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Voter ?

Voter, alors que deux candidats sont sous le coup de mises en examen ? Voter, alors que la candidate que les sondages portent en tête se nourrit deux fois de l’Europe : en en faisant son fond de commerce électoral mais aussi son tiroir- caisse comme d’ailleurs tous les partis de l’ultra-droite européenne ?

Voter dans ce désordre, cette incertitude, cette inquiétude ? Voter dans ce désamour de la politique qui touche tous les partis, alors que tous n’en sont pas malades ?
Voter, alors que le parti montant est celui des « Prafistes » (« Plus Rien à Faire, Rien à Foutre ») , selon le mot de Brice Teinturier, directeur de l’IFOP.

Le Conseil Constitutionnel pourrait à ma connaissance retarder une élection si un candidat est « empêché ». Il s’agit ici de deux, deux candidats et deux élections (présidentielle et législative) qui ne sont désormais pas dissociés. Les conditions ne sont sans doute pas réunies et pourtant, imagine-t-on que l’un des deux candidats en cause puisse être dans moins de deux mois élu Président de la République ?

Dire que je suis inquiète est faible. Le jour de gloire que nous promet notre hymne national n’est pas pour les semaines à venir.

#DirectAN

Dans la salle des 4 colonnes, une journalistes de @LCP m’intercepte. A son air sérieux et au crédit de cette chaîne, je m’arrête. A brûle pourpoint, tendant son micro, elle demande :

-Croyez vous au Progrès ?

A son intonation, je comprends qu’elle met au mot un P majuscule. C’est le Progrès, le grand, le vrai, celui qui a fait couler beaucoup d’encre et étanché beaucoup de discours qui est en cause. Je regarde autour de moi ce beau décor chargé d’histoire, je « regarde » -si l’on peut dire- les moments que nous vivons.

-A vrai dire… Au Progrès, sans doute pas. Mais au fait que la volonté d’un homme ou d’un groupe peut faire progresser un domaine, soit dans la connaissance, soit dans la réalisation concrète d’une idée, oui, sans doute oui, j’y crois.

L’imminence de notre réunion de groupe m’oblige à ne pas aller plus loin. C’est à sa sortie que j’écris ces quelques lignes. Je crois au progrès quand il relève de la détermination et de l’obstination, comme je crois en l’optimisme de la volonté.

Ca tombe bien : obstination, courage, volonté, on en a aujourd’hui sacrément besoin. Mais quant au Progrès de la nature humaine,  si j’y ai jamais cru, je n’y crois plus guère.

#directAN veut dire, les amis de twitter le savent « petite brève en direct de l’Assemblée nationale »

 

Emploi réel, salaire fictif

En politique, je ne me réjouis jamais des malheurs de l’équipe adverse, ne serait-ce que parce qu’il rejaillissent en général à plein flot sur l’ensemble de la classe politique. Mais là, c’est pire…

Le « PenelopeGate » auquel je ne conserve ce nom parce qu’il était clairement prédestiné : Penelope restait à la maison, attendant le retour de son Ulysse et, très probablement, en plus de tapisser le jour et détapisser la nuit, faisait au vieil Homère quelques notes de lecture qui lui permettraient de faire de sa modeste histoire de famille une Odyssée.

Arrivons-en au plus fâcheux : le PenelopeGate a délié les langues. Ce sont aujourd’hui combien de conjoints et conjointes (tenants du titre ou faisant fonction) qui réclament leur dû et menacent leur élu(e) ( à la fois de leur coeur et du suffrage universel) de dénonciation pour emploi réel, salaire fictif.

J’en ai un de ce modèle à la maison, que je trouve matin et soir, comptant ses kilomètres, à pied dans des buts de tractage, sur 4 roues dans des buts de voiturage, fouillant mes archives pour traquer chaque faute de ponctuation ou d’orthographe dans mes documents électoraux qu’il a corrigé en 10 ans… J’en passe : chaque jour, la liste s’allonge et me condamne.

J’en suis venue au point, en vue de négociations, de comptabiliser les plats Picard que j’ai décongelé pour lui, les « pneus neige » à épaisse semelle de caoutchouc que je lui ai fait troquer pour des chaussures mieux compatibles avec un usage urbain en climat tempéré, aux « kneipp » à lanières que je lui ai fait abandonner en même temps que les chaussettes qu’il portait avec. Ajoutons qu’il dénonce cette dernière action pour atteinte à l’identité germanique et à la liberté d’expression.

Bref, c’est la guerre, d’autant que ses amis se liguent pour témoigner en sa faveur. Même drame chez mon excellente collègue Martine Faure et tant d’autres dont je tairai le nom par pure camaraderie. La politique n’est pas un long fleuve tranquille…

 

« Tu me donnes de ta boulange, je te donne de ma chasse »

Notre meilleure monnaie d’échange, ce n’est pas l’argent -et heureusement- , c’est le travail.

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Giono dans une petite nouvelle de rien du tout, devenue un grand film via Marcel Pagnol. Ni l’un, ni l’autre n’étaient des politiciens avisés et n’avaient d’ailleurs aucune envie de le devenir. Et pourtant, « la femme du boulanger » devrait être étudiée à Sciences Po pour cette simple réplique:

– « Tu me donnes de ta boulange et moi, je te donne de ma chasse. »

C’est le vieux marquis à monocle, Castan de Venelle, qui dit presque sans y penser cette phrase  au boulanger Raimu. Le premier a une perdrix dans la main, l’autre une fougasse. Notons au passage que le Marquis ne se doutait guère de pondre à cet instant précis un aphorisme digne de figurer dans le « petit livre rouge » de Mao.

Le vieux chasseur et le boulanger, on voit que je donne au mot « travail » un sens très large ; le même qu’en voyant Salvatore Caputo,  faire battre des mains sur le rythme de Carmen à un Grand Théâtre bordelais bondé jusqu’aux ceintres. N’oublions pas le vieux Gide: « La littérature, c’est 10% de talent, 90 de travail ». La musique aussi.

J’entends déjà mes détracteurs: Mao est un auteur très oublié, Gide plus encore. Ringarde, je suis, ringarde je reste. Il y a quand même du monde sur ce thème : de Marx à Michelle Obama, dans son dernier discours officiel, on est plutôt nombreux sur ce thème.

Le travail est une chaîne entre nous, un lien tendu dont Pierre doit remercier Paul, et Paul, Fatima ou Kevin. Celui qui défend dans son patelin la présence d’un médecin, sait bien que, s’il n’y a pas une école ou un garagiste pas loin, il n’y aura pas non plus de docteur. Alors oui, quelquefois, on n’a pas envie de se lever pour aller au boulot, alors -plus encore- quand on a un boulot dont le sens n’est pas évident et que la technique doit pouvoir remplacer, il faut avoir à disposition toutes les possibilités pour se former et évoluer. Alors -et plus, plus encore- quand on n’a pas de boulot du tout, on a le droit d’avoir toutes les aides pour découvrir la variété de ce que j’appelle « travail » et dénicher celui où l’on pourra se réaliser.

Mais, merde*, arrêtons de dire que le travail est un boulet, une valeur en voie de disparition et même que ce n’est pas une valeur du tout ! Rien de ce dont on est fier ne se fait sans travail. Les femmes sans doute savent tout cela mieux que leurs congénères masculins : c’est le travail et rien d’autre qui leur a permis de gagner leur liberté.

 

*je précise que ce « merde ! », est un merde poli, savamment calculé et modestement revendiqué…

 

 

 

 

 

 

 

 

La société post-factuelle est arrivée

Je n’avais pas sitôt posté sur Facebook mon billet précédent qu’est arrivé une réaction de « mon » conseiller départemental et ami, Matthieu Rouveyre. Ce n’était pas une réponse : Matthieu ne s’aventure pas sur d’autres comptes que le sien. Il a pris de mon inquiétude sur la place de l’instruction et du travail dans la pensée socialiste ce qu’il désirait en tirer. Je l’ai aussitôt copié et inclus dans les commentaires qui m’étaient faits :

« Ma députée, qui a voté le CICE, la déchéance de nationalité et qui expliquait que ceux qui s’opposaient à la loi travail ne l’avaient pas lue a décidé de faire son coming-out aujourd’hui en publiant un billet favorable à Manuel Valls.
En tant que mandataire de Benoît Hamon, et parce que la campagne officielle est terminée, je me garderai bien d’en dire quoi que ce soit. Je vous invite simplement à aller voter demain. Votez pour qui vous voulez mais votez, c’est vous au final qui répondrez le mieux à nos chamailleries socialiste ».

J’y réponds aujourd’hui. Non sur le profil de Matthieu : il ne conserve que les commentaires des ses proches ou de ses affidés. Son texte est une démonstration par l’exemple de l’usage que font aujourd’hui certains politiques des médias sociaux. Nous en discutions en profondeur récemment avec des experts de cette usage (réentendre l’émission « l’exercice du pouvoir » sur @franceculture en date du 31 décembre 2016)

Tout d’abord, Matthieu réunit ses troupes avec trois mots clefs dont il sait qu’il resserre l’entre-soi que cet usage d’internet a pour objet de développer. « « Ma députée, qui a voté le CICE, la déchéance de nationalité et qui expliquait que ceux qui s’opposaient à la loi travail ne l’avaient pas lue … » .  Les trois mots clefs sont là : CICE, déchéance de nationalité, loi travail. Tout va bien : les lecteurs se sentent déjà mobilisés et prêts à embrayer.

Sauf que… Je n’ai pas voté le CICE. Pas davantage que Benoît Hamon, mais comme lui, je l’ai porté au titre de la solidarité gouvernementale puisque nous étions tous les deux Ministres. Pour ma part, je me suis battue avec Jérôme Guedj (grand frondeur devant l’éternel) et Régis Juanico pour qu’il ne s’applique pas aux secteurs non concurrentiels comme par exemple les EHPAD publics, qui de fait, se sont trouvés défavorisés par rapport aux EHPAD commerciaux. Nous n’avons pu rien faire : l’inégalité devant l’impôt est non constitutionnelle. Après une remarque de Klaus Fuchs sur sa TL lui signalant ce non vote, Matthieu  a modifié sa phrase pour « qui était favorable au CICE ». Qu’en sait-il ? Nous n’en avons jamais parlé mais qu’importe, comme dirait Trump, Matthieu se base sur des « faits alternatifs ».

Je poursuis, sans détailler ce qui concerne les deux autres mots « déchéance de nationalité », « loi travail ». Pour la première, je trouvais inutile et dommageable son inclusion dans la constitution alors qu’elle existait déjà et que six procédures étaient en cours. Pour la seconde, je trouve incontestable le bilan positif de cette loi (CPA..). Non seulement, je l’ai voté mais amendée positivement (congés exceptionnels pour deuil…).

Poursuivons la lecture.  « Un billet favorable à Manuel Valls ». De lui, ni de son programme, je ne dis pas un mot. J’explique la base irréductible de mon vote par le fait que « mon » socialisme est celui de l’émancipation par l’instruction et par le travail. On a le droit de penser autrement, j’ai le droit de demeurer dans la fidélité à ce qui a fait de moi une socialiste.

La fin du post de Matthieu est délicieuse par l’apparence de prise de hauteur, l’absolution qu’il parait donner à notre frivolité : « nos chamailleries de socialistes » .« Chamailleries, de la part de qui ? Je n’ai pas participé à la campagne pour ne pas risquer de tomber dans le piège de ces chamailleries. Je me réserve pour d’autres cibles et surtout je souhaite que nous rassemblions parce que « ce qui nous rapproche est plus fort que ce qui nous divise ». En tout  cas, je l’espère.

Ce que je ne pratiquerai jamais, c’est l’entre-soi des camps retranchés, les fausses vérités ou plutôt les mensonges calculés au lieu de ce que j’ai appelé « evidence based policy » (la politique basée sur les faits), ni aucune forme de manipulation.