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Projet de renouvellement urbain du Grand Parc

Le Grand Parc est désormais un sujet métropolitain en même temps que municipal* et il faut sans doute s’en réjouïr au regard des 20 ans d’inattention de la Municipalité de Bordeaux à son identité et à ses aspirations.

Né dans les années 70, le Grand Parc est certainement une des plus belles réalisations de Jacques Chaban-Delmas, sinon la plus belle, de manière certaine la plus innovante. Concevoir, implanter un quartier  à 80% d’habitat social pratiquement en cœur de ville, ce n’est pas tout à fait monnaie courante pour un Maire de droite. Y implanter l’ensemble des équipements qui allaient en faire un authentique quartier, attractif pour tous les Bordelais et au delà, grâce aux équipements dont il disposait  : piscine olympique qui était devenue identitaire de ce quartier et de la France sportive au regard des records qui y furent battus et de la belle personnalité de Jean Boiteux**;  salle des fêtes polarisant les spectacles et les musiques nouvelles; pôle administratif majeur (CNAM); centre d’animation et centre social; mairie de quartier; écoles et collège; immeubles disposés sans vis à vis pour que tous bénéficient du grand espace vert où ils étaient implantés … Le Grand Parc était un quartier pilote, il aurait fallu qu’il demeurât dans cette position de devancier et de modèle. Le Maire n’a saisi la perche qu’après vingt années de mandat, alors qu’aujourd’hui, l’on redécouvre une nième fois avec le plan Borloo, ce qu’il advient d’un quartier populaire sans vision d’avenir et fermé sur lui-même.

Le « plan de renouvellement urbain » voté aux conseils municipal et métropolitain ce mois de mai, a été présenté un nombre incalculable de fois aux habitants comme devant se faire le lendemain matin. L’alors directeur de l’agence a urba, Francis Cuiller, le  tenait déjà prêt il y a plus de dix ans. Ainsi le Grand Parc attend depuis 23 ans de retrouver une part de sa modernité d’antan.

Aujourd’hui le Grand Parc a été classé « Quartier politique de la ville ». Le revenu moyen annuel de ses habitants est de 23 000 euros si on considère l’ensemble Paul Doumer-Grand Parc, moins défavorisé que le Grand Parc isolément. Ce revenu moyen avoisin celui du quartier de la Bastide, lequel d’ailleurs aujourd’hui à s’élever. Il est très nettement inférieur à celui du Bouscat (26 000 euros)  dont le Grand Parc n’est séparé que par l’épaisseur d’un boulevard , et plus éloignés encore de ceux de Caudéran (33 000 Euros). Le taux de pauvreté du Grand Parc est de 31%, pratiquement le double de celui de la ville entière (16%).

Les échanges de foncier que nécessite le plan de renouvellement urbain, entre la métropole, la ville et Aquitanis, ne méritent pas commentaires particuliers, car ils sont pratiquement équilibrés et surtout concernent un bailleur social qui a apporté le plus significatif des « coups de jeune » à ce quartier par le renouvellement innovant des 3 « barres » les plus dégradées, les bâtiments  « G, H, I »  ; ceci avec le soutien à hauteur de 80 millions d’euros de l’ex-communauté urbaine alors présidée par @vincentfeltesse.

Pour cela, j’évoquerai principalement la question du stationnement, cruciale pour ce quartier, qui tend à servir de « parc relais » dans le voisinage de l’arrêt du tram, et auquel deux cliniques (Bordeaux Nord et Tivoli) apportent un afflux de fréquentations automobiles.

Les bailleurs sociaux (Aquitanis et InCité) ont fait de notables efforts en « résidentialisant » les terrains dont ils sont propriétaires pour le stationnement des résidents, et ceci à tarif très accessible et avec une mutualisation qui permet à tous de n’avoir qu’un interlocuteur, commun aux deux structures.

Mais par ailleurs est-il normal que les habitants du Grand Parc supportent – en dehors de l’ abonnement résidentiel des bailleurs dans les surfaces qui sont leur propriété – de tarifs de stationnement de surface d’un coût égal à celui de son voisin, le quartier Chartrons-Jardin public beaucoup plus favorisé ? Evidemment, pas. Pour autant, je ne propose pas qu’il soit réduit globalement au titre de « quartier politique de la ville » que  nombre d’habitants avec lesquels je me suis entretenue considèrent comme « stigmatisant » :  c’est une tarification sociale qui doit être notre but dans l’ensemble de la ville.

Est-il normal aussi que ces habitants du Grand Parc, en allant au Bouscat (il suffit de traveser le boulevard de ceinture), découvrent que le stationnement n’y est pas payant ? Oui, le stationnement doit être un sujet métropolitain, pour que personne n’ait à affronter des inégalités qui dépendent de quelques dizaines de mètres au lieu de tenir compte des conditions sociales de ceux qui y résident.

Une autre question souligne encore l’inégalité des politiques de la Municipalité en fonction des revenus et du vote des habitants des quartiers de Bordeaux

Combien de jours le Maire a-t-il tenu, après la mauvais accueil qui lui avait été fait en conseil de quartier, avant de suspendre sa décision de rendre payant le stationnement des quartiers de Saint Augustin et de Caudéran ? Combien de jours avant de, définitivement, supprimer la mesure? La colère des quartiers populaires, la Bastide, Bordeaux Sud, le Grand Parc, elle, n’a tout simplement pas été écoutée et aujourd’hui, ils manifestent pour être traités sur pied d’égalité avec leurs homologues plus favorisés.

La prochaine élection municipale approche. Outre les belles réalisations d’Aquitanis, la Salle des fêtes va être rouverte après 25 ans de silence, le plan de rénovation urbaine parviendra à réalisation juste à temps. Un bilan très tardif pour ce quartier que, certes, les touristes et les magazines dorés ne visitent pas, mais qui aurait du être une priorité d’un mandat municipal qui aura un quart de siècle lors du prochain scrutin.

*Ce texte est la synthèse de mes deux interventions au Conseil de @bxmetro et au conseil municipal de @Bordeaux de mai 2018. Les interventions elles-mêmes sont accessibles sur les sites de chacune des collectivités

** Bordelais, champion olympique de natation, et détenteur de plusieurs records dans cette piscine du Grand Parc.

 

 

Augmentation des prix des parkings. bxmetro 23 mars 2018

 » Il y a un moment, Monsieur le Président, chers collègues, où les délégations au secteur privé, de même que les partenariats et autres formes de collusion d’intérets, atteignent à l’immoralité et ceci, pour n’avoir pas mis le coût que nous imposons au service que nous rendons.

Nous sommes dans un de ces moments et je voudrais l’illustrer par une brève anecdote. Récemment, j’assistais à une réunion avec plusieurs habitants de la métropole  qui pour des raisons différentes avaient peu de facilités à se déplacer la nuit autrement qu’avec leur véhicule.

La réunion se tenait à la lisière des quartiers Saint-Pierre et tous s’étaient garés au parking Camille-Jullian : un peu plus d’une heure de réunion, un diner rapide, leur facture de stationnement a dépassé 13 euros et.. le prix de leur repas. Première immoralité que de considérer que 2 h d’occupation de 10 m2 de ciment valent plus qu’un repas. Si nous multiplions par 12h ces 13 euros, cela équivaut à une nuit dans un hôtel de très bonne qualité. Je propose qu’ hôteliers comme restaurateurs réfléchissent à une reconversion

Ce parking, comme les autres, a depuis 20 ou 30 ans été largement amorti et le secteur privé empoche depuis lors des bénéfices exponentiellement croissants alors que les métropolitains doivent assumer un coût qui ne cesse d’augmenter.

Sans doute, ici et aujourd’hui, trouvons-nous ces bénéfices insuffisants et les habitants bien propres à être taxés davantage, puisque vous nous demandez de voter des augmentations allant au-delà de ce qui est établi comme « maximal » dans les contrats de concession, dont on connaît pourtant le caractère léonin. Deuxième immoralité, deuxième injustice

Troisième immoralité, la rédaction et l’hypocrisie de ces délibérations. Par exemple, l’affirmation que l’on n’augmente pas les 5 premières heures du jour (pour la majorité des parkings de 8h à 13h) « pour ne pas nuire à l’attractivité du centre ville ». Mais l’attractivité du centre ville pour les commerces, les restaurants, les cinémas, les activités culturelles, elle n’a pas majoritairement lieu dans la matinée mais au contraire de 13 h à 23 heures. Des dizaines de phrases relèvent de cette même hypocrisie et de cette même duplicité. Le résultat est inéluctable : l’assèchement progressif du cœur de notre métropole.

Quatrième immoralité en effet : vous imposez en même temps un alourdissement du coût et des règles du stationnement de surface. Tout au contraire, n’étions-nous pas en droit d’attendre de notre métropole une vision globale de la question, incluant le stationnement privé (location de places, garages privés). Et comme toujours : nulle concertation avant les décisions.

Et puis des « immoralités de forme », apparemment secondaires, mais destinées à rendre les modifications des tarifs incompréhensibles des utilisateurs. La nuit par exemple commence et finit à heures différentes selon le délégataire et selon les parkings. Cela ne relève pas d’une vision poétique du couchant et du levant, mais des moments d’affluence autour de tel ou tel parking* . C’est vrai que par exemple, on dîne moins souvent à Stalingrad qu’à Saint-Pierre, c’est vrai aussi qu’une uniformité des règles, des prix et des horaires, aurait constitué une faiblesse permettant aux Bordelais de comprendre et donc de pouvoir contester, au lieu de n’avoir qu’à payer..

En ce moment nous sommes nombreux à avoir ces jours-ci un peu honte de la politique, honte de toutes les formes de collusions d’intérets, Honte de l’apparente bienséance de tant de déclarations, alors qu’elles ne sont que l’utilisation d’une novlangue incompréhensible et trompeuse. Honte que nous soient présentées des délibérations qui en réalité démontrent que cette politique locale en lesquelles les Français croient encore,  peut , elle aussi, et à ce point « etre faible avec les forts et forte avec les faibles ».**

 

*Alain Juppé, qui m’interrompait toutes les deux phrases pour me désarçonner, a eu à ce sujet une remarque admirable « Mais Madame, c’est tout à fait normal, on doit payer d’autant plus cher qu’il y a de monde.. ». Voilà une idée qu’elle est bonne, et qui pourrait inspirer par exemple, les urgences des hôpitaux. La facturation à l’affluence serait susceptible de renflouer grandement les budgets hospitaliers.

 

** Ce texte correspond à la rédaction écrite de mon intervention. Elle est parfaitement fidèle au prononcé, sauf pour quelques membres de phrases que j’ai du modifier au fil des saillies du Maire. Sa conclusion a été : « vous n’êtes capable que de populisme ! ». La définition du « populisme » est donc : préférer défendre les intérets des citoyens que les sur-bénéfices des grands groupes du BTP. Les Bordelais qui auront pris la peine de lire ce texte jugeront. Quant à la presse, elle est restée muette sur ces augmentations outrepassant les limites légales..

 

 

 

 

A Bordeaux, la « longévité heureuse » tarde un peu…

J’ai proposé, à l’occasion de la présentation du « plan piscines métropolitain » qui permettra de rattraper l’immense retard de la ville de Bordeaux en cet équipement majeur (4 piscines à Bordeaux !), qu’une ville de la métropole au moins s’empare de l’idée de chauffer une matinée par semaine une piscine à 3 degrés supplémentaires afin que les âgés aient plus de facilité à s’y plonger et à nager ou y pratiquer la gym aquatique.

La natation est un sport parfaitement équilibré et bénéfique pour les seniors car il ne met pas leurs articulations à la peine. De même la gym aquatique qui, grâce au vieil Archimède et à sa « poussée » facilite la mobilisation.

La réserve que beaucoup m’exposent est la sensation de froid qu’ils ressentent en entrant dans l’eau, laquelle perdure pendant le bain et en raccourcit la durée. La solution est simple. Les âgés étant le plus souvent retraités ils peuvent bénéficier de plages horaires ne correspondant pas aux moments de plus grande affluence.

Vincent Feltesse, dans ma période de Ministre, m’avait adresse des images des équipements sportifs japonais à destination des seniors, particulièrement nombreux dans ce pays. Tout y est conçu pour les inciter à plus d’activité physique et donc.. à améliorer encore leur longévité. Il a renchéri sur ma proposition, simple, assez peu coûteuse et très  efficiente.

J’avais fait il y a quelques années cette proposition au Maire de Bordeaux dans le cadre de mes « propositions mensuelles pour le bien être des Bordelais ». Il n’avait pas donné suite comme le plus souvent, malgré le caractère purement positif et non « politique » de chaque proposition. Mon espoir est aujourd’hui qu’une ville limitrophe de la métropole s’empare de l’idée et s’inscrive ainsi dans la dynamique « Ville amie des Ainés » qui est inscrite dans la partie programmatique de la loi d’adaptation de la société que j’ai eu l’honneur d’élaborer et que notre Maire tarde un peu à lire et à mettre en oeuvre pour le bien des 55000 Bordelais de plus de 60 ans .

Après l’ « identité heureuse », je plaide à Bordeaux, comme partout « la longévité heureuse »

Métropole : ne pas se tromper d’enjeu

Des deux questions issues de mon patrimoine auvergnat « Combien ça coûte et à quoi ça sert ? », ne  nous a été posée ce vendredi 2 décembre, lors du dernier Conseil de Métropole à Bordeaux, que la première : « Combien ça coûte et à qui ? »

Question importante dans les temps difficiles que nous vivons, mais qui, détachée de la seconde, n’est que pingritude et défense d’intérêts locaux. « A quoi ça sert ? », ou plutôt « à quoi ça doit servir, une Métropole ? »,  personne n’a seulement abordé le sujet.

Il y a la réponse décalquée du « combien ça coûte ? » qui est : « ça sert à coûter moins cher ». Par la mutualisation (et au passage la réduction) des services et des équipements, ça sert à faire payer à l’ensemble des habitants de la métropole, des équipements répartis plus ou moins équitablement sur l’ensemble du territoire métropolitain. Par derrière, se dessine une autre question : est-il bien raisonnable de faire payer aux habitants de Cenon (1300 euros de niveau de vie moyen) les équipements (en l’occurrence le Grand Stade) que Bordeaux, la ville la plus riche (1750 euros de niveau de vie moyen), a eu l’imprudence de décider pour des raisons de prestige ?

Notre réponse a été « non », ce n’est pas raisonnable, d’autant que le transfert du Grand Stade à la Métropole s’est fait en calculant avantageusement pour notre ville, la compensation des coûts qui allaient avec, comme l’a démontré le grand argentier de notre groupe, Matthieu Rouveyre. La culpabilité en revient au fait que le Président de la Métropole est aussi Maire de Bordeaux, et que les élus métropolitains sont désignés au prorata des majorités dans chaque ville mais non au suffrage universel.

Mais je veux aller plus loin, ce que j’illustrerai d’un autre exemple parmi ces transferts. Pour moi, la finalité d’une Métropole est de répartir les équipements de prestige, susceptibles de mobiliser autour d’eux fierté et dynamique positive, entre les différents quartiers et communes de son territoire et de réduire ainsi les fractures entre communes pauvres et riches, comme entre quartiers défavorisés et quartiers nantis. Qui a seulement pensé à évoquer cette question, seule capable d’éviter ghettoïsation et révoltes des laissés-pour-compte ?

C’est ce qu’avait fait Jacques Chaban Delmas en installant dans un quartier à plus de 80% d’habitat social (le Grand Parc), une piscine olympique ouverte aux compétitions internationales. Cette piscine qui a vu la victoire du Bordelais Jean Boiteux aux championnats du monde de 1952, était l’emblème de ce quartier. Sur la célèbre place Tourny, au coeur de Bordeaux, un panneau a indiqué pendant des décennies « Quartier du Grand Parc » et au dessous « Piscine olympique ». Il chauffait le coeur de tous les habitants du nord de Bordeaux.

Qu’a fait le Maire suivant, Alain Juppé, après 15 ans de mandat où cette piscine est demeurée fermée ? Il a réduit de près de 55% la surface de baignade ! Adieu trophées, adieu articles de presse à l’occasion de chaque compétition : la Grand Parc a perdu son identité sportive et une part importante de son attractivité pour les Bordelais qui allaient y nager.

Cette monumentale erreur n’a pas empêché de justifier à grand renfort de paroles verbales lors du Conseil du 2 décembre, l’intérêt d’un équipement olympique dans la métropole. Ce qui est totalement légitime, mais justement, nous l’avions ! Que n’a -t- on conservé celui qui existait et qui était situé précisément dans un vaste quartier où il drainait à la fois énergies locales et fierté, et où il était moniteur de mixité sociale !

Le futur nouveau « stade nautique » à dimension olympique, aujourd’hui purement sur papier, sera situé à Mérignac, ville dynamique qui en rien ne démérite pour qu’y soit localisé ce flambeau du sport métropolitain. Mais quelle faute historique, sociale et financière, de n’avoir conservé en 2007, comme cela était parfaitement possible au prix d’une réhabilitation beaucoup moins coûteuse qu’une création et surtout socialement beaucoup plus utile, la dimension olympique et donc métropolitaine du quartier du Grand Parc ?

Réfléchissons au sens des Métropoles, ces territoires favorisés en eux-mêmes : l’enjeu décisif est pour elles un enjeu d’équilibre entre les territoires qui les composent, tournant radicalement le dos aux ghettoïsations des quartiers à population fragile en y implantant des équipements de prestige autour desquels ils puissent trouver une identité nouvelle.