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Ces « elders » dont le grand âge, est plus beau encore que l’ âge

L’annonce de la mort à 94 ans de Charles Aznavour au matin même de la « journée internationale des personnes âgées » a une profonde signification; Lui-meme pourtant aurait sans doute préféré atteindre la centaine, voire, plus encore, mourir sur scène comme Molière.

Mais il mort en pleine gloire, en pleine possession de sa voix , de sa pensée , n’ayant renoncé ni à sa fidélité à ses origines et à ses débuts difficiles, ni à vouloir aider sans le montrer son public à surmonter les inconforts de l’âge. Il avouait sans y prêter d’importance ses implants capillaires ou ses prothèses auditives : les pertes d’autonomie réparables, compensables ou réversibles, nous ne devons les considérer comme des pertes, mais des problèmes surmontés.. I y a aidé ceux qui avaient à le fair grâce à son franc parler (et franc chanter..)

Mais c’est sa formidable énergie, sa volonté à demeurer le même, à monter sur les planches jusqu’au dernier jour, cette ardeurs qui au moment de sa mort, venait de le ramener d’un concert à Tokyo et la semaine suivante devait le conduire à Erevan avec le President Emmanuel Macron;

La longévité est toujours un combat : il s’est battu de ring en ring (de scènes en scènes), travaillant pour que sa voix ne s’altère pas, que son intérêt pour les autrs ne  s’altère pas en leur écrivant des chansons qu’il leur « offrait’.

Je voudrais que mes à titre posthume, les Américains l’accueillent dans ce groupe très prestigieux des « Eiders »; ceux qui réalisent leur vieillesse à égalité de leur vie.

 

De l’âgisme au dégagisme

La parenté de son entre deux mots n’est jamais tout à fait indifférente. Deux, relativement récents, et l’un et l’autre en pleine expansion, le confirment ; Le premier, « âgisme », né en 1969 de la bouche d’un gérontologue américain, signifie « discrimination du fait de l’âge » ; le second « dégagisme » est devenu populaire à la faveur du printemps arabe  (2011). Il a aujourd’hui droit de cité dans notre pays pour exprimer la volonté de « dégager » ceux qui étaient antérieurement en situation de  pouvoir.

Subrepticement, les deux mots se sont largement rapprochés. « Dégagisme » a couvert bientôt la volonté de voir des têtes nouvelles, puis de renouveler les générations et ,de fil en aiguille, de remplacer les plus âgés par de plus jeunes.

La campagne, puis l’élection d’Emmanuel Macron a fait beaucoup de ce point de vue. À ce jeune Président, décidé à instaurer un « nouveau monde » en opposition à « l’ancien monde », on ne concevait pas d’adjoindre une équipe, puis des députés, qui ne soient peu ou prou de sa génération. Inconsciemment, on n’imaginait « en marche » que de jeunes et dynamiques marcheurs. Ses équipes de campagne étaient majoritairement composées de jeunes adultes  et, après l’élection, son équipe à l’Elysée, traversant pour sa « rentrée » la cour du noble palais, donnait davantage l’impression d’une délégation de chefs scouts que de politiques expérimentés. Tout cela était d’ailleurs parfaitement étudié : personne n’a déclaré « on ne veut pas de vieux » mais on l’a donné à voir. Résolument, l’heure était au jeunisme.

Et c’est là qu’on découvre un incroyable paradoxe de la langue. Le « jeunisme », c’est un avantage –et non l’inverse- donné de principe à quelqu’un du fait de son jeune âge. En 2017, un pas de plus a été fait dans sa direction. Rajeunissement de l’âge moyen des ministres avec l’arrivée de 8 trentenaires, puis rajeunissement (en même temps que féminisation) des députés. La fonction politique, porteuse jusque-là de l’idée d’expérience et d’autorité, basculait dans l’idée de renouvellement des visages et des âges.

L’essentiel est pourtant dans le renversement complet de sens entre jeunisme et âgisme, l’un de plus en plus favorable, l’autre versant de plus en plus dans la condamnation. Le « jeunisme », malgré sa nuance de critique, indique clairement une préférence pour les jeunes, un bonus qui leur est concédé. Tout à l’inverse, l’ « âgisme » est porteur d’une dépréciation, voire désormais d’une discrimination négative, et en cela il se rapproche davantage de « racisme », quelques-uns allant même jusqu’à considérer l’âgisme comme une sorte de racisme anti-vieux.

Cela ne va pas sans inquiéter, non pas à titre individuel mais à titre sociétal. Les courbes démographiques, que l’on feint encore trop souvent d’ignorer, démontrent que les plus de 60 ans constitueront bientôt le tiers de la population française, ce qui est d’ailleurs déjà le cas en Nouvelle-Aquitaine. Pourquoi ne seraient-ils pas représentés à proportion dans les instances politiques.

Plus grave encore, si l’on peut dire, ces « 60 et plus » sont majoritairement en bon état, actifs et désireux de contribuer à ce nouveau monde dont ils sont fondamentalement partie prenante, la plus grande nouveauté de ce monde étant justement la longévité et donc, la part croissante des âgés dans la société. La situation ne s’améliore guère à penser que ces « plus de 60 » sont les ex-babyboomers et qu’ils ont grandi dans une culture d’émancipation et d’autonomie prenant ses racines dans la « révolution » de mai 68 dont nous « fêtons » le cinquantenaire. Ils seront, ils sont déjà, les premiers « émancipés de l’âge » qui veulent vivre sans le subir comme un poids, disposition tout à fait contraire au consentement passif au dégagement. C’est à eux aujourd’hui d’imposer cette participation, en particulier aux instances locales, et à lutter contre cet autre mur de verre qu’est l’âge.

Ce « dégagement » est surtout une erreur sociétale majeure. La place et le rôle des « retraités » (ou pas encore retraités pour une part non négligeable d’entre eux) est le trou noir de la pensée politique actuelle. A les laisser sur le bord de la route, en les considérant volontiers comme des contributeurs désignés à l’impôt plutôt que des porteurs d’innovation, on risque d’en faire des aigris, ce qui est le moindre mal sauf…. Pour les politiques eux-mêmes. Dans les élections à forte abstention, les plus de 60 sont majoritaires à eux tout seuls, car si les jeunes boudent les urnes, eux, y sont fidèles.

Le risque, plus lourd à mon sens, est qu’ils se désengagent, alors qu’ils constituent la colonne vertébrale de notre cohésion sociale, dans les familles d’abord, dans les associations, dans les partis politiques comme dans les municipalités. Pour les deux derniers cités, je crains que cela ne pointe déjà son nez. A force de considérer les « boomers » comme une génération de nantis, n’ayant réussi que grâce à des circonstances économiques extérieures, je crains que ceux qui le peuvent au moins ne se conduisent comme tel quand il s’agirait au contraire de valoriser leurs combats et leurs apports à peu près dans tous les domaines, avec un léger bonus pour les femmes de cette génération.

On disait il y a peu qu’ «une société se juge à la place qu’elle fait aux personnes âgées ». On le dit toujours mais l’expression est en passe de changer de sens. Sa signification traditionnelle désigne le grand âge : quelle place la société fait elle aux personnes vulnérables et en perte d’autonomie ? Ce sens est toujours éminemment légitime mais il se double d’un autre : quelle place fait la société aux 15 millions de retraités actifs ? Quel rôle ? Quelle participation ? Quelle valorisation de ce rôle et de cette participation ?

J’en arrive donc au « dég’agisme » que je ne résiste pas à orthographier ainsi. Les études sociologiques montrent que la valeur et la place que l’on accorde aux âgés est un des paramètres de leur évolution cognitive : qu’ils n’aient aucun rôle, ni aucune reconnaissance, ils se replient et régressent. Au Japon, les personnes âgées sont regardées de manière beaucoup plus positive qu’aux Etats-Unis et, j’ose dire, que dans la France qui s’installe. Le risque pour ces âgés d’évoluer vers le repli et la démence est d’autant plus grand qu’on ne leur accorde ni place, ni responsabilités, qu’on ne leur manifeste plus d’estime ; quelles sont reléguées à distance de la vie des autres, ne participent ni aux assemblées, ni aux décisions, y compris à celles qui les concernent.

Il y a une dizaine d’années, on ne trouvait pas de politiques qui ne se faisaient un fort de soutenir que l’Assemblée nationale devait ressembler à la France toute entière. Diversité, professions, origine sociale… Nous en sommes toujours loin, mais nous nous en écartons aujourd’hui au regard de la part déterminante des « âgés actifs » dans la composition de notre société. Même inquiétude dans le milieu professionnel, où le « tutorat » demeure une exception et où le couperet de la retraite est bien souvent une incroyable privation de compétences et de formation.

C’est une immense révolution que la révolution de l’âge ; nous n’en avons toujours pas mesuré l’importance ni l’impact et il me semble que nous la considérons à l’envers. Qui en parle ? Qui a entendu UNE phrase sur le sujet dans la bouche de notre jeune Président ? Existe-t-il UN Ministre pour évoquer la transition démographique dans ses multiples composantes (logement, mobilité, économie..) alors que tous leurs secteurs sont concernés, des transports à l’économie et du logement à la formation.

Cette révolution ne fait et ne fera que s’amplifier, même une fois passé le dos d’âne lié au baby boom des courbes démographiques. Serons-nous assez bêtes pour faire du plus beau cadeau que nous a fait le XXème siècle, la longévité et la possibilité d’une « troisième vie », un poids ou un fardeau pour la société et, pour les personnes concernées, une souffrance ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Apprendre aux enfants à devenir parents…

Apprendre aux enfants à devenir parents… de leurs parents. C’est ma génération (née entre 1946 et 1965-70) qui a pris cette étrange réalité en pleine figure et qui est en train de la vivre. Quelques-uns l’ont déjà fait, d’autres le feront et désormais tous devront affronter cette épreuve. J’utilise le mot « épreuve » au sens de « rituel d’initiation » comme le faisaient les civilisations primitives pour l’accès à la maturité et/ou à la nuptialité.

Ma génération, celle des ex-baby-boomers, est réputée pour avoir connu une sorte d’alignement des planètes pendant les 30 glorieuses : paix avec  la fin de la 2ième guerre mondiale et celle, toute proche, de la guerre d’Algérie, prospérité économique.. On aurait cependant pu prévoir, au seul examen des courbes démographiques, que d’autres révolutions que celle de mai 68, se préparaient.

L’une d’elle, sans doute la principale, est celle de la longévité. Ma génération est la première a avoir vu massivement ses parents atteindre un grand âge sans que ceux-ci l’aient prévu, ni préparé, la première a n’avoir pas vécu au sein de sa famille la grande faux des guerres. Avec l’allongement de l’espérance de vie, elle a découvert combien l’on pouvait être démuni dans des conditions de vie qui n’étaient pas préparées au vieillissement.

L’allongement de la durée de vie s’est assorti de l’augmentation de fréquence de la maladie d’Alzheimer et des autres formes de démence. Ainsi, le cerveau pouvait mourir avant le reste du corps qui, dans la génération précédente prenait presque constamment le devant : simple appendicite compliquée, maladie infectieuse, accident vasculaire, cancer que l’on n’avait pas découvert à temps, tous ces fléaux et moindre capacité à les soigner, faisaient le sale boulot : on mourrait dans la majorité des cas avant d’avoir atteint le grand âge et la pire de ses fragilités : « n’avoir plus toute sa tête », comme on disait autrefois.

Aujourd’hui, nous sommes sans doute quelques millions à avoir vécu ou à vivre l’accompagnement de nos parents dans des situations imprévues par eux comme par nous et à devoir nous comporter envers eux comme si nous en étions les parents, avec la responsabilité que cela suppose mais aussi l’effet miroir qui aujourd’hui est presque une constante de cet accompagnement : c’est ainsi que nous serons nous-mêmes demain.

Dans les trois premiers quarts du siècle dernier, nombreux sont les enfants qui ont aidé leurs parents : ceux-ci ne recevaient pas de retraite, vivaient dans des conditions rustiques (bien souvent en milieu rural). Ces enfants, comme on disait « avaient réussi » et le transfert financier s’effectuait en direction des anciens.

Ma génération a inversé le flux ou du moins a cru ou croit le faire : elle aide largement enfants et petits enfants à faire leurs études et à « s’installer dans la vie ». Oui, mais.. Elle affronte tardivement la responsabilité d’accompagner ses parents dans le très grand âge et.. de préparer pour soi-même ce très grand âge dans des circonstances très différentes d’autrefois.

Ces circonstances différentes sont multiples : l’évolution des familles, décomposées, recomposées, géographiquement éparpillées, professionnellement plus engagées en ce qui concerne les femmes. La plus concrète concerne le logement. De dimension réduite en particulier dans les villes qui sont sommées de se « densifier », plus cher, plus difficile d’accès pour beaucoup, et où il est difficile d’accueillir un vieux parent quand bien même on le voudrait, quand bien même l’activité professionnelle des différents membres, et en particulier celle des femmes, le rendrait possible.

Cette expérience nouvelle, les Boomers et ceux qui leur succèdent, avec ce qu’elle suppose de nécessaire anticipation pour eux-mêmes, est sans aucun doute une « révolution » beaucoup plus grande que celle de mai 68. Cette « révolution de l’âge », à la fois merveilleuse (une troisième vie leur est offerte) et terrible (l’obligatoire prise de conscience que cette troisième vie est une pente descendante dont il faut penser et préparer chaque marche) est sans doute ce qui marquera cette génération qui est la mienne, bien plus que tout autre événement. Nous étions, ces années-là, en moyenne 800 000 à naître chaque année, nous sommes aujourd’hui 15 à 20 millions à l’affronter.

 

 

 

Vieilles… Et alors ?

C’est sous ce titre un tantinet provocant que l’ « Assemblée des femmes » a réuni en juin 2016 un colloque à l’Assemblée nationale. J’ai été surprise par le nombre des participantes -et même des participants-. Le sujet n’est pas mince et il constitue une bonne part de cette transition démographique qu’un grand nombre de politiques  -disons plutôt  d’hommes politiques- refusent d’affronter.

« Les vieux sont des vieilles » : c’est au moins vrai pour le grand âge où les femmes restent largement majoritaires. Les femmes n’ont pas de modèle qu’elles puissent suivre, puisque  la longévité actuelle n’a existée jusqu’alors dans aucun pays, ni à aucune période de l’histoire de l’humanité. C’est ma génération, celle des « boomeuses » (j’adore ce nom) qui a à inventer ce que peut et doit être « bien vieillir » et « vieillir longtemps » pour une femme.

Point n’est besoin de rappeler que le vieillissement physique est plus pénalisant pour une femme que pour un homme. Dans la vie quotidienne, dans la vie professionnelle, la dictature de l’apparence est plus pregnante pour nous. Comment à la fois y souscrire et ne pas le subir ? Le modèle des femmes belles longtemps (Emmanuelle Riva, Jane Fonda, Ines de la Fressange…) ne doit pas être vécu comme une dictature même s’il peut être un exemple. Dans la vie réelle, il est en réalité moniteur d’une considérable discrimination sociale. Ces femmes sont photographiées ou filmées dans des conditions particulières et disposent de moyens de valorisation ou de restitution de leur beauté qui ne sont pas accessibles à toutes les femmes. Soyons vivantes, mobiles, lumineuses, soyons au mieux de ce que nous avons envie d’être, pas ce qu’on nous dicte d’être.

Quels autres outils pour ce modèle à inventer ? Ils sont difficiles à cerner. L’un pourtant : condamnons et faisons condamner toutes les images et les paroles discriminantes pour l’âge. Pendant mon temps de Ministre, j’ai fait, grâce au Défenseur des Droits d’alors, Dominique Baudis, supprimer la publicité des chips Lays (2 vieillards se disputent un paquet de chips médiocres, l’un fait tomber l’autre qui dans sa chute perd sa prothèse dentaire…) et je me félicite de cette action dont je voudrais qu’elle soit un précédent. Les « chiennes de garde » sont, avec raison et efficacité, attentives aux publicités sexistes, elles doivent aussi être très vigilantes vis-à-vis des représentations dévalorisantes des femmes âgées. Bref, soyons toutes des « panthères grises » !

Les mots et leur usage sont décisifs. Je déteste particulièrement l’un d’eux : le mot « cougar », et tant qu’il n’aura pas d’équivalent pour les hommes liés à des femmes beaucoup plus jeunes (dont je crois savoir qu’ils ne sont pas tout à fait rares), nous devons en condamner l’usage dans les médias.

Il y a bien une autre arme…  L’usage pour soi-même des ovocytes congelés, autorisé sous le précédent gouvernement, a bouleversé la seule véritable supériorité des hommes : l’agenda biologique. Tant de nounours grisonnants qui se vantent de « refaire leur vie » avec une « jeunesse » (comme on disait autrefois) et de procréer plus que tardivement… Aujourd’hui, nous devons convenir malgré le coût d’accès aux techniques de congélation/conservation qu’il devrait être possible, pour une femme en bon état de santé médicalement confirmé, de concevoir un enfant au-delà de la ménopause, laquelle peut être très précoce. Cette remise à niveau (au moins partielle) de l’agenda biologique est une bombe si considérable que, avouons-le, beaucoup n’osent pas même dire qu’ils s’en sont aperçus.

Soyons nous-mêmes, je dirais même « au meilleur de nous-mêmes », ce qui n’est pas si peu et demande bien souvent quelque effort, mais qui ne peut qu’être hautement favorable à notre longévité heureuse. Si la vieillesse n’est pas forcée d’être un naufrage, la longévité est à coup sûr une bataille.

 

Atelier « transition démographique » à l’Université d’été du Parti socialiste

Ce week-end, lors de l’Université d’été du Parti socialiste à La Rochelle, j’ai proposé un atelier sur les enjeux de la transition démographique, auxquels ont participé la députée Martine Pinville, le secrétaire nat adjoint aux personnes âgées Luc Broussy et le sociologue Serge Guérin.

Cet atelier, animé par Marielle Rengot, Adjointe aux personnes en situation de Handicap de la ville de Lille, a notamment été l’occasion de revenir sur le projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement, que j’ai porté alors que j’étais ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie. Mais pas seulement. En effet, j’ai tenu à rappeler les fondements de mon raisonnement et de mon engagement indéfectible pour la prise en compte de la longévité dans les politiques publiques.

Tout part d’un constat : l’équilibre entre les générations est bouleversé et l’espérance de vie à la retraite est d’ores et déjà de 30 ans. Elle sera demain de 40 ans. Cette troisième vie n’est plus une vie à occuper mais bien une vie à accomplir.

La transition démographique est une idée neuve ; elle désigne désormais ce basculement des générations au profit des plus de 60 ans qui représenteront, dès 2020, 30% de notre population.

C’est une réalité qui constitue un défi d’égale importance à celui de la transition énergétique et il est de notre devoir, à nous socialistes, de nous en emparer. Il s’agit de sortir de la « démographie punitive » : les âgés ne sont pas un poids. Au contraire, la transition démographique est une chance.

Elle doit nous exhorter à réfléchir à tous les champs de la vie, tant au plan individuel que sociétal, car elle les impacts tous (Famille, système de santé, éthique, urbanisme et déplacements, logement…) La loi d’adaptation de la société au vieillissement, qui sera examinée en première lecture à l’Assemblée dès le 9 septembre, donne des réponses notamment en matière d’adaptation des logements, des transports, d’urbanisme, de sport, d’engagement associatif et citoyen,… Mais face au défi de la longévité, tous nos référentiels doivent être interrogés afin d’éviter la mise en retrait des âgés, y compris les modes de vie, l’employabilité, mais aussi la mort, l’héritage et la fiscalité.

Aussi, je préparerai une proposition de loi visant à mieux accompagner la fin de vie, car avec les progrès de la médecine et le recul du nombre de morts précoces, plus nombreux, paradoxalement, sont ceux qui meurent dans la souffrance qu’il y a vingt ans. J’estime également que longévité doit nous conduire à repenser la fiscalité des droits de succession ou de transmission, en facilitant notamment les donations précoces aux enfants ou petits-enfants et, dans le même temps, en alourdissant les droits de successions.  Cette fiscalité doit encourager les âgés à profiter eux-mêmes de leur patrimoine pendant leur retraite, tout en aidant leurs enfants quand ils en ont besoin, c’est-à-dire pas forcément quand ceux-ci ont 70 ans !

Je souhaite que nous parvenions à inventer un nouveau modèle de société dont les âgés constituent un élément moteur à l’égal des autres générations, dans lequel ils ont toute leur place. Pour cela, il faudra aussi fluidifier l’âge du départ à la retraite et réfléchir à l’aménagement des carrières, pour que les âgés continuent à se sentir utiles quand ils peuvent et ont encore envie de travailler.

Autant de pistes que j’ai souhaité aborder samedi avec les militants socialistes. Je me félicite de la forte participation et je remercie chacun pour la qualité des échanges. Merci aux intervenants et tout particulièrement, aux nombreux élus présents dans la salle, pour leur engagement à aménager leurs territoires à la mobilité des âgés. Ils ont démontré que ces aménagements se font en réalité au profit de tous. Un parcours adapté aux âgés l’est aussi aux personnes qui promènent des poussettes. Et enfin merci aux jeunes pour leurs témoignages d’expériences riches et réussies de cohabitation intergénérationnelle : ils sont la preuve de l’importance de l’engagement de tous, pour être à la hauteur des enjeux de la transition démographique.