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L’inexcusable erreur

C’est avec une totale incompréhension et un très grand regret que je constate aujourd’hui la disparition du Ministère des « Personnes Agées et de l’Autonomie ».

Ce ministère eût mérité pour le moins de rejoindre le sort de celui des personnes handicapées comme ministère transversal auprès du Premier Ministre, ce qui fut toujours ma demande.

J’ai soutenu également, lors de ma période ministérielle, auprès d’Emmanuel Macron lui-même à l’occasion d’un long entretien, de faire évoluer le nom de ce ministère vers celui de Ministère de la Transition démographique, en symétrie avec la transition énergétique. Le nouveau Président, alors Conseiller, avait paru y être sensible. Le sujet est au moins aussi important, à la fois dans les chiffres (30 % de Français de plus de 60 ans et une espérance de vie à la retraite de 30 ans) et dans le caractère profondément humain et intergénérationnel de cette transition.

Cette erreur doit être réparée. Ce sont aujourd’hui près de 15 millions de Français qui se trouvent sans représentation, sans porte-parole, sans référence,  pour faire évoluer notre société au regard du beau défi de la longévité et de toutes les questions qu’elle pose : santé, retraites, fiscalité, logement, familles, économie, grand-âge…

Les ex « baby-boomers » qui entrent aujourd’hui dans le champ de l’âge, dessinent aujourd’hui un spectaculaire dos d’âne dans les courbes démographiques et accusent toutes les questions précédemment soulevées.

Qui, dans ce Gouvernement, y apportera les réponses que tous les pays européens et au-delà se posent simultanément à nous ?

(Communiqué de presse après la nomination du Gouvernement Philippe)

 

Une journée de solidarité bien décolorée

La « journée de solidarité » instituée en 2004 par le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin pour contribuer à la prise en charge publique de la perte d’autonomie a perdu beaucoup de son sens au cours des années. Qui connait encore son origine ? Qui sait que la perte d’un jour de RTT ou la minute 52 secondes supplémentaires (…) qu’un salarié de la SNCF est supposé travailler chaque jour permet d’abonder le budget de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA) ? Ce budget de 2,4 milliards chaque année va pour 2/3 au grand âge et pour 1/3 au secteur du handicap : il contribue aux allocations de solidarité et permet de nombreuses réalisations en direction en particulier des établissements d’accueil des personnes concernées.

Cette « décoloration » apparait de plus en plus dommageable dans ce temps de « transition démographique » où chacun devrait s’imprégner du besoin de solidarité intergénérationnelle. Les écoles sont malheureusement fermées : la journée aurait pu être consacrée à un enseignement adapté à chaque niveau de classe sur le sujet. Des initiatives telles que repas en commun avec les résidents d’un EHPAD, projections de films, débats avec des âgés, activités communes.. auraient pu donner utilement corps à ce lundi de Pentecôte « férié travaillé ».

Il n’en est malheureusement rien. Soixante-dix pour cent des Français ne travaillent pas aujourd’hui et  ce lundi n’est qu’un pont de plus parmi tous ceux du mois de mai. De moins en moins d’allusions dans les médias (pas une ligne par exemple dans Libération ni dans Sud Ouest du jour), aucune manifestation particulière envers les âgés. Peut être aurait-on opportunément pu instituer une fête des grands parents correspondant à ce jour, je ne sais, mais cette indifférence générale est consternante.

Je peux le dire maintenant, j’étais (dans mon temps de Ministre) pour ma part favorable à une deuxième journée de solidarité permettant d’assumer un meilleur financement des établissements d’accueil et permettant d’étendre la loi que j’ai élaborée à ce secteur au lieu de la centrer sur le seul domicile. Cela supposait un très gros effort de pédagogie et l’appui soit des églises (si ce jour avait été une fête religieuse), soit des anciens combattants s’il s’était agi du 8 mai, dont on aurait pu décider qu’après le 70ième anniversaire, il pouvait devenir un jour férié travaillé. Cette perspective n’a pas été retenue mais nous savons qu’une prise en charge plus complète ne pourra se faire qu’au prix d’une recette supplémentaire ou d’un recours à l’assurance privée.

Chacun doit s’interroger sur son choix. Pour ma part, le mien est celui de la solidarité. Les données démographiques (augmentation de la population mondiale, longévité) sont claires : « le XXIe siècle sera celui de la fraternité ou ne sera pas ». Cette parodie d’une citation attribuée à Malraux n’est pas juste : le XXIe siècle sera, mais sans fraternité il sera d’une grande cruauté.

 

 

 

 

 

 

 

 

Loi autonomie : mon intervention en discussion générale

Retrouvez ci-dessous mon intervention du mardi 9 septembre, en discussion générale, à l’occasion de la première lecture à l’Assemblée nationale du projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement :

 

 

Et retrouvez ci-dessous le texte de mon intervention :

La loi d’adaptation de la société au vieillissement est une marche montante dans la prise en compte de la transition démographique et je tiens tout de suite à remercier le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault sans lequel cette loi n’aurait pas vu le jour et le Premier Ministre Manuel Valls qui a voulu qu’elle ouvre notre année parlementaire.

Je salue également Paulette Guinchard, qui il y a dix ans, a mis en place l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA), initiant une démarche dont cette loi assure la continuité.

 

Défi social, sociétal, financier, économique et éthique, la transition démographique est aujourd’hui au point où en était la transition écologique du temps de René Dumont en 1974, il y a 40 ans. Et pourtant, dès cette date, les millions de « boomers » qui vont porter la révolution de l’âge étaient déjà nés.

Disons-le : la question la plus nouvelle aujourd’hui, le défi le plus radical, ce sont les vieux, mot totalement inadéquat mais qui n’a d’autre objet qu’interpeller. Sortons du peloton, sortons enfin l’âge et les âgés du seul médico-social où ils – je devrais dire nous – ne se reconnaissent pas. Postons notre pays, bienheureusement situé dans le top 5 de la longévité, à l’avant-garde de la prise en compte de ce défi Ô combien transversal et en passe d’être universel.

 

Fiscalité, macroéconomie, succession, patrimoine, j’invite tous ceux qui ont dépassé la page 40 du « Capital » de Thomas Piketty à mesurer avec lui le bouleversement radical que constitue la longévité, dans ce domaine comme dans tous les autres. Se marier pour 70 ans –de préférence en une fois–, hériter à 70 ans, découvrir que l’on est plus isolé encore dans les villes qu’à la campagne, savoir que les revenus sont la première inégalité dans la prévention du vieillissement, voir notre organe de très loin le plus identitaire, le cerveau, capable nous quitter avant tous les autres, mesurer que d’ici 2050 le nombre de décès annuel va augmenter de 50%, ramenant la mort au cœur de la vie des familles et de la société elle-même, voilà qui – l’air de rien – remet en question notre système politique, social, sanitaire et bouscule pas mal notre condition d’homme.

A toutes ces questions la loi présentée aujourd’hui n’avait pas mission de répondre, mais cependant elle ouvre largement la voie de la transversalité, conditionnelle d’une approche globale de la transition démographique et elle apporte des réponses, toutes positives, au plus beau cadeau que nous a fait le XXème siècle : le doublement de l’espérance de vie.

 

Oui, la perte d’autonomie n’est pas inéluctable et la décision publique comme le comportement individuel, y peuvent quelque chose. Alzheimer lui-même peut être retardé, et je l’espère et je le crois, retardé encore plus grâce à la recherche.

Oui, la révolution de l’âge a de la chance d’avoir partie liée avec la révolution numérique qui est pour elle un outil de prévention, peut-être le meilleur puisqu’il mêle lien social, protection et stimulation cognitive.

Oui, la longévité est une opportunité, une chance et non pas une charge. On dit toujours qu’il faudrait plus de la vie d’un homme pour recopier l’ensemble des partitions de Mozart, alors qu’il est mort à 35 ans. S’il était né avec les « boomers », 200 ans plus tard, il aurait fallu pas moins de trois vies d’hommes pour en faire autant.

Oui, c’est bien une troisième vie qui nous est offerte à l’issue de la vie professionnelle. Une vie qu’il n’est pas question d’occuper mais d’accomplir, et là nous touchons au trou noir de la pensée politique : la place et le rôle des âgés dans la société. Valoriser, favoriser ce rôle, donner la parole aux âgés pour qu’ils soient les 1ers acteurs de cette transition démographique, c’est le sens du Haut conseil de l’âge

Oui, la République a besoin des retraités ; des valeurs dont ils sont porteurs, de l’énergie et de la créativité dont ils font preuve et qui n’attend que d’être reconnue. Oui, le redressement de notre pays ne se fera pas sans eux

Oui, la longévité n’est pas qu’une affaire de vieux, mais l’affaire de tous les âges : « J’ai été ce que vous êtes, vous serez ce que je suis » (Corneille). Réussir la transition démographique, c’est éviter la guerre des générations que les âgés gagneront dans les urnes et les jeunes dans la révolte. Nous avons tous autour de nous des gens dans les deux camps. Nous leur devons mieux que cette guerre. Nous leur devons la fraternité. Obama a donné le signe d’une société post-raciale, nous donnons aujourd’hui le départ d’une société sans barrière d’âge.

Oui, c’est la langue française elle-même qui doit sonner la fin de la démographie punitive, marquée par le mot « dépendance ». Oui, nous ne sommes les « aînés » de personnes, les « seniors » d’aucun club. Nous sommes âgés comme on est jeune. Nous sommes un groupe « à la fois puissant et misérable » par sa conscience de « s’endormir bientôt du sommeil de la terre » (Alfred de Vigny).

 

Je ne parlerai donc pas des 100 mesures de cette loi, ni de ses quatre mesures phares, nous en aurons l’occasion lors de l’examen des articles. Je veux terminer par un vœu…

Sur le terrain auprès de Maires de gauche, de droite ou du milieu, comme auprès des professionnels, au cours de multiples séances de concertation, ce texte a rencontré une grande adhésion.  Même si nous sommes dans un moment tendu et difficile ou plutôt parce que nous sommes dans ce moment, permettez-moi de formuler le souhait qu’il soit voté unanimement. Je crois, je suis sûre que, dans leur inquiétude, c’est cela que les Français attendent de nous.

 

 

 

Il faut aimer la politique (IV)

Anne Frank, cachée dans son grenier, disait « je ne me console pas en pensant qu’il y en a de plus malheureux mais en pensant qu’en ce moment d’autres se promènent au soleil main dans la main »

La citation n’est pas exacte, seule l’idée l’est  et, à peu près à son age, lisant son « journal », cela m’avait paru une  leçon remarquable.

La politique n’est pas toujours aimable, elle est régulièrement et à l’excès qualifiée de « dure », si on allait voir du côté de ses plus beaux moments ?

Lors de ma première participation à l’Université d’été du PS (2002, 2003 ?..) les médias bruissaient d’une seule question « Jospin y apparaitra-t-il ? » Nul autre sujet n’affleurait et des multiples ateliers de ces Universités, pas un mot.

C’était ma première Université, j’avais fait le choix d’être studieuse. Juste arrivée à la politique et sur la pointe des pids,  j’avais beaucoup à apprendre sur beaucoup de sujets. Logement, travail, système de retraite, sécurité sociale, prise en charge du grand âge, mon choix était plutôt basique c’est à dire centré sur les fondamentaux de notre fonctionnement politique.

Les ateliers étaient inégaux, nul n’était sans intérêt pour la néophyte assumée que j’étais. Le dernier, où j’allais assez innocemment, concernait le grand âge et la récente loi instituant l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA). La Ministre Paulette Guinchard qui avait porté cette loi menait cet atelier. Paulette a mon âge, un accent du Doubs qui rend sa parole inimitable et une manière franche et directe de parler qui ouvre tout de suite le cœur et les oreilles.

La question de l’APA, le pourquoi, le comment, est très technique : Paulette expliquait précisément et pourtant de manière inspirée et charnelle. Elle mettait jusque dans les taux du ticket modérateur une réalité que l’on pouvait croire vécue tant elle y était visiblement investie. Le public faisait plus que participer : il partageait.

Paulette n’a pas changé. Elle est aujourd’hui Présidente de la Caisse Nationale pour la Solidarité et l’Autonomie, poste qu’elle a accepté à ma demande alors qu’elle avait décidé de se retirer de l’action publique. Elle sait à la fois parler du déambulateur de sa mère et du regain d’activité qu’il lui a permis et élever le débat sur la nécessite d’une société qui ne s’occuperait pas en priorité du plus fort et du plus rapide mais de celui qui fait l’expérience de la vulnérabilité.

L’âge, et bientôt le grand âge, constituent l’expérience la plus universelle de cette vulnérabilité. Paulette l’a vécue au travers de son ministère, puis au travers de la maladie qui l’a décidée à renoncer aux mandats électifs. Mais à l’évidence, en l’écoutant pour la première fois parler à la Rochelle, elle n’avait pas eu besoin de cette expérience que je qualifierais de charnelle, pour la connaître intrinsèquement.

Paulette incarnait le sujet qu’elle portait. Elle n’a été Ministre des personnes âgés un peu plus d’un an (2001) et pourtant elle demeure la Ministre de référence et a été consacrée comme la plus marquante des titulaires de ce portefeuille par un sondage réalisé par une revue de professionnels.

Paulette est incontestable. Elus de droite, de gauche ou du milieu, tous en conservent la marque et m’en ont donné témoignage. Le milieu professionnel, 10 ans après l’APA, fait référence à elle et sa venue à la CNSA a été considérée par les professionnels comme « le plus beau cadeau qu’on pouvait faire à cette institution ». La formule ne s’invente pas. Peu de politiques sans doute ont eu le privilège  d’être considérés comme un cadeau.

Paulette n’est pas seule de cette espèce de « belles personnes ». Dans le champ politique comme hors de lui, mais pourtant je ne m’essaierais pas à dresser une liste. Une suffit : il faut assurément aimer la politique.

Retour sur l’examen en commission du projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement

Mercredi 16 juillet jusque tard dans la nuit s’est tenu l’examen en commission des Affaires sociales du projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement. Cette commission a été l’occasion d’étudier les très nombreux amendements (près de 400) déposés par les députés, qui témoignent de l’importance que ce revêt ce sujet pour la représentation nationale.

J’ai moi-même défendu 14 amendements visant à améliorer encore le texte que j’ai eu l’honneur d’élaborer en tant que ministre. Parmi eux, 5 amendements ont été adoptés, d’autres ont permis d’ouvrir largement le débat. Ces amendements portaient sur divers sujets et étaient donc relatifs à différentes parties du projet de loi. J’ai notamment porté des amendements visant à renforcer l’accompagnement de la fin de vie en maison de retraite médicalisée. Chaque année 90 000 personnes décèdent en EHPAD. Or, nous savons que le transfert en urgence des résidents très âgés est délétère : près d’un tiers des personnes transférées aux urgences y meurent dans les 48 heures.

J’ai donc proposé de systématiser la possibilité de faire appel à une infirmière de nuit en EHPAD, soit directement, soit par téléphone. La présence d’une infirmière de nuit permet en effet de limiter le recours à l’hospitalisation d’urgence pour les âgés en fin de vie. De la même façon et pour les mêmes raisons, j’ai proposé un amendement visant à systématiser le recours à des équipes mobiles de soins palliatifs. Ces deux amendements ont été adoptés.

Un autre amendement que j’ai défendu a lui aussi été adopté. Il concerne la possibilité d’accueillir au sein des résidences autonomie (anciennement appelées « foyers-logement ») des étudiants ou des jeunes travailleurs, dans une logique de cohabitation intergénérationnelle.

Au total ce sont près de 80 amendements qui ont adoptés en commission. Ils viennent parfaire le projet de loi et seront repris directement dans le texte qui sera examiné en séance dès la rentrée parlementaire, en septembre.

 

Pour revoir les débats en commission :

http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5739.commission-des-affaires-sociales–adaptation-de-la-societe-au-vieillissement-16-juillet-2014

et

http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5742.commission-des-affaires-sociales–adaptation-de-la-societe-au-vieillissement-suite-article-21-a–16-juillet-2014