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Apprendre aux enfants à devenir parents…

Apprendre aux enfants à devenir parents… de leurs parents. C’est ma génération (née entre 1946 et 1965-70) qui a pris cette étrange réalité en pleine figure et qui est en train de la vivre. Quelques-uns l’ont déjà fait, d’autres le feront et désormais tous devront affronter cette épreuve. J’utilise le mot « épreuve » au sens de « rituel d’initiation » comme le faisaient les civilisations primitives pour l’accès à la maturité et/ou à la nuptialité.

Ma génération, celle des ex-baby-boomers, est réputée pour avoir connu une sorte d’alignement des planètes pendant les 30 glorieuses : paix avec  la fin de la 2ième guerre mondiale et celle, toute proche, de la guerre d’Algérie, prospérité économique.. On aurait cependant pu prévoir, au seul examen des courbes démographiques, que d’autres révolutions que celle de mai 68, se préparaient.

L’une d’elle sans doute la principale est celle de la longévité. Ma génération est la première a avoir vu massivement ses parents atteindre un grand âge sans que ceux-ci l’aient prévu, ni préparé, la première a n’avoir pas vécu au sein de sa famille la grande faux des guerres. Avec l’allongement de l’espérance de vie, elle a découvert combien l’on pouvait être démuni dans des conditions de vie qui n’étaient pas préparées au vieillissement.

L’allongement de la durée de vie s’est assorti de l’augmentation de fréquence de la maladie d’Alzheimer et des autres démences. Ainsi, le cerveau pouvait mourir avant le reste du corps qui, dans la génération précédente prenait presque constamment le devant : simple appendicite compliquée, maladie infectieuse, accident vasculaire, cancer que l’on n’avait pas découvert à temps, tous ces fléaux et moindre capacité à les soigner, faisaient le sale boulot : on mourrait dans la majorité des cas avant d’avoir atteint le grand âge et la pire de ses fragilités : « n’avoir plus toute sa tête », comme on disait autrefois.

Aujourd’hui, nous sommes sans doute quelques millions à avoir vécu ou à vivre l’accompagnement de nos parents dans des situations imprévues par eux comme par nous et à devoir nous comporter envers eux comme si nous en étions les parents, avec la responsabilité que cela suppose mais aussi l’effet miroir qui aujourd’hui est presque une constante de cet accompagnement : c’est ainsi que nous serons nous-mêmes demain.

Dans les trois premiers quarts du siècle dernier, nombreux sont les enfants qui ont aidé leurs parents : ceux-ci ne recevaient pas de retraite, vivaient dans des conditions rustiques (bien souvent en milieu rural). Ces enfants, comme on disait « avaient réussi » et le transfert financier s’effectuait en direction des anciens.

Ma génération a inversé le flux ou du moins a cru ou croit le faire : elle aide largement enfants et petits enfants à faire leurs études et à « s’installer dans la vie ». Oui, mais.. Elle affronte tardivement la responsabilité d’accompagner ses parents dans le très grand âge et.. de préparer pour soi-même ce très grand âge dans des circonstances très différentes d’autrefois.

Ces circonstances différentes sont multiples : l’évolution des familles, décomposées, recomposées, géographiquement éparpillées, professionnellement plus engagées en ce qui concerne les femmes. La plus concrète concerne le logement. De dimension réduite en particulier dans les villes qui sont sommées de se « densifier », plus cher, plus difficile d’accès pour beaucoup, et où il est difficile d’accueillir un vieux parent quand bien même on le voudrait, quand bien même l’activité professionnelle des différents membres, et en particulier celle des femmes, le rendrait possible.

Cette expérience nouvelle, les boomers et ceux qui leur succèdent, avec ce qu’elle suppose de nécessaire anticipation pour eux-mêmes, est sans aucun doute une « révolution » beaucoup plus grande que celle de mai 68. Cette « révolution de l’âge », à la fois merveilleuse (une troisième vie leur est offerte) et terrible (l’obligatoire prise de conscience que cette troisième vie est une pente descendante dont il faut penser et préparer chaque marche) est sans doute ce qui marquera cette génération qui est la mienne, bien plus que tout autre événement. Nous étions, ces années-là, en moyenne 800 000 à naître chaque année, nous sommes aujourd’hui 15 à 20 millions à l’affronter.

 

 

 

Beaux discours ne font pas bonne soupe

Lors du Conseil du 16 février 2018 de @bxmetro, a été présentée une délibération pour la candidature de la métropole de Bordeaux à l’opération nationale « logement d’abord ». Très belle ambition : permettre aux SDF et personnes très vulnérables d’accéder à un logement stable, comme c’est le cas dans les pays du nord.
Notre candidature, unanimement votée, est faite en partenariat avec le conseil départemental de la Gironde. On se doute que cette belle ambition ne se réalise pas en claquant dans les doigts dans les difficultés actuelles de logement. J’ai souligné en effet que l’amputation du budget investissement des bailleurs sociaux, suite à l' »externalisation de la baisse des APL, et d’autre part la menace de réduction de l’obligation des communes d’atteindre 25% de logements sociaux en 2025, ne témoigne pas d’une politique nationale très porteuse..
Mais l’effort mérite d’être porté. Ce sera sous la direction du vice Président au logement Jean Touzeau. Nous détaillant l’appel d’offres, il a précisé que le budget total pour les 14 régions qui seraient retenues n’était que de dix millions.
Il a conclu laconiquement « Beau discours ne fait pas bonne soupe… »
Emmanuel Macron le pardonnera, car la citation est de Molière dans « les précieuses ridicules » (sa forme exacte, moins percutante mais tout aussi juste est « je ne me nourris pas de beau discours, mais de bonne soupe »).

Pour mémoire et cette fois sans citation, je précise vilainement que cette année nous avons accordé 100 millions supplémentaires aux buralistes pour l’adaptation de leurs bureaux de tabac..

Département de la Gironde Ville de Lormont Bordeaux MétropoleEmmanuelle Ajon

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Logement social : c’est pas comme si…

C’est pas comme si les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres, en France comme dans tant de pays, ne cessaient d’augmenter. Pas comme si, la question du logement n’avait jamais été aussi déterminante parmi les facteurs de santé sociale d’un territoire. Pas comme si la ghettoïsation, urbaine mais aussi et de plus en plus entre urbain, suburbain et rural, ne devenait chaque jour plus prégnante et politiquement plus dangereuse. C’est pas comme si, la ghettoïsation sociale ET DONC scolaire ne montaient pas dangereusement comme le niveau des fleuves par gros temps..

C’est pas comme si, tout cela ne nourrissait pas un grondement lourd, montant des fonds marins avant un tsunami… Ni comme si le logement n’était pas la première clef à faire jouer pour les générations actuelles comme pour les futures.

Eh bien, justement, ça ne doit pas être comme si, c’est nous qui nous trompons. Le Gouvernement, après avoir choisi de présenter la facture de la baisse des APL au secteur du logement social, ce qui signifie réduire sa capacité d’investissement (construction et  réhabilitation), veut assouplir l’article 55 de loi SRU fixant aux communes l’objectif d’atteindre un taux de 25% de logement social en 2025. Juste au passage, cet objectif n’est en aucun domaine inatteignable, la ville de Paris -la plus contrainte de France en terme de foncier- ayant doublé son taux de logement social en 10 ans (20% aujourd’hui), temps pendant lequel Bordeaux ne progressait que de 2 points.

Dés le mois de décembre 2017, la loi a commencé d’être écornée par une liste d’exemptions. Mais la « conférence (dite) de consensus » qui vient de s’achever sous la direction du Ministre Jacques Mézard a plus d’un tour dans son sac et accumule les propositions : repousser le délai d’ici à 2025 , intégrer dans le calcul du quota des logements de fonction qui n’en sont pas (comme par exemple, le logement des militaires à Versailles) ou y conserver pendant 10 ans les logements sociaux qui ont fait l’objet d’une cession.

A la manoeuvre, au sein de l’Association des Maires de France, nombre de municipalités de droite mais aussi des tenants de la construction de logements intermédiaires aux loyers bien supérieurs à ceux du logement social.

A suivre de très près… Ce deuxième coup porté au logement social aurait des conséquences très lourdes pour tous ceux pour qui maintenir et développer l’objectif de mixité sociale constitue la base de l’équilibre de notre société. Imaginons Paris (ou Bordeaux demain) sans logement social : plus d’infirmières, de postiers, d’employés de restaurants.. pour y habiter…

Juste l’entre-soi et les touristes, que des flopées de trains et de métros de banlieue tenteraient de faire survivre.

 

Tabac : l’urgence de la possibilité de l’action de groupe

Ententes illicites sur les prix, tromperies sur la teneur en goudrons et en nicotine des cigarettes, absence de tout avertissement sur le risque d’addiction…  Quand le couperet de l’action de groupe s’abattra-t-il sur les méfaits des cigarettiers ?

J’ai soutenu cette possibilité d’action de groupe pour les victimes du tabac à plusieurs reprises à l’Assemblée, quelquefois écoutée d’une oreille attentive mais, au final, toujours avec la même réponse : en droit français, c’est trop difficile, cela créerait des difficultés et bla et bla..
Difficile c’est vrai, j’ai consulté des juristes-experts* , ils ont vu là des obstacles à écarter, mais justement la loi est faite pour cela. C’est bien la volonté qui manque.

Aux Etats-Unis et au Canada, les « class actions » ont amené à des amendes de plusieurs milliards pour l’industrie du tabac. C’est à partir de ces chiffres que les cigarettiers commencent à regarder, au-dessous les profits l’emportent de beaucoup. Même outre-Atlantique, les procédures sont longues, souvent des années, mais le résultat est là : les pays anglo-saxons sont très en avance sur nous dans la lutte contre le tabagisme.

Le dernier scandale qui vient d’être porté au jour en France par une plainte du @CNCT , celui de la tromperie sur la teneur réelle en goudrons et nicotine, a été révélé en réalité par les cigarettiers eux-mêmes : une marque en a accusé une autre de mensonge sur les capacités de ses filtres. Sauf que.. Le mensonge était général et que les tests, effectués par des « machines-fumeuses »,  se sont révélés truqués puisqu’ils ne rendaient compte que de la capacité des filtres à réduire la teneur absorbée au travers de dispositifs n’exerçant  aucune pression sur la cigarette, comme le font les lèvres et les doigts. Résultat : vous croyez fumer un paquet, vous en fumez dix..  La tromperie relève de la même logique que celle du « dieselgate ».

Espérons que les conséquences seront au minimum les mêmes : de considérables amendes et, plus encore, une dévalorisation de l’industrie du tabac capable d’amener à des politiques coordonnées entre les pays et, en particulier, à la reconnaissance pour les victimes du tabac d’en appeler au secours de la justice.

 

*en particulier Pierre Kopp, juriste et expert international, qui est l’avocat du @cnct (Comité National contre le Tabac) dans la plaine en cours

 

Humour et politique

Quelle différence révélatrice entre deux personnalités saisies dans des circonstances identiques, en l’occurrence Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ! Le premier, fendant une foule, reçoit un tonitruant « connard ! » en pleine figure : il s’avance vers le malotru, lui tend la main, en disant simplement : « Moi, c’est Chirac ! », mettant pour toujours les rieurs de son côté.

Le second en face du même grincheux, lui lance un « casse toi, pov’ con! » qui le suivra tout au long de sa vie politique et ne plaidera ni pour son caractère, ni pour la grandeur de la fonction présidentielle.

Cette double anecdote dit bien ce que peut être le rôle de l’humour en politique. Un trait d’esprit spontané peut renverser une situation ou illuminer un discours. Encore faut-il qu’il soit justement naturel et en accord avec la personnalité et non le fruit des propositions d’un « gag man » lors de la préparation des célèbres débats médiatiques où presque tout est calculé.

Voilà, ce dont il était question ce 8 février, lors des rencontres de sciences po Bordeaux, devant un parterre bien garni d’élèves mais aussi d’un public curieux de ce ménage à risque entre plaisanterie et politique. François Hollande, dont une partie du charme de premier secrétaire du Parti Socialiste puis de candidat, tenait à ses bons mots, capables d’établir un lien avec les plus récalcitrants, a souffert dans sa fonction présidentielle de l’aura qu’il s’était faite de « Monsieur petite blague ». Personne n’attend d’un personnage en haute responsabilité qu’il plaisante à toute occasion. L’actuel conseiller politique du Premier Ministre, Gilles Boyer, a ainsi donné l’exemple d’André Santini, célèbre pour son esprit ravageur, dont on finissait pas ne plus jamais attendre une prise de position réfléchie ou des décisions fermement posées.

Mais qu’en est-il des femmes politiques ? Seule représentante sur la scène de cette honorable espèce, je crois pouvoir témoigner qu’elles sont plus que les hommes encore en délicatesse avec ce talent particulier qu’est l’humour. Les hommes politiques considèrent volontiers qu’il s’agit d’un domaine qui leur est réservé et on les gausse plus aisément qu’un homme dans le même exercice. Ségolène Royal avait été beaucoup moquée en affirmant « que celui qui se tient en haut de la muraille de Chine acquiert la bravitude ». Le même mot dans la bouche d’Emmanuel Macron aurait été considéré comme une recherche de langage, témoignant d’une grande culture et d’une fine connaissance à la fois de la négritude d’Aimé Césaire et de l’importance des suffixes dans la juste construction des mots.

Peu de femmes en effet, sinon pas, se sont illustrées par leur humour. Roselyne Bachelot fait partiellement exception par sa jovialité et son goût pour des histoires -quelquefois un peu lestes- sur le monde politique. Christiane Taubira, notre meilleure tribun, a le goût du lyrisme, de la poésie et de la culture, elle ne manie pas l’humour. Je ne dirai rien de Michèle Alliot Marie, Martine Aubry ou Angela Merkel qu’on n’a jamais vu ni rire, ni faire rire…

Faut-il pour autant s’en priver ? Je ne le crois pas : l’humour fait trop de bien à celui (celle)-là même qui le manie, lui permet une respiration, une prise de distance et une dérision quelquefois salvatrice. Question qui m’a été posée : peut-on faire avancer un message politique par l’humour ?

Eh bien, j’ai essayé. Par deux fois, voire un peu plus. La première pour obtenir que mon Ministère ne conserve pas le nom de « Ministère des personnes âgées et de la dépendance » qui me semblait assez peu attrayant, voire sexy. Je me suis adressée (très respectueusement) à Jean Marc Ayrault en lui demandant s’il imposerait à Marisol Touraine le nom de « Ministre de la Maladie » et à Michel Sapin celui de « Ministre du chômage » au lieu de Ministre du travail. Le sourire l’a emporté et je suis devenue « Ministre des personnes âgées et de l’Autonomie ».

Deuxième message, porté de manière au moins partiellement réussie. Comme Ministre encore, je voulais à tout prix sortir le sujet de l’âge du compassionnel (« nos » anciens…) et montrer que les âgés n’étaient plus ceux d’il y a cinquante ans, ne serait-ce que parce qu’arrivaient dans le champ de l’âge, les ex-baby boomers, lesquels avaient depuis mai 68 acquis une culture d’émancipation et une farouche volonté d’autonomie. Nous avons fait un colloque au ministères sur le sujet … et nous avions pris le risque de l’intituler « Sous les pavés, l’EHPAD » .  Quatre mots, qui ont frappé et que je vois encore repris, pour dire une réalité qui est presque une révolution..