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Le vent, ici, paraît traverser les murs. Jamais, il ne consent tout à fait à se taire, jamais il ne laisse une quelconque canicule s’installer et paralyser le mouvement permanent de la mer, l’impression d’agitation existentielle que donnent les bords de côtes. On ne vient pas dans cette maison pour trouver la paix ou l’oubli, mais pour mettre le brouhaha de l’intérieur des terres en perspective de mouvement permanent, inchangé depuis des siècles et sans doute des millénaires.

Il y a 14 ans mon père mourait à Bordeaux dans une chaleur étouffante et dans une ville déserte où organiser des obsèques paraissait un défi à la bienséance qui fait que l’on dérange plus facilement l’activité que les sacro-saintes vacances françaises. J’étais en face de lui pour le dernier hoquet qui souleva sa poitrine, à tout jamais condamnée à l’immobilité . Dans un de ses livres, il avait écrit désirer mourir en novembre, mois qu’il n’aimait, sans doute dans la vague idée que quitter le monde est moins désagréable ou plus facile quand, lui, le paraît et ne donne pas envie de s’attarder davantage. J’avoue n’avoir eu jamais de ces préférences. La mort, que j’ai si souvent accompagnée me paraît, où que ce soit et à quelque moment qu’elle survienne, incompréhensible, brutale, irrationnelle, inévitable et pourtant inconcevable. Même écrire à son sujet a quelque chose d’hypocrite, comme si nous voulions nous en prémunir ou la chasser. Mais rien, ni vaccin, ni réflexion, ni lecture, ni œuvre d’art, qui puisse nous mithridatiser et moins encore nous familiariser à ce trou béant qui avance vers nous et demeure invisible.

 

 

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