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Dimanche 13 heures

Retour du marché du Colbert. Mon faible enthousiasme n’avait pas lieu d’être : partout un accueil cordial, pas une rebuffade, pas une main repoussant le document que je proposais. Au contraire, beaucoup sont venus spontanément me voir, à l’instant une passante est descendue de son vélo pour me parler, plusieurs regrettant qu’une femme ne soit à la tête de notre liste. J’explique alors mon attitude et je crois qu’elle est comprise.

Plusieurs personnes m’ont renouvelé la proposition faite il y a quelques semaines par un commentateur de ce blog : ne présenter aucune liste, manifester ainsi qu’à ce point de mépris de la démocratie, nous refusions d’être « utilisés ». Chaque fois je répète que c’était donner 100% des voix à Juppé (même sur un très faible pourcentage de votants) et faire basculer la CUB.

D’autres m’ont très ouvertement manifesté qu’ils se comptaient dans les rangs de la droite, mais qu’ils étaient choqués de ce retour anticipé, illégitime quel que soit le jugement du tribunal administratif après le recours qui a été déposé. L’ « esprit des lois » voudrait que ce qui est illégitime ne puisse être légal.

Toutes les listes étaient représentées sur le marché. Sonia Dubourg Lavroff (conseillère muncipale déléguée) m’a surprise et un peu déçue de reprendre l’antienne du site de Juppé : l’élection ne coûtera pas grand chose aux Bordelais, c’est l’Etat et donc l’ensemble des français qui devront payer. Si la facture est diluée, les principes doivent-ils l’être pour autant ?

Une chaleur humide remonte sur la ville, des chants d’oiseaux timides arrivent jusqu’à moi et dissipent la nostalgie qui monte imperceptiblement sur ce milieu de dimanche.

Dimanche matin

Silence absolu sur mon jardin où la lumière pénètre par petits pans découpés dans les frondaisons d’arbre. Longtemps j’ai essayé de sauver ces premières heures de dimanche pour quelques lignes, quelquefois une page ou deux, en réalité pour savoir ce qui me restait dans la tête après des semaines encombrées de trop de choses où la pensée n’avait guère à faire. C’est un exercice à la fois agréable et éprouvant : bien souvent je n’y trouvais que ma capacité à regarder et écouter le silence et le cours des saisons, comme ce matin exactement.

Mais rien que cela est un bonheur. La ville du dimanche est dans une sorte d’apnée qui la rend à sa fonction de décor amical. Il y a quelques mois encore, ma fenêtre s’ouvrait sur un mur et sur des pans de toit : même cela avait une personnalité, changeait selon les heures et les mois, même cela m’était devenu un spectacle que j’aimais retrouver de dimanche en dimanche, où j’aimais m’absorber un moment en guettant au loin un volet qui s’ouvrait, une voix qui appelait au départ, des signes étouffés d’une vie de dimanche.

Tout à l’heure, je rejoins Jacques et un groupe de nos camarades au marché du Colbert. Que le dieu des campagnes électorales me pardonne : ce n’est pas mon lieu et mon activité favoris. L’accueil n’y est pourtant pas désagréable et souvent même chaleureux. Mon côté BCBG (Bon chic, bonne Gauche) a raison des moins bien disposés. Mais voilà, je n’aliène pas d’un coeur très enthousiaste ces premières heures du dimanche.

Bonsoir, tout simplement.

Ouf, le billet précédent, tout en chiffres, m’a épuisée ! Je ne suis pas une femme de chiffres mais je tiens à la rigueur de ceux que l’on avance. Alain Juppé a appris au Canada la décontraction et le sirop d’érable, j’y ai rencontré la démocratie respectée et la transparence des comptes publics. Le prix des campagnes électorales intéresse les citoyens. Il devrait être systématiquement porté à leur connaissance.

Une gentille amie me téléphone à l’instant pour me signaler que le billet du 31 aout, auquel je fais référence, n’est plus en ligne: mais si, il faut aller dans la colonne de droite et consulter les archives du mois d’aout. Elle m’attrape de ne pas préciser les cinq listes qui sont en lice pour l’élection municipale : FN, LCR, PS-PC-MRG (la nôtre), UMP (juppé), Verts (Hurmic). J’ai voulu écrire dans l’ordre alphabétique, mais avouons qu’en l’occurence, il n’est guère plaisant.

« Si notre vie est moins qu’une journée… » C’est un vers, le premier d’un poème, qui me vient souvent quand une journée s’achève et que la nuit menace d’en faire le procès.

tout simplement, bonsoir.

« Le degré zéro de la politique »

Sur son site électoral (carnet de campagne du 14 septembre), Alain Juppé est d’une mauvaise foi à couper à la scie égoïne dans sa réponse à mon évaluation du prix de la campagne et du scrutin qu’il a provoqué pour son seul bon plaisir.

Rappelons les chiffres que j’ai avancé et fait contrôler (voir billet « le vrai prix de la fausse campagne » en date du 31 aout):

600 000 euros, si quatre listes font au premier tour 5% des voix


Cinq sont à ma connaissance aujourd’hui en lice, quatre dont celle de Juppé lui-même sont à peu près assurées d’atteindre ce score, à moins que notre ex-maire n’ait donné le mot d’ordre d’un vote révolutionnaire (porté sur la partie adverse) à l’UMP. Chaque liste sera remboursée à hauteur de 100 000 euros, ce qui fait bien 400 000 euros, à ajouter aux frais fixes engagés par la mairie. Alain Juppé les chiffre à 152 000 euros par tour de scrutin ; j’avais eu communication de 200 000 ; meilleure joueuse que lui, je lui fais crédit de la différence. Total : 552 000 euros .

– Soixante dix mille euros s’ajoutent à cette somme, si deux listes vont au deuxième tour ;


Et si Juppé persiste dans ce vote révolutionnaire dont sa sous-évaluation laisse présager, on peut espérer que ces deux listes seront la nôtre et celle des verts.

On y ajoute les 152 000 euros de frais fixes pour ce deuxième tour, soit : 770 000 euros, pour le total des deux tours.


Mes chiffres étaient donc bons et confirmés par « Sud-Ouest » ce matin qui revient sur sa première appréciation de 312000 euros pour une évaluation plus juste située entre 500 000 et un million d’euros !

Dans ce même « carnet de campagne », Alain Juppé met en regard de la dépense les formidables économies dues au fait que les 47 conseillers municipaux démissionnaires ne seront pas payés pendant un mois et demi, oubliant que le travail ne sera pas fait non plus. Au demeurant, il chiffre cette économie à 111 000 euros, chiffre rondelet. Je reçois pour ma part 194 euros (net) par mois comme conseiller municipal. Nos indemnités ne sont apparemment pas toutes égales.

Il compte aussi sur des économies de secrétariat de 27 500 euros : sans doute des CDD embauchées uniquement pour cette période, car les secrétaires titulaires continueront à mon avis d’être payées. Le droit du travail est décidément bien malmené à la mairie de Bordeaux. Je ne veux croire qu’il chiffre ainsi les frais de papier et de timbres : les lettres en retard devront être faites après l’élection.

Mais enfin, comble du comble, que ce soit 600 000 ou davantage, Alain Juppé ne s’en offusque pas puisque ce ne seront pas les Bordelais qui payeront mais l’Etat !

L’Etat n’a qu’à payer, en effet ! Et c’est d’ailleurs pour l’application de ce principe qu’Alain Juppé a été condamné à un an d’inéligibilité . l’Etat a en effet financé les emplois fictifs de la mairie de Paris, tout comme il finance (légalement et légitimement) le RPR qui a remboursé 890 000 euros de dommages intérêts à l’issue du procés. L’Etat toujours donc, c’est à dire l’argent public et plus clairement encore, le contribuable. Je préfère dire : le citoyen.

Sur ses documents électoraux, AJ ose demande aux Bordelais de souscrire 10, 20 euros, ou plus, pour soutenir sa campagne, alors qu’il va en encaisser 100 000, ce qui est plus que suffisant pour une campagne de quatre semaines.

« Parlons chiffres, mais parlons en vraiment », dit-il, toujours sur son site. Et il qualifie de « degré zéro de la politique » de chipoter sur ce problème de coût de l’élection. Les zéros, c’est connu, ne valent que par l’endroit où ils sont placés. De toutes manières (je cite) « situons nous à un niveau plus élevé (…) Alain Juppé est un plus pour Bordeaux »…

C’est justement ce « plus » que je trouve grandement excessif pour à peine quelques mois de mandat.

Souffle de nuit

Angoisse, je ne sais pourquoi, de la nuit qui vient. Notre liste municipale vient d’être votée. Le vent se lève dans la touffeur d’une nuit presque tropicale, où chaleur et humidité donnaient tout à l’heure à l’Athénée* une atmosphère de cinéma de brousse. Pourquoi l’inquiétude, la grande, la vraie, l’inquiétude existentielle qui tient aussi mes patients éveillés, m’apparait-elle quelquefois presque matériellement ?

(*la salle de l’athénée municipal à Bordeaux)