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Cher père Noël ..

Je ne vous écris pas souvent, mais là, je crois qu’il y a que vous qui pouvez faire quelque chose.

Vous savez qu’à Bordeaux, c’est pas facile pour nous qui sommes assis à l’école sur les bancs de gauche. On a beau être bien sages, travailler comme il faut, on est toujours grondés. On arrive avec nos cahiers, avec des additions toujours justes, Alain, de son pupitre, nous dit que c’est que des mensonges.  C’est pas normal,  mais c’est comme ça.

Pourtant cette fois, c’est eux qui savent plus quoi faire. Eux,  je veux dire Alain et son équipe : ils arrivent pas à me trouver une ou un candidat qui tienne la route ou au moins, qui la prenne. Ca dure depuis des mois et on est toujours pas plus avancés.

De candidate; j’en avais pourtant une qui me plaisait bien, c’est la petite Virginie. J’y croyais comme je crois en vous : désignée par tous ses copains dans ma circo, elle avait acheté une maison pile dans le quartier le plus favorable, portait l’uniforme complet de l’habitante modèle, même ses cartables étaient au top ..  Bref, comme disait Sarko : « avec Virginie, c’est du sérieux ».

Voilà pas qu’au lendemain du revers d’Alain, elle dit qu’elle veut plus, que ce qu’elle veut c’est la Mairie et que, comme elle l’a pas eue ce coup là, elle joue plus. Branle bas de combat dans l’armée de mousquetaires qui depuis des mois se pressait au portillon : le petit Robert, Gaëtan l’aristo qui se voyait bien jouer les rois mages, le David, pas le frondeur, tout le contraire,  et une armada de jupettes 2ème génération . Y a que le Florian, pourtant sorti en toute dernière heure de la pochette surprise en 2012, qui s’est tenu coi, consigné qu’il est sur la frontière du nord.

Tous les deux jours notre excellent quotidien sud-ouest, alimente le buzz : c’est aujourd’hui Anne, ma soeur Anne, qui tient la corde sur Anne-Marie, avec une tentative de percée de ma consoeur Collet. Le petit Du Parc semble en mauvaise posture bien qu’il se soit positionné comme seul détenteur de la vraie croix filloniste.

En un mot, c’est le bazar, et avec ma petite camarade et ma meilleure moitié dans cette bataille, Emmanuelle, on vous écrit pour vous demander de nous apporter pour Noël un ou une candidate durable. On est pas très regardantes, tout juste on voudrait qu’icelle ou icelui fasse une campagne loyale, sans affichages calomnieux, sans mails souterrains… Un ou une candidate « normale »,  si on peut dire.

Vous le savez mieux que personne, puisque je vous vois en ce moment beaucoup dans ses rues, ma circo est la plus belle de toutes les circos et nous voudrions la conserver en bon état, hors de tout usage politique intempestif, pour tous les Noëls à venir.

Emmanuelle et moi, on mettra sur la fenêtre du grog bien chaud et des canelés tout dorés. S’il vous plait, Père Noel, déposez nous un candidat, avec ou sans son suppléant : on promet qu’on s’en occupera bien et qu’on sera pas méchantes avec lui …

 

 

 

 

 

Le Père Noël est un âgé

Mon ministère est en ce moment pressé de courriers venant de tous horizons. C’est bien évidemment la période et nous devons faire face à cette réalité : le Père Noêl est un âgé et relève précisément de nos attributions. Il est, et non des moindres, l’un des 15 millions de ressortissants de ce qu’il faut bien appeler un « maxistère » au regard de ce chiffre toujours en expansion qui nous porte résolument en tête des objectifs de croissance du gouvernement.

Création d’emplois, perspectives d’une Economie nouvelle, les médias ne se faisant pas suffisamment l’écho de notre « chef-de-filat », je le fais à leur place et les invite à relayer cette nouvelle réconfortante au regard de la morosité générale.

Revenons-en au Père Noêl et au courrier qu’il vaut à mon équipe. En cette période de fêtes, on pourrait croire ces missives généralement positives : il n’en est rien. Les Français sont les Français et la majorité ont à notre encontre quelque grief. C’est d’ailleurs la dernière de ces lettres qui m’a décidée à m’exprimer et à défendre tout autant le Père Noël et notre action.

Ce courrier me visait personnellement : « A force de vanter les mérites de l’âge, allez-vous installer une gérontocratie dans notre pays ? (…) Et jusqu’à ce père noêl que vous paraissez soutenir et vouloir perpétuer, enfonçant chaque jour notre pays dans un obscurantisme d’un autre âge ? »

Plus sociale, l’inquiétude d’une formation politique: »Vous défendez publiquement les CDI pour favoriser de fait des contrats courts de moins d’un mois, des emplois pénibles… Nous voyons clairement dans ce double jeu, l’expression de l’amateurisme qui vous qualifie et de l’errance de vos politiques ». Se reconnaitra qui veut.

Les mouvements féministes ne sont pas en reste. L’amitié que je leur porte m’incite à une grande réserve. Reconnaissons pourtant que je ne suis pas épargnée et que la « phallocratie rampante » (sic) contre laquelle s’insurgent tenants et tenantes d’une parité sans faille ne va pas sans m’interroger sur ma coupable mansuétude à l’égard de mon prestigieux âgé.

Car enfin, que dire de sa longévité enviable ? Que savons-nous de son activité, de son quotidien une fois déposé le « rouge de travail » qui est le sien ? Au passage, ce n’est pas jusqu’aux designers que j’ai engagé dans la mouvance de la Silver Economie qui ne me font pas remarquer que j’ai peu de suite dans mon souci de moderniser et de rajeunir l’image de l’âge.

Bref, la fonction de Ministre n’est pas aisée, d’autant que ma bénévolence naturelle me porte à trouver à chacun des arguments. Mais c’est dans ces moments de doute, d’inquiétude parfois, qu’il faut en revenir aux fondamentaux.

Oui, le Père Noël est un âgé, peut-être même un grand âgé. Oui son activité évoque davantage le CDD que le CDI. Oui, tout cela est vrai et je l’assume.

Mais n’est-il pas aussi la quintessence de ce que nous voulons pour nous âgés ? Et d’abord le « reward », plus important encore que le « care » à leur égard. C’est à dire la réciprocité, la reconnaissance pour tout ce que les âgés font et ont fait ? L’estime et pour tout dire l’honneur dont chacun d’eux devrait être entouré?

Et tout cela dans un contexte intergénérationnel s’il en est. Le Père Noêl (et les milliards de ceux qui travaillent chaque année sous son nom pour remplir sabots, baskets, tongs et autres souliers de toutes formes, âges et religions (eh oui !)) constitue peut-être la quintessence de ce « contrat de génération » que Michel Sapin (ça ne s’invente pas) nous a présenté au Conseil des Ministres.

Oui, le Père Noêl est un âgé, et la seule vérité que je veux en retenir : ces jours-ci, comme tous les autres, prenons grand soin de lui et de tous ceux qui lui ressemblent.