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L’abord des écoles, espaces sans tabac

L’abord des écoles, espaces sans tabac (question écrite au Maire de Bordeaux)

La démission de Nicolas Hulot doit être pour chacun de nous un appel à prendre des décisions concrètes pour la protection de l’environnement et la santé publique, pièces maîtresse du développement durable.

A l’occasion de la rentrée des classes, nous vous demandons d’interdire de fumer devant les écoles de notre ville en déclarant leurs abords « espaces sans tabac » comme cela a été fait dans les parcs de Bordeaux pour des espaces restreints.

Saluons à cette occasion l’initiative des élèves de la ville d’Yvetot qui ont formulé de leur propre initiative cette demande à leur Maire, lequel les a entendus en prenant la décision que nous vous suggérons. Plusieurs autres municipalités ont d’ailleurs fait de même.

Cette décision sera bénéfique à la fois pour les parents qui viennent chercher leurs enfants à l’école mais aussi pour les jeunes eux-mêmes qui sauront y voir un message d’alerte et de débanalisation du tabac en direction de leurs parents comme, plus tard, d’eux-mêmes.

Les mégots ne s’accumuleront plus ainsi sur les trottoirs devant des établissements dont le but est l’éducation et qui ont comme nos collectivités un devoir d’exemplarité (pour mémoire, un seul mégot pollue pour 5 ans, 500 litres d’eau).

Cette mesure constituera un pas positif dans la démarche de « ville sans tabac » à laquelle nous devons d’ores et déjà réfléchir.

 

 

 

Michèle Delaunay

Et le groupe socialiste des élus municipaux

 

 

 

 

Sortir du tabac

Le tabac tue et a tué beaucoup plus que le nucléaire. Cette comparaison n’a d’autre sens que de mettre en perspective l’ambition que je me suis donnée et que j’ai largement diffusée « sortir du tabac en 2030 ». « Sortir du tabac » est aujourd’hui le nom compte twitter que j’anime avec le soucis d’aborder en liberté tous les aspects du tabagisme et de la lutte qu’il doit susciter sur le plan individuel, politique et culturel.

Il me semble que nous amorçons cette sortie du tabac. Les chiffres de vente fléchissent de 20%, sur tous les produits du tabac depuis l’augmentation du prix du paquet à 8 euros, preuve s’il en était besoin que le facteur prix est l’élément déterminant. On pourrait douter de la nature de cette diminution, les fumeurs faisant souvent des « provisions » dans la perspective de l’augmentation mais l’augmentation parallèle des ventes de substituts nicotiniques laisse à espérer qu’il s’agit bien d’une réduction de consommation du tabac et de l’affirmation d’une volonté plus étendue d’arrêter.

L’augmentation du prix et, en ligne de mire, la promesse d’un « paquet à 10 euros » est le facteur déterminant. Au passage, avouons que c’est une de mes fiertés en politique d’avoir lancé en 2015 ce seuil symbolique, par mes amendements à l’Assemblée et dans la presse en tant que présidente de l’alliance contre le tabac ; puis de l’avoir vu ensuite cheminer jusqu’à une prochaine concrétisation. Ce facteur déterminant n’est cependant pas le seul. Il suit des mesures dites de « débanalisation du produit » dont le paquet neutre est le meilleur exemple. Il s’ajoute aux très belles campagnes de « Moi(s)sansTabac qui sont porteuses d’un message pratique de santé publique et d’aides à arrêter, dont le remboursement prochain des substituts nicotiniques n’est pas le moindre. Cette mesure a tardé (elle vient après le forfait de 150 euros mis en place en 2017) car elle imposait d’obtenir des groupes pharmaceutiques un prix conventionné et donc remboursable pour ces produits, au lieu du prix « libre » plus avantageux pour les fabricants comme pour les vendeurs.

C’est donc une stratégie complète et diverse de prévention, telle qu’on nous l’apprend en santé publique, qui laisse entrevoir « le début de la fin » de ce commerce de mort qu’est le tabac.

Tout cela n’est ni facile, ni gratuit. Les buralistes ont ainsi obtenu cette année une enveloppe supplémentaire de l’Etat de 250 millions d’euros en vue de leur « diversification ». Cette somme est considérable et, disons par exemple, que les EHPAD ont obtenu une « rallonge » de 50 millions d’euros sur le plan d’investissement dont elle bénéficient chaque année. La loi d’adaptation de la société, qui a permis une augmentation notable d’une allocation sociale (l’APA) avait pour contrainte de ne pas excéder 650 millions. C’est donc, en ces temps d’économies, un effort considérable de l’Etat.

J’entends par ailleurs que l’on pourrait vendre « la Française des jeux » et que les buralistes (et, d’une certaine manière, les cigarettiers) pourraient faire partie des acquéreurs. Sans aller plus loin, je ne voudrais pas que cela facilite le remplacement de la pire des addictions, par une autre, l’addiction au jeu et en particulier aux jeux en ligne). Soyons attentifs à ce risque.

Cette pratique n’est pas coutumière de ce blog mais je tiens à saluer la détermination de la Ministre Agnès Buzyn, dont j’ai été convaincue,  lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois à l’INCA (Institut National du Cancer) sur ce même sujet du tabac. Si la baisse de consommation se confirme et perdure, oui, nous pourrons espérer la « sortie du tabac en 2030 »

 

 

Tabac : l’urgence de la possibilité de l’action de groupe

Ententes illicites sur les prix, tromperies sur la teneur en goudrons et en nicotine des cigarettes, absence de tout avertissement sur le risque d’addiction…  Quand le couperet de l’action de groupe s’abattra-t-il sur les méfaits des cigarettiers ?

J’ai soutenu cette possibilité d’action de groupe pour les victimes du tabac à plusieurs reprises à l’Assemblée, quelquefois écoutée d’une oreille attentive mais, au final, toujours avec la même réponse : en droit français, c’est trop difficile, cela créerait des difficultés et bla et bla..
Difficile c’est vrai, j’ai consulté des juristes-experts* , ils ont vu là des obstacles à écarter, mais justement la loi est faite pour cela. C’est bien la volonté qui manque.

Aux Etats-Unis et au Canada, les « class actions » ont amené à des amendes de plusieurs milliards pour l’industrie du tabac. C’est à partir de ces chiffres que les cigarettiers commencent à regarder, au-dessous les profits l’emportent de beaucoup. Même outre-Atlantique, les procédures sont longues, souvent des années, mais le résultat est là : les pays anglo-saxons sont très en avance sur nous dans la lutte contre le tabagisme.

Le dernier scandale qui vient d’être porté au jour en France par une plainte du @CNCT , celui de la tromperie sur la teneur réelle en goudrons et nicotine, a été révélé en réalité par les cigarettiers eux-mêmes : une marque en a accusé une autre de mensonge sur les capacités de ses filtres. Sauf que.. Le mensonge était général et que les tests, effectués par des « machines-fumeuses »,  se sont révélés truqués puisqu’ils ne rendaient compte que de la capacité des filtres à réduire la teneur absorbée au travers de dispositifs n’exerçant  aucune pression sur la cigarette, comme le font les lèvres et les doigts. Résultat : vous croyez fumer un paquet, vous en fumez dix..  La tromperie relève de la même logique que celle du « dieselgate ».

Espérons que les conséquences seront au minimum les mêmes : de considérables amendes et, plus encore, une dévalorisation de l’industrie du tabac capable d’amener à des politiques coordonnées entre les pays et, en particulier, à la reconnaissance pour les victimes du tabac d’en appeler au secours de la justice.

 

*en particulier Pierre Kopp, juriste et expert international, qui est l’avocat du @cnct (Comité National contre le Tabac) dans la plaine en cours

 

Augmentation du prix du tabac : le back office

Au 1er mars 2018, le paquet de cigarettes coûtera un euro de plus grâce à une hausse de la fiscalité amenant à une augmentation théorique de prix de 1,10 euros. Enfin, une mesure significative qui vient après celle de novembre dernier de 30 centimes et démontre la volonté incontestable de la Ministre de la santé de parvenir en novembre 2020 au paquet à 10 euros.

Cette mesure ne va cependant pas sans arrière-plans et sans surprises. Le leader du marché français Philip Morris qui détient la marque Marlboro  (25% des ventes en France) a décidé de réduire ses marges et de n’augmenter ses prix que de 0,70 euros, ce qu’il va récupérer largement en gagnant des parts de marché sur ses concurrents avec un paquet à 8 euros nets. Il est ainsi assuré de ne pas souffrir de la réduction globale des ventes qui est attendue.

Attendue en particulier par… les buralistes, qui ont eux aussi bien l’intention de n’en pas pâtir. Ils viennent de signer avec l’Etat un nouveau « contrat » augmentant de 100 millions d’euros les libéralités dont ils bénéficient déjà. Cette augmentation est présentée comme une aide à la diversification de leur activité , ce qui est formulé avec un vocabulaire finalement assez cynique « il s’agit de diminuer la dépendance des buralistes au tabac ».

Cent millions d’euros…  Pour (courte) mémoire, il y a 48 heures, le Président Macron s’est déplacé le 3 février au Sénégal pour annoncer une contribution de 200 millions d’euros au Partenariat mondial pour l’Education en Afrique ; la Ministre de la santé elle-même a promis un supplément de 50 millions d’euros au budget prévu pour les EHPAD. Le lien avec le contrat obtenu par les buralistes n’a été fait par personne. Et me vaudra certainement de généreuses insultes.

 

 

Chute record du tabagisme en Grèce

Ce qu’aucune campagne de prévention n’aurait pu réussir, la crise économique grecque l’a obtenu. S’il ne faut pas se réjouir de la cause, la conséquence constitue une démonstration remarquable des facteurs de prévention.

Les Grecs, il y a dix ans, tenaient le pompon européen et même au- delà, de la consommation de tabac, nous devançant largement avec un taux dramatique de 36,7% de fumeurs. La crise économique advint et les pressions européennes de réduction des dépenses. En 2017, ce taux n’est plus « que » de 27%.

Vingt-sept pour cent de trop, mais c’est la chute spectaculaire de dix points en cinq ans qu’il faut saluer : dans aucun pays, aucune politique, aucune campagne de prévention n’a fait aussi bien. Dans le pays même, la loi anti-tabac n’avait eu aucun véritable effet.

C’est bien sûr l’augmentation du prix relativement aux moyens financiers qui est le fait déterminant. Mais ce n’est pas tout à fait aussi simple : ce sont chez ceux qui gagnent le moins mal leur vie que l’on enregistre la plus forte diminution. Autrement dit: les plus informés ont été les plus diligents à percevoir la double dimension de la réduction de leur moyens financiers : pour les individus et pour le système de santé qui les prive aujourd’hui de l’accès aux traitements coûteux des cancers du tabac.

Cette complexité entre peut- être aujourd’hui dans la volonté très forte des pays africains de « décrocher » du tabac et surtout de ne pas se laisser harponner par les efforts considérables de l’industrie du tabac pour envahir ce continent prometteur. J’étais il y a quelques mois au Benin pour participer à la rédaction d’un projet de loi anti tabac. Comme je m’émerveillais de l’engagement des députés, l’un d’eux m’expliqua sobrement : « On a la pauvreté, l’absence de matières premières, à peu près toutes les grandes pandémies … On n’a pas besoin du tabac en plus ! »

Philosophie grecque ou bon sens multi-séculaire des peuples, nous ne sommes en réalité pas très loin de devoir nous y résoudre : si nous ne réduisons pas drastiquement les maladies évitables (celles dues au tabac en premier lieu), nous n’avons aucune chance d’assumer le coût des progrès technologiques et thérapeutiques de la médecine.