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La politique est capable de beaucoup d’intelligence quand elle situe dans la durée

Quand elle se situe dans le long terme, la politique est capable de beaucoup d’intelligence. Et c’est ce que confirment aujourd’hui le calme dans lequel s’est déroulée la campagne pour le référendum en nouvelle Calédonie et le taux de participation au vote (74%).

Et cette intelligence n’a en effet pas manquée pour parvenir, au lendemain du massacre d’Ouvéa, aux accords de Matignon en 1988. Rocard disait que ces accords constituaient « le plus beau souvenir de sa vie politique ». Il avait raison : ces accords furent préparés avec beaucoup de tact et réunirent deux « ennemis » qui s’estimaient l’un l’autre : Jean Marie Djibaou pour les indépendantistes, Jacques Lafleur pour ceux qui voulaient voir le territoire demeurer au sein de la République. Le choix du négociateur, le Préfet Christian Blanc, démontra également sa justesse.

Nulle concession déshonorante pour l’un comme pour l’autre, mais un plan d’action où se situait, après bien d’autres étapes, le référendum d’aujourd’hui, qui devra lui même être confirmé par une nouvelle consultation si elle parait nécessaire et par la poursuite de délégations d’autonomie aux pouvoirs locaux.

La participation et la forte mobilisation des kanaks indépendantistes, amène à un résultat moindre qu’attendue par certains  : 56,4% de « non » à l’indépendance, mais le seul fait qu’il demeure positif, en conformité avec les consultations antérieures, démontre que le processus a été bien mené.

Parfaite impartialité de l’Etat qui avait la responsabilité de l’organisation du vote, discours parfait du Président de la République dès que les résultats ont été connus, la suite s’engage dans cette même tonalité de respect mutuel et de dialogue. J’avais émis quelques réserves sur le précédent discours présidentiel, je ne serais pas honnête de ne pas rendre hommage à celui-ci.

Le rendu de ce moment fort et valorisant pour la politique, a été en grande partie asséché dans les médias par le départ de la « route du rhum ». Peu d’explications, de rappel des antécédents, nul interview… Voilà qui me conforte dans la faible estime où de nombreux médias tiennent les Français.

Revenons sur cette terre lointaine. Dans la grotte d’Ouvéa où eut lieu le massacre, un arbre pousse que le Président de la République a planté avec une petite fille du lieu. Conservons à l’esprit ce beau symbole pour l’avenir.