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Pour des droits universels de la personne âgée

Il y a presque trente ans, le 20 novembre 1989, l’Assemblée générale des Nations-Unies votait une « convention relative aux droits de l’enfant » (CIDE). Texte remarquable, qui édicte un certain nombre de droits fondamentaux spécifiques à l’enfant (moins de 18 ans) et vient compléter les droits fondamentaux de la personne humaine.

Les chiffres du vieillissement de la population mondiale font éclater au grand jour l’urgente nécessité d’un texte similaire relatif aux droits de la personne âgée.
On pense bien sûr d’abord au grand âge et à la vulnérabilité; c’est en effet sur ce critère de vulnérabilité que l’Assemblée des Nations Unies fonde la nécessité d’un droit de l’enfant complémentaire à ceux de tous les citoyens.

Combien de personnes âgées vulnérables ou fragiles aujourd’hui –et plus encore demain– dans le monde ? Et rien qui les protège, même si nous savons, à l’exemple des droits de l’enfant, que cette protection n’est que partielle et que de nombreux pays s’en exonèrent dans les faits, en particulier par le travail des enfants.

Le droit à l’Education et le droit à la santé, tous les deux financés par les Etats, constituent une des mesures majeures de la Convention des Nations Unies : est-ce que ne s’impose pas de la même manière le droit à l’accompagnement et aux soins des grands âgés ? Le sujet apparait comme une évidence et une version française de ces droits  qui peut servir de base de travail, a été rédigée en 1999 par la Fondation Nationale de Gérontologie.

Ce sont ces droits universels que j’ai porté lors d’une conférence ministérielle de l’ONU , le 20 septembre 2012. A titre individuel, j’ai été approuvée par nombre des Ministres présents, qui ajoutaient cependant qu’ils ne pouvaient prendre de position officielle, les Etats redoutant que ces « droits fondamentaux » qui deviendraient alors contraignants n’imposent de lourdes obligations financières, en particulier sur le droit à l’accueil et à l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie lourde. Il a été intéressant alors de constater que ce n’étaient pas les Etats les plus riches qui étaient les plus allant mais au contraire des Etats économiquement moins favorisés de culture latine ou africaine.

A mon retour de la conférence, j’ai saisi le Comité National Consultatif des Droits de l’homme, sur l’effectivité des droits de la personne âgée en France et son avis nous a aidé dans la préparation de la loi ASV qui comporte un chapitre « droits et libertés de la personne âgée ». Sur le plan international, le dossier n’a pas avancé, en premier lieu pour les raisons financières indiquées.

Je voudrais si fort que notre pays reprenne ce flambeau et que les Ministres @AgnesBuzyn et @JY-LeDrian s’en emparent. Je ne suis pas adepte de la flagornerie mais je pense fondamentalement que c’est un défi à leur hauteur et plus encore, à celle de la France.

Et si nous le portions aussi ensemble ?

@agnesbuzyn Jean-Yves Le Drian @eurightsagency @Tjagland @R_Bachelot @mamontchamp CNSA France Diplomatie Ministère des solidarités et de la santé

Régler les pendules à l’heure de la longévité

Le groupe AÉSIO vient de publier un sondage qui montre le retard de la prise en compte de la longévité dans les mentalités. La question est « A quel âge est-on considéré comme âgé dans la vie en France ?
Trois différentes réponses :
-dans la vie professionnelle, à 57 ans.
-dans la vie en socièté, à 64 ans.
-dans la vie personnelle, à 68 ans

Laquelle de ces réponses est la plus décalée ? Sans doute, la première, au regard de l’âge de la retraite mais surtout de l’emploi des seniors. L’épidémie de départs anticipés qui a été largement favorisée il y a une dizaine d’années a radicalement dégradé l’image du senior en emploi. S’il peut partir plusieurs années avant l’âge légal, c’est donc qu’il est moins utile et moins productif. Deux conséquences gravissimes : plus propositions de formation, ni plus de promotions après 55 ans. La France tient de ce point du vue un rang catastrophique parmi les pays européens.
Deuxième conséquence : ce senior dévalorisé est plus qu’un autre absentéiste, y compris dans les métiers sans pénibilité physique ce qui ne fait qu’aggraver la boucle de dévalorisation.

Agé dans la socièté ? A 64 ans, au contraire, les sexagénaires constituent le pivot de notre cohésion sociale dans les associations, les municipalités, les partis politiques et bien sûr les familles, quand ils ne sont pas toujours en activité et heureux de l’être.

Dans la vie personnelle ? Les réponses sont là bien sûr plus individuelles. Mais j’invite les sexagénaires avant de se découvrir âgés à comparer leur état physique, leur capacité à se déplacer, à voir, à entendre.. à ceux de leurs parents et grands parents.

Mais c’est bien sûr la longévité qui doit retarder les pendules. Peut-on être considéré comme âgé au travail quand on a EN MOYENNE 35 ans d’espérance de vie ?

Même chose pour l’âge dans la socièté : à 64 ans est-on décidément un « géronte », bon pour le « retrait », non seulement du travail, mais de la participation à la socièté et à sa construction. Examinez l’âge de personnalités politiques, artistiques, scientifiques.. que vous jugez comme utiles et productives, vous serez sans doute surpris ..

Il est sans doute plus difficile de statuer sur l’âge dans la vie personnelle et l’on ne peut s’exprimer que pour soi et si je propose à chacun de répondre pour lui-même, je le fais aussi, simplement. Si une de mes pattes arrières me fait dire « Aië ! » plus qu’à mon goût, je peux la réparer, changer des pièces et améliorer la situation. Pour le reste, je suis « âgée » mais simplement comme on est « jeune ». Je ne considère ni mon conscrit @JY_LeDrian , ni moi-même comme une « personne âgée » et j’ai détesté le nom de mon ministère « aux personnes âgées » tellement celles-ci ne sont qu’une partie du champ que nous a ouvert la transition démographique.

Quand la prothèse de hanche remplace les pavés et la plage

La prothèse de hanche en passe de devenir l’intervention fétiche des ex-baby-boomers ? Où qu’on aille, y compris au delà de nos frontières, c’est l’opération tendance à laquelle il est difficile de ne pas céder. Déjà, plus de 140 000 par an en France, 400 000 aux Etats Unis alors même que les plus précoces des boomers n’ont que 70 ans ! Que sera-ce dans dix ans quand ils seront dix millions de plus à avoir atteint cet âge ?

Pour la Socialo que je suis, c’est un vrai sujet de satisfaction. Voilà au moins une mode qui respecte complètement l’équité sociale comme l’égalité entre les sexes. Chefs d’Etat ou cheminots (..), laboureurs et patureurs, business women comme pétroleuses, si « tous ne meurent point, tous sont frappés » .. Et cerise sur le gateau (et quelle belle cerise !) 100% remboursée à tous.

Ce ton léger pour parler joyeusement d’une des clefs de la réussite de la transition démographique : le progrès médical qui fait d’interventions et de traitements impensables il y a 50 ans, des actes presque routiniers et à la portée de tous, sans assurances spéciales comme aux USA, sans discrimination d’aucune sorte. Mesurons notre chance, mais aussi notre responsabilité de la sauvegarder et de mettre à profit ces progrès en les transformant en activité et en utilité.

Et un clin d’oeil (un peu tardif) à l’écrivain Colette : si elle avait pu en bénéficier, elle qui fut aussi vedette de music hall grâce à son incroyable souplesse, aurait vu sa soixantaine (et au delà) transformée, au lieu de la vivre confinée dans son appartement du palais royal. Juste pour dire que les progrès médicaux sont aussi de formidables vecteurs de changement de socièté.

 débat en cours sur ma PAGE Facebook, dédiée aux multiples questions posées par la transition démographique https://www.facebook.com/michele.delaunay/posts/1782938448493788

« Âgée », comme les jeunes sont « jeunes »

Je suis « âgée », comme les jeunes sont « jeunes ». Ni plus, ni moins. Ni « personne âgée » qui évoque derechef la marche hésitante et la fragilité du cerveau. Croisant le Maire de Bordeaux, auriez-vous l’idée de dire « ah, tiens, j’ai rencontré une personne âgée ». La réponse est évidemment « non » et j’espère qu’il en serait de même pour Jean-Yves le Drian, Dany Cohn-Bendit, et .. pour moi : nous sommes, tous les 4, « conscrits » .

« Âgés », donc, pas « anciens », pas même « seniors », pas non plus « vieux ». Moins encore, si ces termes sont agrémentés d’un détestable pronom possessif « nos anciens », ou pire encore de quelque qualificatif du genre « les petits vieux ». « Âgé » dans sa simplicité dit l’exacte vérité et constitue l’exact contraire de « jeune ». Âgée, je suis, âgée je reste, juste au jour où j’accéderai au grand âge et où je l’avoue, je préfèrerai « grand âgée » à « petite vieille ».

Sans importance le vocabulaire ? Tout au contraire, il est la base de tout, de l’image que l’on se fait et qu’on donne de l’âge. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », et j’ajouterais : simplement. Dire les choses dans leur vérité nue, sans s’emberlificoter de formules, toujours aussi maladroites que délétères, démontre d’une gène, voire d’une incapacité à concevoir. C’est en partie ce qui explique la difficulté des hommes politiques à parler de l’âge et du vieillissement de la population, comme de tout ce qui concerne la transition démographique. Je dis bien « les hommes politiques » : les femmes du même métal sont beaucoup plus à l’aise, ne serait-ce que pour dire, et même affirmer, leur âge.

Mais justement que penser des mots « vieillir » et « vieillissement » ? Qu’ils sont porteurs d’une nuance d’amoindrissement et de limitation. Il nous manque un verbe qui existe en anglais (to age, qui donne par exemple « active ageing »). La traduction la plus proche en français est « avancer en âge », qui n’a pas cette jolie simplicité de son équivalent anglais. « Vieillir », c’est un peu comme « diminuer en âge » et si cela peut être juste (« elle a beaucoup vieilli »), ce n’est pas obligatoire : les années peuvent s’empiler sans régression justifiant d’être contenue dans le mot.

Cette semaine est celle de « la langue française et de la francophonie ». Profitons-en pour essayer de gagner la bataille du langage de l’âge, ce qui permettra de libérer la parole de tous ceux qui ne savent pas se débrouiller du sujet (médias, élus ..) . Et, autre exemple, renonçons pour toujours à l’horrible expression de « maintien à domicile » qui fait froid dans le dos pour la remplacer par « soutien à domicile » qui, lui, est bien souvent nécessaire et légitime…

Libérer et surtout entendre la parole des Âgés

La journée de mobilisation des retraités du 15 mars 2018 et, parallèlement, celle du personnel des EHPAD, marque le début de l’ « empowerment » des Âgés qui ne se sont pas exprimés seulement pour leur pouvoir d’achat, mais pour manifester leur place et leur rôle dans la société. Ce sujet n’est pas facile à exprimer en slogans, mais leur nombre, le défi qui leur faisait crier dans les cortèges « Macron, t’es foutu, tous les vieux sont dans la rue » veut dire exactement cela.

Emmanuel Macron, auprès duquel je m’étais exprimée en ce sens lors d’un long entretien alors qu’il était encore conseiller de François Hollande, l’a aujourd’hui parfaitement perçu. La hausse de la CSG des retraités « aisés », la fixation très choquante du seuil de cette aisance à 1200 euros mensuels, l’absence de fléchage de cette contribution en faveur d’un plan grand âge/EHPAD, sont des erreurs majeures qu’il a cherché à expliquer lors d’une sorte de « spot télévisé » en face d’une retraitée qui lui posait opportunément la question du « pourquoi ». Les députés LREM eux-mêmes s’inquiètent, prenant conscience du poids politique considérable que représentent ces âgés (16 millions de votants fidèles sur 46 millions d’inscrits sur les listes électorales). Le mal est fait : espérons que pour y remédier, une plus grande latitude financière sera donnée à la Ministre Agnès Buzyn pour ses réformes dans le champ de la perte d’autonomie.

Mais revenons à cet « empowerment ». Après celui des femmes, celui des 25 % de Français âgés. J’utilise toujours avec réserve le terme de « retraités », d’abord parce que tous ne le sont pas, mais surtout par ce qu’il suppose de « mise en retrait », ce qui est l’inverse de la réalité pour la génération qui est la mienne. Ces « plus de 60 » sont la colonne vertébrale de notre cohésion sociale et ils veulent participer de ce « nouveau monde » dont la longévité constitue un élément essentiel. Les Etats-Unis le comprennent aujourd’hui, qui embauchent aujourd’hui les « seniors » comme consultants, conseillers, directeurs associés, dans leurs entreprises.

Avouons-le : cette journée de prise de conscience, par le gouvernement et par eux-mêmes, de la force des âgés, a ravivé pour moi l’immense regret de n’avoir pu réaliser l’acte II de la loi d’adaptation au vieillissement, que voulait Jean-Marc Ayrault, que voulait retarder au maximum la Ministre de la santé d’alors. L’acte I est centré sur le domicile, l’acte II devait l’être sur le grand âge et les établissements. Coûteux certes, il eût pu constituer le totem social du quinquennat de François Hollande. Toujours annoncé, toujours attendu, toujours repoussé, on mesure aujourd’hui son urgence et son exigence. Je le dis simplement : soutenons l’actuelle Ministre pour qu’elle puisse y parvenir.

J’ai déjà évoqué des pistes pour ce plan grand-âge et j’y reviendrai. C’est du devoir de ma génération d’y contribuer : son nombre, sa culture d’autonomie et d’émancipation, lui impose aujourd’hui de concevoir la « révolution de l’âge » que trop de politiques s’obstinent à ne pas voir, à la fois par crainte pour eux-mêmes et parce qu’elle ne peut se faire sans une profonde remise en perspective de notre modèle social.

Voir aussi : revoir le modèle des EHPAD