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Anna et Maria

Cet après-midi, autour de Gerard, Janine, Odile… inlassables animateurs du Réseau Education Sans Frontière (RESF), parrainage républicain sur le parvis des droits de l’homme, à deux pas de la mairie de Bordeaux. Grand concours de media, grâce à Josiane Balasko, qui nous a fait l’amitié de se déplacer pour « marrainer » Karim, dont Matthieu Rouveyre a été le parrain.

Mes deux filleules à moi, Anna et Maria, 16 et 11 ans sont deux jeunes Bulgares appartenant à la minorité turcophone du pays. Elles s’expriment parfaitement en français et sont scolarisées à Bordeaux depuis 2001. Leur Maman est seule pour les élever. Toutes les trois ont reçu en octobre un avis de reconduction à la frontière, ce qui veut dire pour ces toutes jeunes filles la rupture avec leurs amis et camarades de classe, l’interruption de leurs études et, on ne peut l’exclure, un mariage forcé avec quelqu’un dont elles ne connaissent même plus très bien la langue (pour la plus jeune en tout cas).

Je n’ai pas envie d’en parler davantage, car je déteste le « pathos » et tout ce qui y ressemble. J’ai maintenant cinq filleules et j’espère aider à ce que leur vie ne soit pas gâchée. Mes valeurs sont simples, je les ai dites souvent ici: nous n’avons qu’une seule vie, une chacun, donnons-nous (à nous mêmes et entre nous) les moyens d’en faire le moins mal.

Des calculatrices à l’heure UMP (9)

J’évoquais dans le billet précédent un protocole de gauche et un protocole de droite. Je découvre qu’il y a aussi des calculatrices de droite (optimistes) et des calculatrices de gauche (franchement maussades).

Ces deux modèles sont en concurrence à l’Institut de l’entreprise (IDEP) qui évalue le coût des projets législatifs. Celui de l’UMP 47,3 milliards d’euros, celui du PS 57,22 milliards. Jusque-là on peut simplement penser que nous sommes plus ambitieux.

L’affaire se complique un peu quand on examine le coût de deux projets similaires, en l’occurence le service civique de 6 mois. Cinq cent millions d’euros quand il est de droite, 3,1 milliards d’euros quand il est de gauche ! Six fois plus, et pourtant dans les deux cas ce sont bien des euros !

Je n’avais pas tout à fait tort quand je m’interrogeais sur le sens où tournent les aiguilles des horloges pour notre municipalité UMP et pour nous ! (cf billet 22 de novembre)

Le prix Jean Valleix (8)

Le principe de ce blog, un tantinet politique sur les bords, n’est pas de rendre systématiquement hommage à la majorité municipale. Je le fais cependant volontiers quand elle atteint à l’excellence, ce qui fut le cas lors de la visite ministérielle au collège du Grand Parc.

Il faut dire qu’elle était représentée, en plus d’Alain Juppé lui-même, par deux de ses membres éminents, dont le récent lauréat du prix Jean Valleix : mon copain d’internat en médecine Jean-Marc Gaüzère.

Quelques esprits chagrins, mal informés ou retardés ne connaissent pas encore le prix Jean Valleix : il est décerné par la majorité municipale elle-même à celui qui, dans l’année, a montré le plus d’empressement et de talent à figurer aux côtés du maire (ou de toute autre grande personnalité) au milieu du champ des caméras et des objectifs photographiques. Ceci, bien sûr, en hommage à l’enseignement et à l’exemple de Jean Valleix.

Mon copain Gaü, comme nous l’appelions dans notre jeune temps commun, a exprimé ce jeudi tout son talent, quasi de manière permanente à la droite du maire, qui d’ailleurs le prenait par le bras dans les rares instants où il semblait s’en désolidariser. J’ai dû à un moment, m’autorisant de notre longue camaraderie d’étudiant, lui faire remarquer que ma carrure, ni ma taille ne pouvaient rivaliser avec les siennes, mais que représentant Philippe Madrelle dans cette manifestation, je me devais de n’être pas systématiquement reléguée en fin de peloton. Nous avons des relations cordiales : j’ai pu tenter quelques brèves intrusions entre la rangée d’épaules municipales ! Non sans effort, mais enfin, j’y suis parvenue !

Je ne sais si notre députée Chantal Bourragué a précédemment obtenu le prix Jean Valleix. Elle a longuement travaillé dans son sillage et a pris sa succession au Palais Bourbon. En ce qui concerne l’objet du prix, l’élève dépasse aujourd’hui le maître, et si par mégarde elle n’avait pas été jusque-là couronnée, ce serait pure injustice. Je ne le crois pas possible.

Contrairement à Jean Marc, Madame Bourragué n’a laissé strictement aucun interstice entre l’épaule droite de Gilles de Robien et l’épaule gauche d’Alain Juppé. Une très grande professionnelle. Un instant, j’ai voulu lui faire remarquer que le protocole, que je connais malheureusement assez bien, voulait que le Président du Conseil Général, dans un collège, soit puissance invitante, elle a eu ce mot superbe: « Mais vous êtes de l’opposition ! ». Il y a à Bordeaux, ville qui n’a pas connu l’alternance depuis 60 ans, un protocole de droite et un protocole de gauche, le premier réduisant le second au second plan justement !

Mon hommage à Jean Marc ne s’arrête pas là : du temps où Gilles Savary était le président de notre groupe municipal PS, nous décernions quant à nous un prix « brosse à reluire », distinguant celui qui dans l’année, et particulièrement au moment de la présentation du budget, rendait l’hommage le plus soutenu, en béton Bouygues authentique, au maire et à son action. Jean Marc obtint aussi ce prix, succédant en cela à Michel Duchène.

Tout cela pour avouer, que lors de cette visite, je me suis essayée à la compétition. A peine ai-je mérité un accessit, mais enfin, je progresse. Les photos prises par un jeune collégien de Clisthène lors de la conférence de presse en témoignent. J’aurais dû, en tant que représentante de Philippe Madrelle, être assise à la table ; ça, faut pas quand même trop demander.. Je le répète, dans une ville qui n’a pas connu l’alternance depuis plus d’un demi-siècle, on réécrit le protocole comme on a réécrit L’esprit des lois, à l’occasion des municipales anticipées.

Beaucoup de choses sont fondamentalement insignifiantes, ce qui ne veut pas dire qu’elles n’ont pas un sens. Celui de cette histoire ne vous échappera pas.

L’herbe entre les pavés (7)

Multiple est la vie. Hier matin au congrès de psycho-onco, hier après-midi recevant au Grand Parc le ministre Gilles de Robien, aujourd’hui et demain aux Journées Dermatologiques de Paris . Multiple, la vie et la hiérarchie des intérêts et des importances. Ici le héros est un ministre, ici c’est un scientifique, ici encore un psychologue ou une aide-soignante. Sur la plage d’Hossegor, c’est un champion surfer et sur le terrain de footbal, c’est Zidane.

Hier donc, visite ministérielle dans « mes » collèges. Preuve sans conteste que Gilles de Robien lit assidûment mon blog. Je n’avais pas si tôt évoqué (billet 15 du mois de novembre) la qualité de l’enseignement au collège du Grand Parc qu’il n’a eu de cesse de venir le visiter ! Nous nous en sommes tous réjouis : quelques jours plus tôt en effet nous avions décidé au conseil d’administration de ce collège de mettre sur pied un groupe communication pour mieux le faire connaître et y soutenir la mixité scolaire. Voilà au moins un début de réalisation !

Hors cela, cette visite au galop a été prototypique de ce que peut être la comédie, non pas du pouvoir, mais de l’apparence du pouvoir. Jeu de coudes vigoureux pour être aux côtés du ministre, c’est à dire au milieu du champ des caméras. Jeu de coudes non moins vigoureux pour m’en écarter (« Vous êtes de l’opposition ! ») . Après la visite, nous avons bavardé, plaisanté, je dirais presque joué, avec les collégiens, heureux et détendus. J’en ai rapporté quelques photographies très gaies que je verse dans l’album de ce blog.

Changement complet de décor aujourd’hui. Quatre mille congressistes, majoritairement européens, pour les Journées Dermatologiques de Paris, vieille institution qui a su évoluer avec la dermatologie elle-même qui est aujourd’hui une spécialité étendue de la recherche cosmétologique jusqu’à la cancérologie pure et dure qui est mon domaine.

Ce bref billet, écrit l’ordinateur ouvert sur mes genoux (comme souvent), fait le lien entre ces mondes différents. J’aime cette écriture nomade, dans les interstices de la vie. Virginia Woolf disait « l’important ce ne sont pas les pavés, mais l’herbe qui pousse entre eux » . Trois mots, trois phrases entre des morceaux de vie.

Qui est le proche ?

Cette question, façon philosophe post-moderne, vient d’introduire le congrès de psycho-oncologie, ce matin à Arcachon. Enorme congrès de près d’un millier de participants, réunissant oncologues (cancérologues), psychiatres et psychologues travaillant en milieu cancérologique et personnalités du monde des sciences humaines. Atmosphère profondément réfléchie, en accord avec la gravité du sujet et sa dimension multiple.

J’avais eu la veille un long entretien avec l’épouse d’un malade. Appelons-la Florence. Je venais de lui donner de mauvaises nouvelles et elle me faisait partager son vécu des retours de chimio de son mari, des attentes de scanner, de la crainte de signes nouveaux… Ce chemin, plus difficile que tout autre, de ces héros de notre temps que sont les malades graves. Elle m’a dit « je ne sais pas si je fais bien, je n’étais pas préparée ». Réflexion simple et profonde qui situe toute la thématique du congrès. Non seulement « qui est le proche ? » mais aussi « comment l’aider dans son rôle d’aidant ? ».

Qui est le proche ? On emploie de plus en plus souvent le terme de « personne de confiance ». Celle à qui on pourra parler, celle surtout à qui le malade souhaite que l’on parle, celle qui l’accompagne dans cette épreuve entre les épreuves qu’est la maladie grave. Les familles, c’est un poncif bien connu, ont évolué en quelques décennies plus qu’en plusieurs siècles (9% de divorces en 1965, 40% en 2005 ; ce n’est qu’un chiffre parmi beaucoup). Quatorze pour cent des français vivent seuls dont 5 millions de femmes de plus de 55 ans. Or cette tranche d’âge est celle de la plupart des cancers.

Ce proche quelquefois absent, est aussi bien souvent en difficulté, ne serait ce que matérielle, rendant son rôle d’aidant bien difficile. Et puis, il y a toutes les formes de vulnérabilité, ces « proches » qui le sont un moment et qui se détournent de la maladie, ces proches qui ne l’étaient pas et qu’une rencontre, une conversation, un moment de confiance, un geste, font découvrir ou reconnaitre comme proches.

L’importance de la question est évidente, et deux jours de congrès ne seront sans doute pas assez pour essayer d’en cerner la complexité et surtout d’améliorer cette aide aux aidants qui est aussi un des objets de la médecine, même s’il n’est identifié sous cette forme que depuis peu. Nous sommes ou serons tous les proches d’un être cher ou vulnérable. Un million de Français vivent, à l’instant où j’écris, en compagnie d’un cancer.

J’utilise le mot « compagnie » à dessein. Cette compagnie envahissante, souvent obsédante -une malade dit « ce colocataire permanent »- qui change la face du monde, le sens du calendrier, qui fait quelquefois que la moindre date, la moindre échéance, prennent une dimension de violence (« où serai-je, où en serai-je aux prochaines élections, à Pâques, aux vacances ? »)

Je reviens au congrès. J’y étais ce matin avec une double casquette et je me réjouis de toutes les occasions qui me permettent de faire le lien entre ma profession d’élue et ma profession médicale, entre la vie que l’on qualifie de « publique », et ce privé entre les privés qui est le soin individuel que l’on porte à un patient. Le Conseil Général, hors de ses « compétences » (c’est à dire de ses obligations légales) a choisi de s’investir dans le domaine de la santé. Je n’y suis pas tout à fait étrangère et c’est une de mes fiertés.

J’ai donc ouvert ce congrès au nom de Philippe Madrelle que je représentais. La phrase est un peu bête en tant que telle mais quelquefois la présence des pouvoirs publics a une signification réelle. Nous soutenons financièrement cette manifestation mais plus encore nous rendons ainsi hommage à ceux qui oeuvrent dans ce domaine. Et c’est ce que j’ai exprimé, devant un amphithéatre bondé à la Présidente de la Société française de psycho-oncologie, Mme le dr Pelicier et au dr Jean Marie Dilhuidy, collègue de l’institut Bergonié, qui a eu l’initiative de la tenue en Gironde et la charge de cette grande réunion de savoir et de sollicitude.