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J’ai des plaisirs austères mais qui n’en sont pas moins bien réels. Le mot « plaisir » n’est peut-être pas le meilleur, bien qu’il y ait de cela ; en tout cas des moments de bien-être, de « joie tranquille » (comme il y a une « force tranquille ») et de partage.

Parmi ces moments, les rencontres, les échanges que j’ai dans tous les lieux d’accueil de « personnes âgées ». J’aime bien dire, plus simplement d’ « âgés » puisque ce qui les réunit dans ces lieux et qui nous réunit dans ces moments, c’est l’ « avancée en âge ».

Ce matin, dans une RPA, ces rencontres se sont succédées dans leur variété, dans leur plénitude pour la plupart, quelquefois plus brièvement, mais jamais sans un éclair de compréhension, d’échange, comme avec ce « jeune » âgé d’environ 70 ans, dans un décor monacal, impeccablement ordonné, presque minimaliste où quelques regards m’ont fait comprendre que cet homme se battait tous les jours et seul contre un état psychiatrique et qu’il parvenait à le dominer sans pour autant s’y soustraire complètement.

Une dame a insisté pour que je pénètre et que je reste un moment dans son minuscule salon. Impeccable lui aussi, mais d’une toute autre manière, chargée d’histoire, de petits détails, d’objets dont chacun résumait des années. Cette dame m’a fait l’amitié de me connaître et de me reconnaître, comme la plupart des habitants de RPA, si attentifs au quotidien du journal ou de la télé. Nous avons parlé un long moment, de son métier de fleuriste, de sa volonté de prendre ses repas seule sans rejoindre le « club senior » et d’aller faire chaque jour ses courses pour « prendre de l’éxercice ».

La rencontre la plus spectaculaire a été celle d’une résidente, que je n’hésiterais pas à qualifier de « chef de bande » ; sans doute la plus motivée, la plus engagée de la résidence, celle qui n’a peur de rien, ni de personne, celle qui se battra demain comme elle s’est battue chaque jour. Longue conversation (j’ai écouté plus que parlé) sur la politique nationale, locale et jusqu’à très locale, c’est à dire celle qui concerne la RPA elle-même. A tous les niveaux, la même acuité de perception et la volonté de ne pas s’en laisser conter non plus que compter.

Une autre encore, dans un décor de chapelet et d’images pieuses a été consacrée toute entière au Grand Stade. Mon hôte d’un moment est convaincu qu’il s’agit d’un mauvais choix, que tant d’autres usages des sommes colossales qui seront engagées seraient mille fois plus bénéfiques : il n’a guère eu à me prêcher la vérité, je partage entièrement son point de vue.

Je ne parle pas de tous. La tête était chaque fois différente, quelquefois même menacée, et pourtant « tous avaient leur tête », expression pleine de force, que je voudrais souvent pouvoir employer pour des beaucoup plus jeunes et beaucoup plus puissants.

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