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A François Fillon

Monsieur Fillon,

longtemps, j’ai cru que vous étiez un adversaire honorable -dirais-je même : un concurrent honorable car je n’aime pas en politique le vocabulaire guerrier- mais je ne le crois plus. Avoir utilisé votre épouse, dont nul ne sait si elle avait pleine connaissance de vos agissements, vos enfants qui ont dû, après avoir profité des largesses de l’Etat, rembourser le coût de leur mariage ; avoir accepté qu’un quidam vous offre des costumes quand je n’accepterais de mon époux, et de personne d’autre, qu’il m’offre autre chose qu’un présent pour lequel nous aurions « flashé » ensemble, tout cela m’impose aujourd’hui de m’exprimer afin que la Présidence de notre République  ne risque en aucun cas de vous être confiée.

Je crois en l’honneur, vertu, ou plutôt idéal, que vous avez revendiqué au nom du Général de Gaulle. Et si je ne crois ni en l’homme providentiel, ni en l’infaillibilité, qu’elle soit pontificale ou républicaine, je crois en l’homme et aux vertus cardinales que l’on doit exiger de celui qui sera appelé à diriger et à représenter la France : courage, probité, liberté de toutes influences corruptrices, exigence pour soi-même, fraternité et sentiment d’égalité envers ceux  à la destinée desquels il a mission de présider.

Pour cela, et à la veille d’un scrutin qui engagera l’avenir de notre pays, je mettrai ce que j’ai de force, ce que je possède de mots, ce que je pourrai faire entendre de paroles, à refuser que vous soyez le seul choix qui  soit offert aux Français à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle pour rejeter l’anti-France absolue portée par le Front National et sa candidate.

 

« Macron ne se mouille pas »

C’est en ma qualité de correspondante* de @le_gofira que j’étais ce matin dès la première heure au pied du pont de Kehl** où Emmanuel Macron avait convoqué la presse européenne.

Temps frisquet, courtes bourrasques de pluie, l’emblématique fleuve européen qu’est le Rhin agité de soubresauts et de courants contraires, dessinait un long ruban soucieux. Une demi-heure d’attente et de conciliabules interrogatifs entre les journalistes ; premiers clichés, quelques essais de sons et d’éclairage. La voiture du candidat arrive, se gare et celui-ci descend posément, se tourne vers la presse, serre quelques mains, sourit sous les flashes des photographes, avant de tourner les talons pour résolument s’engager vers le fleuve. Un étrange silence s’installe. Sur l’autre berge, on devine un deuxième attroupement, des micros, des caméras, des camions porteurs d’antennes. Une sorte d’interrogation générale s’étend comme une brume sur les eaux grises de ce prime matin.

Et c’est dans le silence que Macron s’avance. Un pas, puis l’autre, sur les eaux, sans détourner le regard, ni accorder à quiconque le moindre signe.

Il marche, marche encore, et arrivé à mi-distance des deux rives, hésite un instant entre amont et aval de ce fleuve lourd d’histoire… Puis brusquement fait demi-tour, rejoignant la rive française où l’attendent micros et caméras. Sans un mot, mais rayonnant toujours de son légendaire sourire, il remonte dans sa voiture et repart.

C’est en exclusivité et avant toute publication que je suis dès maintenant en mesure de rendre compte des premiers commentaires politiques de mes confrères.

BFMTV : « Sous le pont de l’Europe**, Macron fait demi-tour et rate son rendez-vous avec l’Histoire » . Fillon, la minute d’après, enfonce le trait : « Imagine-t-on le Général de Gaulle s’arrêter à mi-chemin ? » .

Objectif, le correspondant du @monde.fr  en Allemagne s’interroge sur la signification de ce moment inhabituel et la position variable du SPD  « Venait-il saluer Martin Schulz ou la chancelière ? . Réponse de la Frankfurter « Macron bat en retrait avant même de mettre le pied en Allemagne ».

L’Humanité n’y va pas par quatre chemins en titrant sous une image de l’événement : « A quand la noyade ? » . Un éditorialiste ajoute « Macron marche sur des eaux troubles qui l’emporteront dès le premier tour« .

En référence à l’instant d’hésitation du marcheur entre amont et aval , Europe1 dégaine « Entre Baltique et  méditerranée, il va devoir choisir ! « . 

« La Croix » donne la parole au Cardinal Jean Vingt-Quatre : « Nul ne saurait ignorer l’allusion biblique de ce cette marche sur l’eau« .  Marine Le Pen met quant à elle un point final à tout débat sur la laïcité de cet étrange moment avec un magistral : « Nous, au moins, on sait nager.. »

Quant au « Point », le magazine,  fait sa couverture d’un gigantesque « Une fois encoreMacron ne se mouille pas »,  surimposé au visage du candidat.

La parole politique se lit et s’interprète à la guise de qui la reçoit. Qu’en est-il alors du silence …

 

*emploi fictif à salaire qui l’est aussi.. ** le pont de Kehl, entre Strasbourg et la rive allemande du Rhin s’appelle aussi « pont de l’Europe »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Eric de Montgolfier

Monsieur le Procureur,

C’était un honneur pour nous tous de vous rencontrer et de vous écouter hier à Bordeaux. Un honneur et un plaisir particulier pour moi de vous accueillir dans ma circonscription comme c’est l’usage d’une République que tous nous voulons exemplaires.

Je ne partage pas totalement à titre personnel votre rejet de la possibilité d’inéligibilité en cas de faute avérée d’un élu, mais votre point de vue m’a permis de regarder autrement la question et je vous en remercie. Comme vous et selon votre formule, je suis convaincue qu’ « en démocratie, le soupçon, c’est le pire » et qu’il peut être spécialement dramatique à l’encontre d’un Président en exercice.

Je voudrais éclairer ma position concernant l’exemplarité de la République. Elle concerne bien évidemment en premier lieu ceux qui se sont portés candidats à y assumer des responsabilités. Pour cette raison, j’ai été totalement favorable à la publication des patrimoines et à la dénonciation de tout conflit d’intérêt. Concernant le premier point, un des rares où nous ayons été très légèrement consultés en 2012, alors que je venais d’être nommée Ministre déléguée, j’y avais souscrit sans réserve mais avec une remarque « les Français s’y intéresseront le premier jour, puis oublieront et ne le porteront pas à notre crédit ». Ce fut le cas. La question du bilan du quinquennat et de la nécessité de le porter ou non était hors de mon champ de vision, comme vous l’avez un instant cru.

Lorsque j’ai évoqué le sujet, vous avez répondu « Vous avez été nombreux à être contre ». Je ne pense pas un seul instant que vous puissiez avoir été prévenu à mon endroit, mais je tiens à ce que, ni vous même, ni le public n’ait le moindre doute sur mon attitude d’alors, comme sur mon exigence d’exemplarité.

Un point qui m’est important est l’appel à l’exemplarité, plus justement à l’honnêteté et à la probité du Peuple lui même. Une personne du public vous a d’ailleurs interrogé sur l’enseignement des valeurs, la nécessité d’apprendre aux jeunes à distinguer le bien du mal. A cela aussi, je souscris.

Il est important de poser les problèmes avec hauteur, mais vous en conviendrez j’en suis sûre, il est important pour un élu qui se présente de nouveau au suffrage, que « le soupçon » n’entrave d’aucune façon ses paroles et son action.

Soyez assuré, Monsieur le Procureur, de mon respect et de mon admiration dans chacune des phases de votre carrière de magistrat. Bordeaux, comme moi même, aura toujours honneur et intérêt à vous recevoir.  MD

 

 

Le travail, une valeur de gauche

Beau et surtout très, très intéressant discours de Benoît Hamon à Bercy devant 15000 personnes. Changement de ton et magistral retour aux valeurs fondatrices de la gauche, en lettres majuscules. La GAUCHE historique, fondamentale, essentielle et qui, en effet,  fait toujours « battre le coeur ».

C’est un champ souvent évoqué dans ce blog, qui me retient une fois encore : la place et la valeur du travail. Ce champ est à ce point fondateur de la gauche que j’ai été gravement troublée de le voir jusque-là trop absent ou malmené dans la campagne de Benoît. Oubliées aujourd’hui, ou en tout cas non mentionnées, les phrases-clefs des Primaires :  « Notre rapport au travail doit changer », « le travail ne doit plus être au centre de la société », « qui n’est pas heureux dans son travail doit pouvoir arrêter bénéficier d’un revenu » .. (Je cite non littéralement, mais sans changer le sens) . Exit aussi, le fait que le travail doive inéluctablement se raréfier, voire disparaître, et en tout cas ne plus fonder notre rapport au réel. Il va changer, plus radicalement encore qu’on ne le croit, avec un retour majeur du travail non substituable par la technique quand nous serons demain près de 10 milliards de terriens, mais il demeurera à la base de notre place dans la société et de nos liens sociaux sous peine de basculer dans une socièté façon « le meilleur des mondes ».

J’ai entendu aujourd’hui dans le discours de Bercy : « Comme vous, je crois à l’effort, comme vous je crois au travail ». Et dans une phrase que je ne sais plus citer exactement, un salut sans réserve au rôle émancipateur du travail. Merci Benoit. Merci pour la petite fille dont tu as parlé et qui demain sera peut-être à ta place à Bercy, candidate comme toi à la Présidence de notre République ; merci pour les milliers de jeunes qui t’entouraient, merci pour tes parents (et en particulier ta maman, ce que toi seul comprendras..) qui ont travaillé, peiné, pour que tu sois ce que tu es. Merci tout court : mes grands parents et mes parents étaient, en tous points, semblables.

Et bravo pour tout ce discours. Pour ces accents de tribun, pour cet incroyable effort de concentration que suppose un tel exercice. Ne le négligeons jamais : ceux qui s’y appliquent n’ont pas « de la mémoire » mais de la volonté et une exceptionnelle capacité de travail. Toutes les cases susceptibles de rassembler la GAUCHE en lettres majuscules, celle que j’évoquais tout à l’heure, tu les as marquées et personne d’entre nous ne peut y être insensible. Oui, mon coeur a battu. Et c’est avec le coeur, mais aussi avec les mains de l’artisan, les pieds du marcheur et le réalisme du père de famille gérant un budget, que nous devons construire dans une Europe que, toi comme moi, nous aimons et à laquelle nous voulons appartenir pleinement.

 

Les nouveaux apostats

Lors du dernier Conseil de Métropole, alors que je saluais l’engagement de Benoît Hamon pour le sport comme outil de santé publique, Alain Juppé m’a narquoisement répondu: « Eh bien, les nouveaux convertis sont une fois encore les plus zélés.. ».

La formule est bien connue, mais qu’en est-il des nouveaux apostats ? Ceux qui, plus ou moins patauds, reprennent le train pour Bordeaux (c’est une image) et après avoir déserté Juppé, pour certains dès le lendemain, viennent à Canossa ?

Qu’en est-il de Juppé lui-même, qui, le jour d’après l’article du « canard enchainé », a proclamé, alors que personne ne lui demandait rien, qu’ « il ne serait pas le plan B ». Il est amusant à ce propos de poursuivre l’anecdote évoquée à l’instant. Avec beaucoup de retenue, je lui répondais qu’en matière de nouveaux convertis, chacun devait s’interroger sur soi-même avant de brocarder les autres. Sa réponse fusa aussitôt: « Moi, Madame, je n’ai pas eu à réfléchir, je me suis rallié dans la minute ». Il s’agissait bien sûr du ralliement à Fillon, aussitôt après l’annonce des résultats des primaires.

Aujourd’hui, c’est surtout des nouveaux apostats qu’il s’agit, ceux qui se saisissent de la déclaration de Fillon après sa convocation pour probable mise en examen pour s’éloigner. Notons que ces départs ne sont pas survenus tout de suite : tous ont attendu les réactions de la presse. Eût-elle été plus réceptive au ton gaullien de Fillon, eux-mêmes auraient été moins rapides et, par exemple, auraient pu attendre le rendez-vous des juges, car il ne s’agissait que d’une convocation qui aurait pu ne pas déboucher sur la mise en examen.

Ces nouveaux apostats, après avoir lu les commentaires peu amènes des médias, se sont alors autorisés au départ, amenant hier 3 mars, le journal « Libération » à mettre en ligne un compteur qui renseigne à la fois sur la célérité de chacun et sur leur nombre total en une seule journée (plus de 100).

Situation particulière à Bordeaux, car si Alain Juppé se portait candidat et venait à être élu, serait-ce sa « dauphine » qui serait effectivement couronnée Maire ? Première à avoir rejoint Fillon,  dernière du groupe des juppéistes à le quitter, sa situation serait alors peu confortable aux yeux des Bordelais. L’apostasie est un métier difficile quand il devient un art de répétition.

Garder la tête froide n’empêche pas à l’occasion de sourire. Je crois même que sourire en est la condition.