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Le temps des cimetières

Le temps des cimetières, du souvenir, du poids du temps déjà passé.. Mais ce n’est pas de cela que je veux écrire, mais de la minéralité de nos cimetières alors que nous sommes tous ou presque désireux de végétaliser la ville et de la repeindre aux couleurs de la nature.

Pierres tombales, petites chapelles, monuments orgueilleux.. Nos cimetières ne célèbrent pas cette symbiose entre la mort, la nature, la re-naissance, que la conscience universelle traduit en formules philosophiques, religieuses ou en simples mots (inhumation, enterrement..).

Certes, le temps du jour des morts et de la Toussaint voit refleurir les tombes. Mais les fleurs en pot, que le premier froid, le premier grand vent, abattra, montre bien la brièveté de cette floraison, son caractère circonstanciel, alors que c’est l’éternité de la nature qu’il faudrait célébrer. Les cimetières allemands sont de ce point de vue tellement plus éloquents et j’ose dire plus rassurants : fleurs en terre, arbustes se penchant sur de sobres pierres tombales dressées comme de minuscules menhirs au lieu de ces couvercles pesants dont nous couvrons les tombes pour être bien sûrs que les défunts ne s’en échapperont pas. Point d’oiseaux, point de saisons, point de vie dans nos cimetières, alors que c’est l’éternité du souvenir et la continuité de la vie au travers des générations que nous allons y chercher.

A Bordeaux, j’exprimerai en conseil municipal, ce souhait partagé de voir plus de vert entourer les défunts, réchauffer les voies qui nous font circuler entre eux ; plus d’oiseaux accompagner les paroles que nous leur disons en silence.. Et dans le bref espace laissé entre les tombes, des herbes vivaces apporter témoignage que la vie est toujours la plus forte.

Les cimetières, ou quand l’ignorance mène tout droit à la violence

La bêtise n’est pas mon fort mais quand à la bêtise, s’ajoute la déloyauté et la manipulation, la moutarde a une tendance fâcheuse à venir me gratter le nez.

Dans un échange sur twitter, où imprécations et anathèmes se disputaient la vedette, j’ai répondu à qui mettait en parallèle (si ce n’est en concurrence) cimetières juifs et cimetières catholiques « il n’y a pas de cimetières catholiques » , en précisant dans le tweet suivant « pas de cimetière dédié aux catholiques mais des cimetières ouverts à tous ». Que n’avais-je fait ? Une marée de micro-twittos, tous lourdement décorés de sigles FN, de fleurs de lys bleu-blanc-rouges (ce qui ne manque pas d’humour) ou d’autres décors témoignant d’une large ouverture d’esprit, me vouèrent aussitôt à quelque version intégriste des gémonies, dont eux seuls détenaient la clef.

Que n’avais-je fait, mais surtout qu’en est-il ?

Les cimetières sont aujourd’hui des biens communaux (=municipaux), comme le sont les églises. Des cimetières récents peuvent être à l’initiative et en propriété de communautés urbaines, mais il n’y a pas de cimetières catholiques, dévolus aux catholiques, comme cela peut-être le cas de cimetières juifs ou protestants.

La ville de Bordeaux est un parfait exemple de cette diversité : vaste cimetière communal de la Chartreuse dont le nom rappelle l’origine, 3 cimetières israélites correspondant à des origines diverses des communautés (portugaise, avignonnaise..), 1 cimetière protestant, construit avant la loi de 1905 par la communauté protestante.

Les derniers cités furent à l’origine privés (propriété des communautés), certains le demeurent. Le cimetière communal, où les sépultures chrétiennes (porteuses de croix) sont majoritaires, ne constitue pas pour autant un cimetière dévolu à l’une ou l’autre religion. Il accueille les défunts bordelais de toute confession ou absence de confession et il faut s’en réjouir. C’est ce que fait également la République et ce que pose comme principe intangible la laïcité.

Les cimetières paroissiaux, attenants aux églises, sont comme on le sait devenus propriétés des communes, à l’instar des églises elle-mêmes. Ils sont aujourd’hui des cimetières communaux ou municipaux. Bien souvent demeurent des décors (par exemple sur les ferronneries des portails) qui renseignent sur leur origine et je trouve également favorable que nul n’ait trouvé séant de les faire disparaître. La bêtise n’est pas non plus le fort de la République, qui est porteuse d’union et de liberté.

Mes contempteurs m’ont donc voué aux feux de l’enfer, en brandissant les images des multiples de croix habitant ces cimetières. Les cimetières militaires, dans leur immense et sobre beauté, ont fait office de preuve définitive. Il n’en est rien : sous ces croix, des soldats de toutes origines et confessions, de toutes langues et provenances,  unis dans le sacré de la mort. Je rappelle aux féroces twittos qui me poursuivent que le sacré non plus n’est la propriété d’aucune confession et qu’il existe un sacré laïc.

Le mot « profanation » que l’on utilise pour toute attestation à des tombes n’implique pas non plus l’atteinte à une religion, bien que cela soit souvent contenu dans l’acte. Lui aussi désigne d’abord l’atteinte au respect des morts et au caractère sacré, essentiel, de ce respect.

Il y a par ailleurs à Bordeaux, des « carrés musulmans » où sont réunies les tombes de fidèles de l’Islam s’ils le souhaitent. Ces « carrés » correspondent à une tolérance relativement à la loi de 1905, d’ailleurs tout à fait légitime puisqu’il existe des cimetières juifs et musulmans indépendants parce qu’antérieurs à 1905 et qu’heureusement personne n’a eu l’idée de condamner.

Le déchainement dont twitter a été le vecteur est d’abord basé sur l’ignorance. Combien n’ont pas la moindre idée de la différence entre « catholiques » et « chrétiens » ! Combien ont écrit que « à part, juif ou musulman, qu’y a t-il d’autre que « chrétien » ! On peut être terrassé de cette inculture du fait religieux : elle est, in fine, source de violence et nous en avons tous les jours la démonstration.

Beaucoup de twittos ont versé dans cet excès, me qualifiant de « cathophobe », de « voulant éradiquer les chrétiens » « au bénéficie des juifs et des musulmans »; ceci parce qu’étant « sectaire puisque socialiste », ou l’inverse, et dans tous les cas, « inculte », « démente », et dont on se débarrasserait bien vite avec tous ceux de mon espèce. Un conseiller national ump, dont on vantera le riche vocabulaire  m’a désignée comme « la conne du jour ». A cette aune, le Conseil national de l’ump ne doit pas manquer d’élévation. Le journal « Ouest France » s’est d’ailleurs fait l’écho de la position modérée du Conseiller.

« La bêtise n’a pas de limites mais elle a des degrés » a dit un jour Jacques Chirac. Les « grands cimetières sous la lune », eux, n’en ont pas fini de dénoncer la spirale qui mène de l’incurie à la guerre.