge exactement que notre vénéré président lors de sa « crise vagale sans perte de conscience » du dimanche matin. On mesure l’importance relative des deux événements. L’un courrait (qu’on dit), l’autre, petit David, essayait à lui tout seul d’arrêter le rouleau compresseur de la guerre.

Mais ils avaient le même âge : l’un, avec cet air de patriarche des hommes politiques du début du siècle dernier, l’autre tentant, avec coach et régime, de paraître dignement l’époux de son épouse.

Les temps ont changé, ou plutôt, entre temps, nous avons doublé notre espérance de vie et notre qualité de vie au même âge. Jaurès aujourd’hui ressemblerait à Obama, à quelques nuances près.

Je reviens au coeur du sujet, même si ce n’est pas le coeur, mais l’écume qui m’a amenée cet été à Jaurès. Depuis longtemps, bien avant d’appartenir moi-même au PS, je m’interroge sur l’importance qu’a prise, au cours des dernières décennies, la Sociale Démocratie, alors que la « Sociale République » n’a jamais eu aucun écho.

Le mot sonne mal : la fortune ou l’infortune tiennent souvent à si peu. Mais « socio républicain » ou « république sociale » passent mieux. Je me sens, chaque jour d’avantage, plus « socio républicaine » que « socio démocrate ». Les difficultés du temps, les épreuves, le creusement des inégalités, le besoin d’école… tout cela demande plus de République encore que de démocratie.

Et c’est l’idée que je me fais de Jaurès. Socialiste et Républicain à égalité . Entier, exigeant, mettant la culture et l’éducation à leur place la plus haute, n’ayant pas peur de les incarner dans un temps où cela avait encore un sens.

Je crois que j’ai trouvé ma rencontre d’été.

à voir, l’anniversaire de Carmaux sur https://paul.quiles.over-blog.com/article-34501331.html

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