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Vieilles… Et alors ?

C’est sous ce titre un tantinet provocant que l’ « Assemblée des femmes » a réuni le 15 juin un colloque à l’Assemblée nationale. J’ai été surprise par le nombre des participantes -et même des participants-. Le sujet n’est pas mince et il constitue une bonne part de cette transition démographique qu’un grand nombre de politiques  -disons plutôt  d’hommes politiques- refusent d’affronter.

« Les vieux sont des vieilles » : c’est au moins vrai pour le grand âge où les femmes restent largement majoritaires. Les femmes n’ont pas de modèle qu’elles puissent suivre, puisque ce que nous vivons n’a existé jusqu’alors dans aucun pays, ni à aucune période de l’histoire de l’humanité. C’est ma génération, celle des « boomeuses » (j’adore ce nom) qui a à inventer ce que peut et doit être bien vieillir et vieillir longtemps pour une femme.

Point n’est besoin de rappeler que le vieillissement physique est globalement plus pénalisant pour une femme que pour un homme. Dans la vie quotidienne, dans la vie professionnelle, la dictature de l’apparence est plus pregnante pour nous. Comment à la fois y souscrire et ne pas le subir ? Le modèle des femmes belles longtemps (Emmanuelle Riva, Jane Fonda, Ines de la Fressange…) ne doit pas être vécu comme une dictature. Dans la vie réelle, il serait moniteur d’une considérable discrimination sociale. Ces femmes sont photographiées ou filmées dans des conditions particulières et disposent de moyens de valorisation de leur beauté qui ne sont pas accessibles à toutes les femmes. Soyons vivantes, mobiles, lumineuses, soyons au mieux de ce que nous avons envie d’être, pas ce qu’on nous dicte d’être.

Quels autres outils pour ce modèle à inventer ? Ils sont difficiles à cerner. L’un pourtant : condamnons et faisons condamner toutes les images et les paroles discriminantes pour l’âge. Pendant mon temps de Ministre, j’ai fait, grâce au Défenseur des Droits Dominique Baudis, supprimer la publicité des chips Lays (2 vieillards se disputent un paquet de chips médiocres, l’un fait tomber l’autre qui dans sa chute perd sa prothèse dentaire…) et je me félicite de cette action dont je voudrais qu’elle soit un précédent. Les « chiennes de garde » sont, avec raison et efficacité, attentives aux publicités sexistes, elles doivent aussi être très vigilantes vis-à-vis des représentations dévalorisantes des femmes âgées. Bref, soyons toutes des « panthères grises » !

Les mots et leur usage sont décisifs. Je déteste particulièrement l’un d’eux : le mot « cougard », et tant qu’il n’aura pas d’équivalent pour les hommes liés à des femmes beaucoup plus jeunes (dont je crois savoir qu’ils ne sont pas tout à fait rares), nous devons en condamner l’usage dans les médias.

Il y a bien une autre arme.. L’usage pour soi-même des ovocytes congelés a bouleversé la seule véritable supériorité des hommes : l’agenda biologique. Tant de nounours grisonnants qui se vantent de « refaire leur vie » avec une « jeunesse » (comme on disait autrefois) et de procréer plus que tardivement… Aujourd’hui, nous devons convenir malgré le coût d’accès aux techniques de congélation/conservation qu’il devrait être possible pour une femme en bon état de santé médicalement confirmé de concevoir un enfant au-delà de la ménopause, laquelle peut être très précoce. Cette remise à niveau (au moins partielle) de l’agenda biologique est une bombe si considérable que, avouons-le, beaucoup n’osent pas même dire qu’ils s’en sont aperçus.

Soyons nous-mêmes, je dirais même au meilleur de nous-mêmes, ce qui n’est pas si peu et qui, au demeurant ne peut qu’être hautement favorable à notre longévité heureuse.

 

Le tabac, nouvel enjeu du féminisme

Le tabac fait aujourd’hui des ravages chez les jeunes et en tout premier lieu chez les jeunes filles.

Pourquoi ?

Bien sûr les drogues et les conduites addictives augmentent en fréquence de manière générale. Mais cette addiction là, sur cette cible-là, a un sens et une gravité, particulières.

Fumer, depuis des décennies, est synonyme d’émancipation. Dès les années 1925-30, des femmes à cheveux courts s’affichaient cigarette, et bien souvent porte-cigarette, au bec. Cette assimilation n’a pas disparue mais s’est beaucoup affadie. Soixante-huit est passé par là, les femmes ont fait d’autres conquêtes.

Les jeunes filles aujourd’hui fument pour ne pas manger. C’est aussi brutal que cela. Les diktats de minceur, les jeans « slim » ou « super slim », l’oukase des cuisses qui ne se touchent pas (thigh gap) qui impose quasiment la maigreur, entrainent des conduites anorexiques qui conduisent bien souvent à la maladie elle-même . L’anorexie mentale est d’ailleurs de plus en plus souvent considérée comme une conduite addictive particulière que le tabac, quelquefois l’alcoolisme, vient soutenir en jouant comme une « co-morbidité ».

Deux addictions sont plus difficiles à vaincre encore qu’une seule. Au bout de quelques mois, le mal est fait : le tabac est devenu un besoin et le sevrage deviendra très difficile, quand même il est tenté, d’autant qu’il est à risque de prise de poids.

Résultat : le cancer du poumon chez la femme explose. Il est aujourd’hui en tête et de loin des cancers qui augmentent en fréquence, dépassant maintenant le mélanome (cancer cutané favorisé par l’exposition solaire).

Pouvons-nous rester sans rien faire ? Continuer  de contempler à la porte des lycées adolescentes et adolescents sortant à chaque pause « pour en griller une » ? Demain, nous pourrons être mis en cause pour non assistance à personne en danger. Et ce sera justifié.

C’est pour moi un des enjeux majeurs du féminisme pragmatique, du féminisme de terrain. A égalité avec un autre : les régressions des droits et libertés des femmes pour des motifs sociaux, culturels ou cultuels. Tout cela dépasse infiniment la question de dire « madame LA Ministre » ou « LE Ministre », ou d’utiliser le beau mot de « Mademoiselle »; Pour tout cela, le temps et l’usage feront leur oeuvre même si je suis en faveur d’une féminisation chaque fois qu’elle ne brutalise pas la langue, ce qui est au demeurant exceptionnel.

Envers ces jeunes, garçons ou filles, la meilleure, la seule arme, est l’augmentation notable des prix. C’est sans doute le moteur principal de mon action à l’Assemblée et des amendements que j’ai proposé. La meilleure manière de rompre une addiction, de faire prévaloir sa liberté, c’est de ne pas y entrer.

C’est bête à dire : je souhaite que les femmes soient libres, in-dépendantes et qu’elles ne ruinent pas le gain de longévité qu’elles ont gagné par leur pugnacité et leur résistance à toutes les étapes de la vie.

Parité mal ordonnée

En 2013, le mode de scrutin cantonal a été modifié, de même que le découpage des cantons.

Le premier objet du nouveau découpage était d’harmoniser le nombre d’habitants au sein de chaque canton. Celui-ci pouvait jusque-là varier de.. 4000 à 40000, ce qui amenait à une disparité inacceptable de la représentation des Français. Le deuxième était d’élargir le territoire de chacun de manière à y élire non plus un, mais deux conseillers généraux (de plus en plus souvent nommés « conseillers départementaux », de même que le « conseil général » tend à devenir le « conseil départemental », ce qui va dans le sens de plus de lisibilité).

L’objet de l’élection dans un même vote et un même territoire est d’assurer la parité dans une Assemblée qui jusqu’alors en manquait gravement et durablement. La loi sur la parité elle-même n’avait permis qu’un frémissement paritaire et une faible progression des élues féminines.

En 2014, avant les prochaines élections, on ne compte en effet que 13% de conseillères générales. Autrement exprimé, il y a plus de 8,7 hommes pour 1,3 femme. En Gironde, ce sont seulement  12 femmes qui représentent leur territoire.

Atterrant. L’objectif du nouveau mode de scrutin cantonal doit donc être salué. Il permettra, en un seul scrutin, d’établir une parité qui sans lui aurait tardé plusieurs décennies. Pour mémoire en 1945, il y avait 6% de députées femmes. En 1995, 50 ans après, elles étaient 5%… La masculinitude a en politique (ailleurs ?) une force d’inertie considérable.

Sauf  que  l’objectif de parité ne se réduit à deux chiffres sur une feuille. Le mode de désignation des candidats risque fort de dévoyer le principe même de la parité, qui est bien évidemment l’égalité, non seulement en nombre mais en « droits et en dignité ».

On l’a vu, c’est parmi 87% de conseillers généraux sortants que l’on va trouver la grande majorité des candidats masculins. Hors grand âge et perte de motivation à poursuivre sa fonction, ces « sortants » bénéficieront de la prime de notoriété sur leur territoire -particulièrement en territoire rural où cette notoriété est grande-  ; bien sûr aussi de leur bilan et de leur connaissance des règles du jeu.

Craignons qu’il n’aient tendance à compléter leur binôme parmi les femmes qui leur sont proches, qui ont travaillé avec eux et envers lesquelles ils ont une confiance particulière. Ainsi beaucoup de candidates femmes risquent d’être majoritairement choisies par un homme, par la connaissance qu’IL a d’elles et l’estime qu’IL porte en ses qualités.

Ceci risque d’être particulièrement dommageable pour l’esprit même de la parité si le vote de désignation des candidats par les militants de chaque parti se fait lui aussi en binôme. Une femme nouvelle venue, accompagnée d’un homme qui ne sera pas un sortant, sera a priori très désavantagée au moment de ce vote.

Au contraire, si le vote a lieu individuellement, entre les candidats hommes d’un côté et les candidats femmes de l’autre, la personnalité de la femme, son expérience et son engagement propres, ses arguments propres seront seuls à jouer pour elles. Elle sera égale en dignité avec tout autre candidat, masculin comme féminin.

Disons-le plus concrètement : je ne me serais jamais présentée à une élection , cantonale ou pas, dans l’ombre d’un candidat masculin qui m’aurait sollicitée pour le « compléter « . J’ai affronté les votes de désignation comme individu plein et entier, me présentant avec ma personnalité, mon projet, mon programme propres à moi seule. J’exclus de cette prise de position les scrutins de liste où l’on se situe dans un groupe, tout en remarquant que les hommes en tête de la liste ne sont pas tous totalement pénétrés de l’esprit de parité.

Le binôme cantonal une fois installé dans la fonction (à l’issue de la désignation et du scrutin officiel), la femme élue dans le sillage d’un sortant ou d’une personnalité masculine déjà installée, aura grand mal à trouver sa pleine autonomie. Le temps risque d’être long où l’homme qui est venu la chercher, la considèrera peu ou prou comme une collaboratrice ou une assistante. Une fois encore, je ne généralise pas, mais la pratique du monde politique m’incite à une grande prudence.

La parité dans son essence même qui est l’Egalité et pas seulement l’identité de nombre, risque de pas y trouver son compte. Pas non plus celles qui depuis des lustres combattent pour qu’elle soit autre chose qu’un chiffre ou un mot alibi.

 

 

 

 

 

GPA : quatre raisons de dire non

La Gestation Pour Autrui relève d’abord de la bioéthique. Et celle-ci répond : NON. Le corps d’autrui appartient à autrui et il ne peut être l’objet ni de commercialisation, ni de location. Savamment dit, il ne peut être « réifié », c’est à dire considéré et traité comme une chose.

Pour cette même raison, le don du sang, de moëlle ou d’organes est gratuit. Non qu’il ne soit pas coûteux, mais ce coût ne peut être assumé que par une communauté au service de tous, c’est à dire publique.

Nul ne peut ouvrir la porte à cette location d’utérus pour neuf mois ; la pratique montre qu’elle est constamment le fruit d’un contrat financier, quelquefois assez morbide et condamnable dans ses conditions. Si même il était concevable qu’elle fût gratuite et objet d’un « don de soi », alors ce don serait mieux orienté vers le don de moëlle ou le don d’organes conditionnant la vie entre personnes vivantes.

Le législateur, soucieux des principes républicains, dit également NON. Et il le fait au nom du principe d’égalité. Lequel des 2 sexes serait obligatoirement mis à contribution et j’ose le mot « exploité » : les femmes. Pour la même raison, le féminisme le plus rudimentaire ne peut l’accepter.

Le médecin n’est pas plus conciliant : NON aussi.  La grossesse n’est pas un acte banal, un simple moment à passer. Elle transforme profondément le corps et, de manière différente, le psychisme. A l’occasion de la grossesse, des troubles peuvent se révéler, bien souvent réversibles (prise excessive de poids, hypertension, diabète..) mais pas toujours. Des maladies peuvent se révéler et s’installer et en particulier des maladies immunitaires. Les troubles réversibles peuvent par ailleurs avoir causé des dégâts qui eux, ne le sont pas.

Les deux ou trois qualités qui font ou devraient faire notre condition d’Homme (d’être humain) sont elles aussi mises à rude épreuve, et là aussi la pratique ne vient pas rassurer. Imagine-t-on la séparation radicale de la mère « porteuse » et de l’enfant ? Comprend-on que l’accouchement non plus n’est pas un acte banal ne laissant ni traces, ni empreinte psychique ? Sait-on qu’il arrive qu’un enfant, qui ne correspond pas aux critères de qualité de la famille d’accueil soit abandonné à celle qui l’a mis au monde (ce fut récemment le cas d’un enfant trisomique)?

Un autre point ne trouve guère de questionnement, et non plus de réponse. On sait que dans la GPA, les deux gamètes sont issus de personnes tierces. Dans le cas de couples accueillants homosexuels, on peut concevoir que le gamète masculin de l’un soit utilisé dans un couple homosexuel masculin.

Quel sera alors le statut relatif des 2 parents homosexuels ? Si l’enfant devient le « portrait » de son père naturel, cela ne sera-t-il pas cause de difficultés même dans la famille la plus aimante ? Si ce couple homosexuel se sépare, le caractère naturel ou pas du parent interviendra-t-il ? Nulle réponse nulle part..

Pour moi, c’est donc NON, quatre fois non. Calmement, posément, sans dogmatisme et en étant parfaitement ouverte au débat et aux arguments contraires.

Ce qui n’implique évidemment pas que l’enfant né selon ce procédé illicite (qui a d’ailleurs en droit le statut d’adoption illégale) n’ait pas lui-même les droits de tous les enfants.  Et c’est pour cette dernière raison, qu’une action internationale s’impose aujourd’hui.

 

 

La question qui tue

Je me pose souvent cette question : où est-il plus dur de naître : dans une ferme pauvre et isolée de tous moyens culturels dans la Vendée ou l’Auvergne du début du XXe siècle ou dans une banlieue « sensible » au début du XXIe ? Dans quel lieu, à quelle époque, la chance d’échapper à son destin de pauvre est-elle la plus grande ?

Cette question est terrible. Le seul fait de la poser met en question un siècle de progrès social et d’éducation.

Les deux situations sont presque opposées. La faiblesse et la difficulté des revenus liés au travail sont sans doute peu différentes dans leur montant, bien que je n’ai aucun moyen de comparaison objective. Les conditions de ces revenus, elles, le sont. La pénibilité du travail dans la ruralité du début du XXe siècle n’a plus de commune mesure. Personne aujourd’hui ne voudrait l’accomplir. Mais le travail -disons, le labeur- existait.

Tout par ailleurs est différent. Ni téléphone portable, ni télé, ni accès à wikipédia, ni médiathèque dans les quartiers pour les uns. Ni drogue, ni sentiment d’exclusion raciale (par contre une haute conscience de l’exclusion sociale), ni violence organisée (mais une violence intérieure alimentée par la solitude) pour les autres ; mais pour eux pas non plus d’autre marchepied culturel que le catalogue de manufrance et une pauvre édition des « misérables » ou le feuilleton du journal local, relié par quelques points de couture et pieusement conservé.

J’ai mis à part, pour les deux, l’instituteur. Seule vraie chance pour les exclus des premières décennies du XXe siècle ; toujours présent au XXIe -et heureusement!- mais dont le rôle est souvent incompris des familles, délaissé par les « décrocheurs », nié par ceux qui mettent plus volontiers le feu à l’école ou à la poste de leur quartier qu’à celles des « beaux quartiers ».

Une autre différence que je crois majeure même si elle n’est jamais mise en avant : pour les uns, les premiers chronologiquement, le français était une bataille. Les instituteurs imposaient que cet outil soit partagé par tous et que le patois ne soit jamais pratiqué dans l’enceinte de l’école. Les fables de Lafontaine étaient apprises et sues par coeur. Les seconds, toujours chronologiquement, ont cet handicap considérable de n’être pas à égalité dans le maniement de la langue d’apprentissage et le garderont souvent jusqu’à l’accès à l’emploi. Les « minorités visibles » sont à mon sens bien plus souvent des « minorités audibles ».

Un article paru aujourd’hui (édition du 27 novembre) dans « Le Monde » a ravivé douloureusement mon questionnement : le taux de chômage explose dans les quartiers pauvres et il est aujourd’hui près de 2,5 fois supérieur à celui des agglomérations accueillant ces quartiers ».

Plus grave encore pour la « féministe de terrain » que je prétends être : dans les Zones Urbaines Sensibles (ZUS) plus d’une femme sur deux est hors de l’emploi.

Ce point est doublement grave : pour les femmes elles-mêmes, plus encore confinées, recluses, que celles qui, en Vendée, ne s’asseyaient pas à table du maître de maison, mais pour leurs enfants. Toutes les études montrent que les enfants des quartiers ont en beaucoup plus grande proportion des comportements violents ou « parallèles » (l’économie de la drogue) quand leurs mères ne travaillent pas à l’extérieur. Oui, voilà un vrai sujet, pour le vrai féminisme du XXIe siècle.

La part des personnes vivant sous le seuil de pauvreté en banlieue est 2,9 fois plus élevé que sur l’ensemble du territoire. Je gage que c’était également vrai en 1910 à Ste Christine, Vendée, ou à Bellenaves, Allier, comme dans n’importe quel patelin paumé où le hobereau local édictait encore tacitement la loi et où il n’y avait d’autre perspective que de « se placer » ou de travailler la terre. Mais je gage plus encore, qu’hors des ravages de la drogue, le taux d’intelligence, d’âpreté à vivre, est et demeure le même.

Un siècle a passé. La pauvreté a changé, le monde a changé. Faisons chacun notre possible pour le changer encore et réinstaller, dans les quartiers comme ailleurs, l’idée d’un progrès, d’une ambition que nous puissions tous partager.