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« le sentiment d’être un poids »

Combien de fois ai-je entendu lors de mes permanences d’élue, dans la bouche de personnes âgées ou très âgées, lesquelles venaient dans le simple but de faire respecter leurs droits ou leur personne : « je sais, je suis vieille, je devrais être morte à mon âge.. » ; ou encore, moins radical mais tout aussi dramatique, : « je ne sers plus à rien.. » « Les vieux, ça coûte… »..

Avouons que les politiques ont quelquefois prêté la main à cette culpabilité latente. Quand le Président Nicolas Sarkozy avait encore la volonté de faire « la réforme de la dépendance », formule qui n’est déjà en elle-même pas très stimulante, on lisait ou entendait partout « la prise en charge du grand âge, c’est plusieurs milliards… ». L’abandon de la Réforme et sa justification budgétaire n’ont fait ensuite qu’alourdir le message.

L’expression « prise en charge » n’est pas non plus spécialement engageante. L’idée de vider des caisses (en l’occurrence, celle de la sécurité sociale) qu’on a pourtant contribué à remplir, ou pire encore de constituer une charge pour des enfants qu’on a bien souvent élevé au prix d’efforts et de sacrifices, est à l’origine d’une culpabilité latente pour des personnes ayant atteint un âge qu’elles ne pensaient pas atteindre, leurs parents étant le plus souvent morts plus précocément.

Le paroxysme de ce message revient au vice-premier Ministre Japonais Aso Tiro qui en 2013, invitait les vieux à tirer leur révérence avant l’heure et sous entendait qu’ils agiraient ainsi pour l’intérêt général et le bien-être collectif. Dans ce pays qui a une longue culture de la « mort volontaire » et qui connaît tout à la fois le plus fort taux mondial de suicide et la plus longue espérance de vie, on peut craindre qu’il n’ait été que trop écouté. En tout cas, ce sont aujourd’hui des campagnes de soutien aux personnes âgées et de prévention du suicide qui se développent dans le pays.

Plus récemment un autre Ministre a incité les Japonais à faire des enfants plus nombreux, ce qui n’est pas fâcheux en soi ; mais il laissait entrevoir que ceux qui auraient moins de trois enfants, ne mériteraient pas de bénéficier dans leur grand âge du soutien de la collectivité.

Nous n’en sommes pas là, ou du moins nous le pensons. Le suicide concerne en France quatre fois plus les personnes au delà de 65 ans que la population générale et le taux croit encore avec l’âge. Il s’agit presque toujours d’un suicide radical (arme à feu pour les hommes, défenestration pour les femmes) qui n’est pas un appel au secours mais bien une décision de mort. Elle se développe dans un contexte de dépression qui est bien souvent mal identifié, l’âge servant d’alibi pour expliquer le désintérêt, la tristesse et le repli sur soi, et ceci alors que les traitements peuvent âgir exactement comme ils le font dans des âges plus précoces.

Avant même que s’installe un état caractérisé de dépression, c’est à la fois le sentiment de non-utilité et l’isolement social qui servent de combustible à ce mélange de culpabilité et de renoncement qui colore en noir intense les dernières étapes de la vie. Tout l’objet de la politique de transition démographique est de contribuer à bâtir cette société inclusive où chacun aura un rôle et une place. Je n’utilise pas le terme de « société du care », qui veut dire « prendre soin » car il est trop unilatéral. L’un prend soin, l’autre bénéficie de ce soin. Une société du « share » a tellement plus de sens, y compris dans sa version française, le beau mot de « partage » impliquant que chacun donne et reçoit.

(Le titre de ce post reprend celui de l’article paru ce jour dans Libération « notre socièté donne à une partie de sa population le sentiment d’être un poids ». Saluons au passage la belle série de papiers parus sur le sujet de l’âge dans ce quotidien)
@charlottebelaich @billesocio

Un moment heureux : l’inauguration d’un EHPAD-AiRIAL

On brocarde bien souvent les inaugurations comme des moments convenus, où se précipitent les élus pour mettre en honneur leurs éminentes qualités…

Je m’inscris en faux contre cette vision. Quand on est pour tant soit peu dans la réalisation de ce que l’on inaugure, c’est un moment de fierté et de plaisir de voir ce qui n’était qu’une ambition se matérialiser après bien souvent des années de préparation et de bataille. Les Français ne savent pas assez qu’aujourd’hui plus encore qu’hier, dans un contexte de restriction financière, faire aboutir un projet demande beaucoup de conviction et plus encore d’obstination. Des heures à construire le projet, à l’argumenter, à en établir si nécessaire les plans, à solliciter toutes les administrations et les décideurs responsables… Bref un travail de longue haleine et un chemin bien souvent  « long, sablonneux, malaisé ».

J’ai partagé aujourd’hui un de ces moments heureux avec les élus du Conseil Départemental et en particulier son Président Jean-Luc Gleyze à l’occasion de l’inauguration de l’EHPAD de Captieux en Gironde. La chance m’a été donnée en 2013 de pouvoir apporter le soutien financier décisif et final avec ma réserve ministérielle, laquelle est destinée à des projets innovants ayant une utilité sociale particulière.

Un EHPAD, dans un territoire rural, a un caractère structurant pour l’emploi, le maintien du réseau local de santé et bien sûr pour la qualité de vie et la fierté des habitants dans un large rayon. Le projet de « l’airial de Biron » a créé 50 emplois, assure la pérennité de l’activité des deux médecins de Captieux (en plus du médecin coordinateur) et du pharmacien. Elle a vocation à constituer un pôle ressource en matière de vieillissement et de prévention comme l’a souligné Michel Laforcade, directeur général de l’ARS de Nouvelle Aquitaine, partenaire essentiel de l’établissement et lui-même grand visionnaire d’innovation et de l’évolution du rôle des EHPAD.

Ce landais s’est réjoui du nom « l’Airial de Biron » choisi pour l’établissement : « Airial » est le nom donné à la maison des travailleurs de la forêt et constitue un lieu de solidarité mutuelle, de partage et d’échanges, ce que la structure de l’EHPAD et sa conception favorise et facilite par de grands espaces de rencontre, des jardins, des salles à manger conçues pour réunir chacune 9 résidents comme une pièce familiale.

L’équipe soignante et accompagnante est bien sûr plus importante encore que les locaux. Mais ceux-ci sont faits aussi pour elle : élégants, fonctionnels, lumineux. Ma mère avait un principe qui malgré l’apparence était très concret : « il faut honorer le travail ». Ce qui voulait dire en pratique que l’on ne devait travailler que dans des locaux propres accueillants et bien éclairés pour donner le goût de ce que l’on fait.

Vieux principe, application résolument contemporaine dans cette belle réalisation. Bref, ce 16 juin, un moment heureux et partagé au milieu de large bandes de jachère fleurie aux mille couleurs tendres.

Merci à tous qui l’ont permis.

 

 

L’honneur de l’Europe est aujourd’hui en Espagne qui accueille l’Aquarius et ses 629 migrants dans le port de Valence. Très beau signe du nouveau premier Ministre socialiste Pedro Sanchez et de son Gouvernement.

Je n’ai pas le coeur à la polémique sur ce sujet. Mais n’y a-t-il pas aussi des ports français sur la méditerranée ? Pour n’en citer que deux, Marseille et Toulon, a-t-on un instant entendu leurs maires Jean-Claude-Gaudin et Hubert Falco ?

Mais, bien sûr, le premier à s‘exprimer aurait du être notre Gouvernement. Quelle occasion pour Gerard Collomb de tempérer des paroles très malheureuses concernant les réfugiés ! Quel signe remarquable pour le Président de la République de montrer que l’Europe n’est pas qu’un enjeu économique ?

Je n’évoque par le nouveau Gouvernement italien, qui a refusé l’accostage de l’Aquarius. Mateo Salvini a crié « victoire » après la proposition espagnole. Fâcheuse parole mais quand nous aurons accueilli le dixième du nombre de migrants ayant accosté à Lampedusa ou dans d’autres ports, nous pourrons nous exprimer sur l’évolution inquiétante de l’opinion et du vote de la Péninsule (très précisément, l’Italie a accueilli 131 300 migrants et réfugiés en 2016, la France 13 000).

Il n’y a pas de pollution plus inacceptable en méditerrannée que les 33 300 morts « emmerrés » dans ses flots que l’on imagine bleus mais qui sont à tout jamais souillés du noir de leur deuil.

 

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« Tomber pauvre », vous avez dit « tomber pauvre », M le Président ?

Dans une sorte de sketch diffusé sur les médias sociaux et sans doute pas totalement spontané, Macron inaugure l’expression « tomber pauvre ».
L’usage du mot « tomber » m’a souvent interrogée en particulier dans « tomber amoureux », comme aussi dans « tomber enceinte », deux situations qui n’évoquent pas la chute dans un état fâcheux et j’oserais dire que « monter amoureux » me paraitrait plus proche de l’état particulier où conduit le fait d’être amoureux.

« Tomber malade » est plus justifiable. Mais qu’en est-il de ce « tomber pauvre »? L’impression de descente vers un état moindre n’est-elle pas porteuse de quelque nuance freudienne, je ne dirais pas de mépris mais en tout cas tout à fait contraire aux enseignements de la bible ?
Et pour le moins, à celui qui « tombe pauvre » ne faut-il pas une main pour aider à le relever ?

Pour des droits universels de la personne âgée

Il y a presque trente ans, le 20 novembre 1989, l’Assemblée générale des Nations-Unies votait une « convention relative aux droits de l’enfant » (CIDE). Texte remarquable, qui édicte un certain nombre de droits fondamentaux spécifiques à l’enfant (moins de 18 ans) et vient compléter les droits fondamentaux de la personne humaine.

Les chiffres du vieillissement de la population mondiale font éclater au grand jour l’urgente nécessité d’un texte similaire relatif aux droits de la personne âgée.
On pense bien sûr d’abord au grand âge et à la vulnérabilité; c’est en effet sur ce critère de vulnérabilité que l’Assemblée des Nations Unies fonde la nécessité d’un droit de l’enfant complémentaire à ceux de tous les citoyens.

Combien de personnes âgées vulnérables ou fragiles aujourd’hui –et plus encore demain– dans le monde ? Et rien qui les protège, même si nous savons, à l’exemple des droits de l’enfant, que cette protection n’est que partielle et que de nombreux pays s’en exonèrent dans les faits, en particulier par le travail des enfants.

Le droit à l’Education et le droit à la santé, tous les deux financés par les Etats, constituent une des mesures majeures de la Convention des Nations Unies : est-ce que ne s’impose pas de la même manière le droit à l’accompagnement et aux soins des grands âgés ? Le sujet apparait comme une évidence et une version française de ces droits  qui peut servir de base de travail, a été rédigée en 1999 par la Fondation Nationale de Gérontologie.

Ce sont ces droits universels que j’ai porté lors d’une conférence ministérielle de l’ONU , le 20 septembre 2012. A titre individuel, j’ai été approuvée par nombre des Ministres présents, qui ajoutaient cependant qu’ils ne pouvaient prendre de position officielle, les Etats redoutant que ces « droits fondamentaux » qui deviendraient alors contraignants n’imposent de lourdes obligations financières, en particulier sur le droit à l’accueil et à l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie lourde. Il a été intéressant alors de constater que ce n’étaient pas les Etats les plus riches qui étaient les plus allant mais au contraire des Etats économiquement moins favorisés de culture latine ou africaine.

A mon retour de la conférence, j’ai saisi le Comité National Consultatif des Droits de l’homme, sur l’effectivité des droits de la personne âgée en France et son avis nous a aidé dans la préparation de la loi ASV qui comporte un chapitre « droits et libertés de la personne âgée ». Sur le plan international, le dossier n’a pas avancé, en premier lieu pour les raisons financières indiquées.

Je voudrais si fort que notre pays reprenne ce flambeau et que les Ministres @AgnesBuzyn et @JY-LeDrian s’en emparent. Je ne suis pas adepte de la flagornerie mais je pense fondamentalement que c’est un défi à leur hauteur et plus encore, à celle de la France.

Et si nous le portions aussi ensemble ?

@agnesbuzyn Jean-Yves Le Drian @eurightsagency @Tjagland @R_Bachelot @mamontchamp CNSA France Diplomatie Ministère des solidarités et de la santé