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Menace sur les biens publics

Nous avons fait au fil des années l’expérience catastrophique de la vente des autoroutes au privé. Il s’en est suivi pour les Français une hausse constante des tarifs, et pour l’Etat, dans l’incapacité de renégocier les contrats de cession, une perte de revenus toujours croissante, alors que les bénéfices des actionnaires augmentaient continûment. Un rapport de la Cour des Comptes de 2013 a sanctionné le fiasco de ces ventes et nous pouvions espérer que la leçon aurait servi définitivement d’expérience.

La menace qui pèse aujourd’hui sur les deux aéroports parisiens, Roissy et Orly, démontre, au contraire, que les gouvernants n’apprennent rien. Ces deux aéroports sont les deux plus grands aéroports français, ils détiennent une part majeure des transports de passagers venant ou partant de France et leur fréquentation -et donc leur rentabilité- est en constante augmentation. Cette forte fréquentation est bien sûr un atout économique, elle peut s’avérer, en des temps troublés, constituer aussi un enjeu stratégique, car Paris est évidemment une plaque tournante majeure du transport aérien . L’acheteur éventuel est, comme pour les autoroutes un géant du BTP (Vinci en l’occurrence). Le prix avancé est de 8,5 milliards.

Quel est l’intérêt de ce « one shot » pour notre Gouvernement ? Je n’en vois qu’un et de court terme : afficher un meilleur équilibre budgétaire. Les inconvénients, voire les risques, sont d’une autre importance : privation de recettes régulières et croissance, perte complète d’autonomie de décision et de négociation en cas d’augmentation des coûts de location. Dans dix ans, nous serons tout aussi paralysés que nous le sommes en face des gestionnaires d’autoroutes, de parkings.. et de tant d’équipements imprudemment délégués au privé pour des raisons financières immédiates.

S’il y a un mouvement d’opinion, une pétition à lancer, c’est maintenant. Demain, il sera trop tard, comme ont été sans effet les mouvements en faveur du rachat des concessions autoroutières.

lire à ce sujet un article de « la Tribune » , journal économique peu suspect de gauchisme