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Revenu universel (2)

Benoît Hamon a remporté la première manche de nos primaires. Campagne claire autour d’une proposition phare, très discutée depuis plusieurs mois dans les médias et le public, voilà qui me confirme s’il en était besoin qu’il faut identifier un candidat à une proposition que tout le monde soit en capacité de nommer.

En réalité le revenu universel est un concept à multiples dimensions comme à multiples entrées. Je dis tout de suite que je suis favorable à un revenu  universel qui lisse les différentes allocations sociales, qui en simplifie la connaissance par le public et donc facilite l’accès aux  droits dont nous savons qu’il est loin d’être satisfaisant.

Je l’ai écrit dans un billet précédent : je suis au contraire très réservée sur un revenu universel qui porte en lui la résignation à la raréfaction du travail et donc à un chômage de masse. Bien davantage, je porte l’assurance que d’autres formes de travail se feront jour, et la volonté de voir d’autres secteurs s’ouvrir largement (silver économie dans son volet humain d’aide à la personne comme dans son volet entrepreneurial autour du du numérique, économie « verte », nouveaux modes de transport…).

Réservée également car le revenu universel XXL ne favorisera pas le travail des femmes. Combien d’entre elles, qui ont de petits salaires, seront amenées à rester à la maison pour assurer le soin et la garde des enfants. Combien d’entre elles qui aujourd’hui trouvent une place valorisante (par exemple dans les hôpitaux où il n’existe ni racisme ni discrimination), n’auront plus les mêmes possibilités d’inclusion et de libre pratique de notre langue si elles restent chez elles ?)

Réservée enfin, parce que je crois que cette valeur fondamentale de la gauche qui est l’émancipation par le travail y perd de sa force. De même, en marxisant un peu mon discours, nous y perdons le sens profond de la lutte du travail contre le capital.

Alors pourquoi cette férocité de certains à vouloir trancher sans tenter de rapprocher les positions ? Un militant, que je crois reconnaitre, me lance dans notre quotidien Sud Ouest un ultimatum : « il va bien falloir qu’elle tranche ! » Pour ma part, je ne porterai devant les électeurs que des mesures crédibles sur lesquelles je m’engagerai -que je sois dans la majorité ou dans l’opposition- .  Le meilleur de nos candidats aux primaires citoyennes a rassemblé moins d’environ 2% du corps électoral. A moins de se résigner à être une force d’opposition en vue d’échéances futures, nous devons élargir le champ de ceux qui mettront leur confiance en nous.

Ma réponse aux associations qui interpellent les élus sur la remise en question de l’obligation vaccinale

« Madame, Monsieur,

Je souhaite répondre à votre longue interrogation concernant l’obligation vaccinale à la fois en tant que citoyenne, médecin et élue.

Tout d’abord, j’appartiens à une génération qui a encore connu les jeunes, à peine plus âgés que moi, qui avaient été atteints par la poliomyélite. Ils comptaient parmi les premiers dans ce cas en raison de l’obligation de se vacciner contre cette maladie redoutable qui bouleversait radicalement la vie de jeunes gens. Ce souvenir ne me quittera pas car j’ai accompagné la vie de quelques uns d’entre eux. Nous avons fait, avec le vaccin de la poliomyélite, une marche considérable pour la santé de nos concitoyens.

En tant que Ministre des Personnes Âgées, je me suis particulièrement penchée sur la mortalité due au froid et à la grippe chez les plus de 65 ans. Celle-ci n’est pas très éloignée de la mortalité due à la canicule et nous pouvons la réduire sans risques en améliorant la couverture vaccinale des personnes âgées bien sûr, mais aussi de l’ensemble des professionnels de la santé et du médico-social. Je plaide pour cette double obligation vaccinale et j’ai obtenu lors du dernier Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) la vaccination contre la grippe chez les pharmaciens dans un objectif simple : celui que les personnes âgées ayant reçu leur bon de gratuité n’achètent le vaccin mais le laissent ensuite dans le réfrigérateur comme c’est trop souvent le cas. Il faut simplifier le dispositif. Pour autant, je reste très attentive à quelques cas particuliers comme celui des vaccins contenant de l’alumine. Il faut là-dessus faire une lumière totale et définitive pour que cela ne vienne pas entraver l’acceptation par le public de la notion même de vaccin.

Par ailleurs, si je ne veux pas en appeler à l’histoire, j’ai encore étudié pour l’internat la diphtérie, le croup, le tétanos, la variole et ces maladies, à l’exception du tétanos du fait du défaut de renouvellement du vaccin, ont été éradiquées. Nous ne pouvons loyalement et sans réserves que nous en réjouir.

Enfin, je tiens à mettre en question certains professionnels de la médecine qui ont utilisé la question des vaccinations bien au-delà des vérités scientifiques pour acquérir une renommée à la fois futile et dangereuse.

Ma réponse, je l’espère, ne vous paraîtra pas intransigeante, irréfléchie ou doctrinale. Tout doit être fait pour élucider les cas où une dangerosité de la vaccination peut être évoquée. Mais l’obligation vaccinale dans les autres cas ne doit certainement pas être remise en cause ni atteinte par des campagnes visant à les discréditer.

Mon engagement pour la santé publique est trop fort pour que je ne fasse pas sur ce sujet preuve de la moindre indécision.

Je vous prie de recevoir, Madame, Monsieur, mes salutations cordiales et tout à fait respectueuses de vos questionnements. »

Des voeux très chaleureux pour une année particulière

Des voeux très chaleureux à l’orée d’une année particulière et je remercie tous ceux qui y ont assisté, majoritairement des citoyens bordelais très divers ce qui montre que notre ville est ouverte au dialogue et à l’échange.

Année particulière en effet et je pense d’abord à l’Europe, malmenée par les menaces de Donald Trump, l’expansionnisme de Vladimir Poutine, le brexit et les positions de la Turquie qui font qu’elle n’est plus en capacité de rejoindre l’Union Européenne. L’Europe ne peut désormais plus compter que sur elle même et nous ne devons jamais oublier qu’elle est pour nous notre meilleure assurance-vie.

Année particulière, est-il besoin de la préciser, pour notre pays à l’orée d’un nouveau quinquennat et de nouveaux mandats législatifs.

Cette rencontre a été l’occasion de résumer mes grands engagements lors du mandat qui s’achève et qui fut pour moi scindé en deux périodes, ministérielle et parlementaire avec des axes forts : la transition démographique, la santé qui est la finalité de toute la démarche écologique et qui est un combat d’égalité, mais aussi le soin, l’hôpital et la sécurité sociale.

Il ne s’agissait pas d’une réunion politique mais d’une occasion de mieux se connaitre et d’échanger des paroles agréables comme le sont les voeux. Ces occasions ne sont pas si fréquentes et veulent dire que nous nous tenons à disposition si les belles choses que nous nous souhaitons ne se réalisaient pas. Les voeux sont d’abord un moment d’amitié et de partage.

Je les renouvelle ici. Que 2017 soit libre de drames et qu’il soit pour chacun de vous l’occasion de bonheur personnel et de réussite professionnelle.

Revenu universel, travail optionnel ?

Je m’interroge de longue date sur le revenu universel, et ceci sans lien avec les « primaires citoyennes » où la proposition a été introduite par un des candidats de la gauche (Benoît Hamon). C’est bien davantage deux constatations qui m’y ont amenée. Tout d’abord, la diversité non pas des avis, mais de ceux qui le soutenaient : des personnalités très diverses, de droite comme de gauche, s’y sont montrées favorables. Un groupe de chrétiens de gauche (les « poissons roses »), parmi lesquels un petit nombre de députés amis, en a fait sous le nom de « revenu de libre activité » * un de ses axes majeurs de réflexion, arguant que toute vie a une valeur et que cette valeur est égale pour toutes. Ce à quoi on ne peut que souscrire, en particulier quand on a choisi la voie de la médecine.

Mais est-ce vraiment la question ? Je laisse de côté l’applicabilité de la mesure, c’est à dire son périmètre (celui des citoyens d’un pays ou tous les citoyens du monde, fussent-ils nouveaux arrivants dans ce pays), son niveau (minimal ou permettant une vie décente), son coût pour l’ensemble de la société qui y souscrit. C’est plutôt son principe, universalisant la dissociation entre le revenu et le travail, qui m’interroge.

Je ne suis pas une femme de parti, mais je me vis comme fondamentalement socialiste. Nous voilà bien par les temps qui courent où tant d’augures de tout poil prédisent la disparition et du mot et de la chose de la scène politique. Socialiste veut dire habité par l’idée d’égalité en dignité, en droits et en possibilités d’aller au meilleur de soi-même. C’est ce troisième membre de phrase qui ne colle pas tout à fait avec le revenu universel.

Ces « possibilités » supposent la liberté d’en user, l’éducation qui permet de les découvrir et le travail de les accomplir. Marx et la primauté du travail sur le capital** n’ont fait que tardivement (au moment du bac) leur entrée dans mon champ de vision. Le travail comme moteur d’une vie, comme combustible tout terrain de son accomplissement et de la découverte de soi (« faire au mieux ce pour quoi on est le moins mal fait ») a au contraire fait partie dès l’enfance de la boîte de Pétri où je me suis construite.

S’y ajoute, pour ma génération, l’idée que la libération des femmes n’allait pas sans leur indépendance professionnelle, matérielle, intellectuelle et je redoute que le revenu universel ne soit un piège tendu à leur émancipation.

Pour tout dire, le travail est pour moi fondamentalement une valeur de gauche et il a animé tous ceux qui ont mis en place notre système d’éducation et d’émancipation. Il y a dans le revenu universel une sorte de résignation à la diminution annoncée de l’emploi. Le Bureau international du Travail a là-dessus des prévisions  à la fois réalistes et désespérantes : nous serons demain 9 milliards quand les emplois tels que nous les connaissons seront réduits par le numérique et toutes sortes de progrès technologiques.

Je préfère penser que ces « emplois » seront d’un autre ordre. La transition démographique ouvre un champ considérable dans le domaine de l’aide et du soin. La transition écologique ouvre les mêmes perspectives dans l’habitat, les transports et les modes de consommation. L’art, la culture et la création vont-elles tout d’un coup se réduire ou au contraire faire découvrir des territoires nouveaux ?

Je choisis pour ma part la confiance en l’incroyable capacité d’adaptation qui a fait de l’homme de Neandertal, l’homo sapiens. Il lui a fallu pour cela beaucoup d’effort, d’énergie, de volonté d’aller plus loin. C’est un peu tout cela que j’appelle « travail ».

 

A lire, deux petits livres aussi différents que leur couleur:

*un petit livre rose « A contre courant », éditions le cerf

**un petit livre orange « Contre le revenu universel », éditions lux

 

 

 

Sexagénaire et désireuse de le rester

Un journaliste en mal d’actu se lance dans un micro-trottoir. En appuyant un peu, je l’avoue sur la première syllabe du mot clef, il interroge les passants :

– Et vous, Monsieur, que pensez-vous des sexagénaires ?

Le Monsieur est un peu interdit du caractère direct de la question.

– « Eh bien… S’ils ne font pas de mal aux autres…  »

Une femme, moins timide devant les réalités de ce monde : – « Moi, je dis qu’on en parle trop.. A la fin, ça les regarde mais au moins qu’ils restent entre eux, voilà tout.. »

Un gamin, carrément déluré, s’approche en voyant la caméra : « Moi, je serai sexagénaire aussi quand je serai grand ».

Il réfléchit un peu et constatant la mine effarée de la dame, il ajoute timidement :

– » Comme mon grand-père… »

L’histoire ne dit rien de la vraie nature de ce grand-père. Mais rien que parce que c’est une histoire très mignonne, je trouve terriblement triste, d’un jour à l’autre, sans avoir rien fait pour ça, de ne plus être sexagénaire. Cette heureuse catégorie m’a toujours réjouie, et j’ai bien l’intention de m’y ranger de force pour les 20 prochaines années..