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Ayons du panache !

Extrait des  « Conseils aux élèves du collège Stanislas », par Edmond Rostand, et spéciale dédicace à Stephane le Foll qui vient de déclarer « Le renouveau, c’est le panache ». Je ne sais s’il pensait au Parti Socialiste, ou plus généralement à la Politique. Mais je confirme : les nécessiteux, en la matière, sont nombreux.

 

L’Idéal est fidèle autant que l’Atlantique ;

Il fuit pour revenir, – et voici le reflux !

Qu’une grande jeunesse ardente et poétique

Se lève ! On eut l’esprit critique ;

Ayez quelque chose de plus !

 

Ayez une âme ; ayez de l’âme ; on en réclame !

De mornes jeunes gens aux grimaces de vieux

Se sont, après un temps de veulerie infâme,

Aperçus que, n’avoir pas d’âme,

C’est horriblement ennuyeux.

 

Balayer cet ennui, ce sera votre tâche.

Empanachez-vous donc ; ne soyez pas émus

Si la blague moderne avec son rire lâche

Vient vous dire que le panache

À cette heure n’existe plus !

 

Il est vrai qu’il va mal avec notre costume,

Que, devant la laideur des chapeaux londoniens,

Le panache indigné s’est enfui dans la brume,

En laissant sa dernière plume

Au casoar des saint-cyriens.

 

Il a fui. Mais malgré les rires pleins de baves

Qui de toute beauté furent les assassins,

Le panache est toujours, pour les yeux clairs et graves,

Aussi distinct au front des braves

Que l’auréole au front des saints.

 

Sa forme a pu céder, mais son âme s’entête !

Le panache ! et pourquoi n’existerait-il plus ?

Le front bas, quelquefois, on doute, on s’inquiète…

Mais on n’a qu’à lever la tête :

On le sent qui pousse dessus !

 

Une brise d’orgueil le soulève et l’entoure.

Il prolonge en frissons chaque sursaut de cœur.

On l’a dès que d’un but superbe on s’enamoure,

Car il s’ajoute à la bravoure

Comme à la jeunesse sa fleur.

 

Et c’est pourquoi je vous demande du panache !

Cambrez-vous. Poitrinez. Marchez. Marquez le pas.

Tout ce que vous pensez, soyez fiers qu’on le sache,

Et retroussez votre moustache,

Même si vous n’en avez pas !

 

Ne connaissez jamais la peur d’être risibles ;

On peut faire sonner le talon des aïeux

Même sur des trottoirs modernes et paisibles,

Et les éperons invisibles

Sont ceux-là qui tintent le mieux !

 

3 mars 1898.