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Juppé en direct

Sa place est très réduite parmi les 3240 billets de ce blog. Mais aujourd’hui Alain Juppé peut être amené à conduire la destinée de notre pays et il est important de l’écouter et de s’exprimer soi-même sur ses paroles. Peu l’osent. Nombreux sont ceux aujourd’hui qui se disent « s’il devient Président, il pourra faire quelque chose pour moi  (ma fille, ma cousine, mon asso, mon job, mon entreprise..) » . Pas rares non plus ceux qui se voient ministres d’ « ouverture » ou caution de sa politique de nominations dans l’une ou l’autre fonction. Tout cela, si ce n’est pas véniel, est usuel vis-à-vis de toutes les formes de pouvoir.

Aujourd’hui sur canal+, dans l’émission « le supplément », mes cheveux se sont pourtant dressés à plusieurs reprises sur ma tête. Non pas par le vide de nombre de ses déclarations, celui-ci lui est coutumier. Un seul exemple : l’accueil des réfugiés. « Oui, au droit d’asile mais non à l’ouverture de nos frontières, l’accueil doit être équilibré ». Outre que nos frontières sont ouvertes, que doit-on penser d’un « accueil équilibré » ? Rien, justement, absolument rien. Si vous voulez juger de la vacuité et de l’inutilité d’une phrase politique, renversez-là. Qui aurait l’idée de dire « je suis en faveur d’un accueil déséquilibré » ? Un journaliste faisant pleinement son job, aurait demandé : « Monsieur Juppé, pour vous, un accueil équilibré c’est combien de réfugiés accueillis, relativement à notre population de 66 millions ? ». Ces questions concrètes son rarement posées.

La seule ébauche d’un soupçon de déclaration concrète a été la suivante : « je veux zéro charge* sur le SMIC pour développer l’emploi peu qualifié »; ceci, présenté comme une mesure durable et non transitoire. Point n’est besoin d’avoir fait sciences po pour voir comme une évidence la conséquence immédiate : aucune progression de salaire pour les smicards, tous seront soit scotchés là où ils sont, soit embauchés au SMIC même si leur qualification leur permet d’espérer davantage. Même les porte-parole de Juppé, officiels ou officieux, n’ont pas osé relayer cette annonce dans les médias sociaux.

Attendons avec impatience le programme économique du candidat qui fera l’objet d’un petit livre que personne ne lira sauf  les journalistes. Celui-ci pourtant sera décisif et l’on pourra juger le candidat non sur ses actes mais sur au moins ses promesses.

Plus vénielle si ce n’est pour la crédibilité de la parole politique, sa charge envers Emmanuel Macron : « Quand on est Ministre de l’Economie, on fait son job à 100% ». Et quand on est Maire de la 6ème ville de France, on fait quoi ? »

Quand on a été deux ans Premier Ministre, puis Ministre de la Défense et Ministre des affaires étrangères pendant 18 mois, que l’on est maintenant depuis bientôt un an candidat aux primaires LR tout en restant Maire de Bordeaux, de qui se moque-t-on ?

J’aime la politique et je crois en son honneur. J’aime mon pays et je crois en son avenir. Ce sont sans doute les raisons de ce billet.

 

*NB il existe d’ores et déjà une réduction sur les cotisations sociales jusqu’à 1,6 fois le SMIC. Oubli ou radicalisation, avec les risques énoncés, de la part d’AJ ?

 

 

 

Politique-de-basse-fosse

Voir Alain Juppé, ancien Premier Ministre, brandir et lire dans un débat télévisé un tract qu’il attribue à son concurrent Vincent Feltesse, sommes-nous donc tombés si bas à Bordeaux ?

Le tract vient d’un organisme de quartier proche de la Municipalité. Il ne portait pas notre logo de campagne et personne, ni Alain Juppé, ni son entourage ne pouvait ignorer que cette médiocre défense, en face d’un Feltesse maître de soi comme des dossiers, relevait de la manipulation pure et simple.

Le deuxième débat qui a opposé le maire actuel, maire depuis 18 ans, à son concurrent n’a pas été avare de petites manoeuvres et manipulations de même taille. Changement de position de Juppé sur deux grands dossiers (refits des bassins à flots et nouvelles compétences pour la CUB ), affirmations indécentes (reprocher à VF le retard des travaux de la ligne D du tram quand c’est lui-même qui les a fait repousser pour qu’ils n’aient pas lieu pendant les législatives de 2012 qui devaient m’opposer à lui) , se flatter de sa politique culturelle de proximité quand 18 ans durant il a laissé en déshérence la salle des fêtes du quartier populaire du Grand Parc, équipement culture emblématique de ce quartier populaire). Et, last but not least, évoquer la morale pour l’élection à la communauté urbaine de Bordeaux, quand la sienne en 2001 n’a été due qu’au dévoiement de 2 voix de gauche …

La moutarde a du monter au nez de bien des Bordelais, pas forcément de gauche, mais attentifs à cette ville et son histoire récente.

Sans doute, l’absence d’alternance à Bordeaux depuis 70 ans donne-t-elle à Alain Juppé ce sentiment  qu’il n’y a pas de limite à l’impudence qui ruine la crédibilité politique. Nous avons pourtant franchi un pas assez rude avec l’utilisation à la télévision par celui qui fut le chef du Gouvernement de la France d’un faux tract relève de ces trous noirs et malodorants que notre langue nomme éloquemment « culs-de-basses-fosses ».

Les faits sont têtus

Une meute de petits élus municipaux de Bordeaux s’agite à dénoncer ma présence lors des deux heures du débat Feltesse/Juppé du jeudi  20 février à 17 h. J’ajoute que ce n’était qu’une halte sur le chemin d’un déplacement en midi-pyrénées, comme j’en fais chaque semaine sur notre territoire.

A cette petite horde, je veux rappeler quelques faits :

– En mai 1995, alors qu’il vient d’être nommé Premier Ministre, Alain Juppé mène une campagne municipale où il sera élu en juin 95

– En mai 2007, il mène une campagne législative alors qu’il vient d’être nommé Ministre d’Etat, Ministre de l’Ecologie et du développement, numéro 2 du Gouvernement. Je lui ai permis en le battant lors de cette élection de ne pas assumer un cumul indécent.

– Le 14 novembre 2010, il est nommé par Nicolas Sarkozy, Ministre de la Defense et choisit de demeurer Maire de Bordeaux.

– le 27 février 2011, alors que Michèle Alliot-Marie est remerciée pour avoir proposé les services du gouvernement au Président Ben Ali, Alain Juppé devient Ministre des affaires étrangères. Pendant qu’il demeure à cette fonction a lieu l’intervention de nos soldats en Libye.

Pendant ces deux années, où Alain Juppé exerce à mi-temps ses fonctions de Ministre (parmi les plus importants du gouvernement, particulièrement ds la période concernée avec les événements du printemps arabe) et de Maire de Bordeaux, Aain Juppé se félicité de pouvoir gérer avec son téléphone portable. Ses déplacements sont multiples, au frais du Gouvernement et souvent avec les appareils de l’Etat. J’ai assisté en particulier à une inauguration où il a affirmé lui-même « n’être là que pour une heure ».

Aujourd’hui, heureusement, ces pratiques indécentes n’ont plus cours : notre Gouvernement a interdit tout cumul de la fonction de Ministre et d’une fonction exécutive. Nul n’imagine que Laurent Fabius puisse être Maire de Rouen ou Jean Yves le Drian demeurer président de région. Mais c’est le cas aussi de tous les Ministres et pour ma part j’ai poussé le non-cumul au-delà de l’obligation qui m’était faite en démissionnant de ma fonction de conseillère générale et en n’exerçant plus aucun mandat.

Pour la participation à une campage électorale, les prescriptions édictées par Jean-Marc Ayrault sont strictes, légitimes et je m’y conforme absolument.

Je pense utile de faire souvenir de ces faits les Bordelais comme les élus de droite qui commencent d’être désemparés par le cours de la campagne municipale où notre candidat Vincent Feltesse trace son chemin et plus encore, l’avenir de notre ville.

Je ne l’ai fait pourtant que quand notre quotidien régional a jugé opportun de relayer les dire d’un de ces élus de droite. Les faits sont têtus, mais ils sont aussi sacrés et il est quelquefois nécessaire de les mettre en perspective.

Trois millions de chômeurs … et eux, et eux, et eux

Dutronc pourrait reprendre son tube « Et moi, et moi, et moi » qui servirait utilement de fond sonore aux conventions, meetings et visites de fédération des responsables ump.

Annonce ce matin de l’aggravation des chiffres du chômage dont on a du mal à penser qu’elle est à mettre sur le compte du gouvernement Ayrault, six semaines après la déclaration de politique générale du Premier ministre, et pas davantage des cent jours de François Hollande. Réaction una voce des responsables ump sur toutes les ondes : « opposition totale ».

Ce n’est d’ailleurs qu’une reprise d’un choeur bien orchestré depuis le début des hostilités entre les leaders de cette Union des Mauvais Perdants. « Opposition totale », pas au chômage d’ailleurs -à l’exemple de Nora Bera qui avait déclaré qu’elle était « contre » le suicide-  mais -en vrac- à Hollande, à Ayrault, au Gouvernement, au PS et tout ce qui pourrait y ressembler.

Cette « opposition totale », qui a un vague relan de « guerre totale », ce qui ne parait pas constituer le top de la communication, est donc le mot d’ordre, le slogan, l’étendard de la droite. Les chômeurs attendront. L’union nationale à laquelle Sarkozy  a tant appelé  à chaque épisode de la crise financière est rangée aux oubliettes. O-PPO-SI-TION vous dis-je, rien que ; et eux, et eux, et eux…

La déclinaison de ce slogan constructif connait quelques perles. Dans le programme des candidats, confirmés ou putatifs, à la présidence de l’ump, une grande mesure : la suppression des 35 heures. On se pince : est-ce que l’un d’eux n’était pas Premier ministre il y a trois mois ? Est-ce que collectivement, ils n’avaient pas la majorité à l’Assemblée ?

Distraction sans doute. Distraction aussi pour tout ce qu’ils n’ont pas fait pour la Grèce depuis deux ans, pour la sécurité depuis dix et j’en passe. Amnésie pour tout ce qu’ils ont défait.

On vilipende Hollande pour son attentisme en Syrie. Mais qu’a fait Juppé pendant plusieurs mois, qui avec courage s’est tu quand Fillon a voulu embarquer le Président et la Chancelière pour supplier Poutine d’être plus gentil et compréhensif, qualités dont il montrait au même moment qu’elles lui étaient naturelles en jetant dans des camps de travail (…) trois gamines qui avaient chanté une prière pour que la Russie connaisse, sans lui, des jours meilleurs. S’est-il exprimé ? A-t-il pris ses distances de cette suggestion abracadabrantesque ? Non. Bien sûr.

Qui peut y croire ? Qui peut les croire quand ils ne pensent qu’à un emploi, un seul, celui de président de l’ump ?