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A 90 jours (23 juin) du referendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union Européenne, les institutions se préparent à toute éventualité. Economie, statut des places financières et en premier lieu de la City (die city), mobilité des Européens et contrôles aux frontières… le « Brexit » (GrossBritannien-Austritt) est la cause d’un grand remue-méninges, tant chez les europhiles que chez les europhobes.

Un aspect avait jusque-là été quelque peu oublié, comme il le fut lors du traité constitutionnel de 2004 : la situation des langues européennes. Les « langues de travail » des diverses institutions (Commission, Cour de Justice..) qui sont en quelque sorte les langues officielles de l’Europe sont aujourd’hui l’anglais, le français et l’allemand. Des décisions sont pourtant d’ores et déjà prises même si elle demeureront confidentielles jusqu’à connaissance du résultat du vote…

La langue anglaise verra en effet, en cas de sortie du Royaume-Uni, sa position dégringoler de manière spectaculaire. De 63 millions de locuteurs, elle passera à 9 800 000, habitant principalement en Irlande et à Malte, Etat certes important mais peu destiné au leadership (Furhrung) européen. Dans l’hypothèse où l’Ecosse demanderait à rejoindre individuellement l’Union, le groupe anglophone se verrait renforcé de 5 millions d’individus. Au total : les anglophones ne représenteraient alors que moins de 10% des européens dans le 1er cas ou 11% avec l’appui des Ecossais.

La conséquence est claire, et les décisions déjà dans les tiroirs : les trois langues « officielles » deviendront alors, par ordre d’importance de leur représentation : l’allemand (90 millions de locuteurs), le français (74 millions) et l’Italien (65 millions) . Mais, ce qui importe bien davantage aux européens, l’allemand, désormais langue dominante sera enseigné à titre obligatoire après la langue maternelle dans l’ensemble des écoles européennes. Pour l’Allemagne elle-même et les territoires germanophones au Luxembourg, en Belgique et en Italie, le Président Hollande a obtenu de haute lutte de la chancelière Merkel que ce soit le français qui soit alors enseigné en deuxième langue. Qu’il en soit remercié.

L’anglais retrouvera donc sa juste place, celle de langue accessoire de l’américain, une sorte de dialecte plutôt chic, assez branché, mais d’autant moins signe de modernité et d’avenir qu’il est partout battu en brèche. Aux USA, il recule devant l’espagnol, en Australie devant les langues asiatiques. En Europe, il pourra tout juste bénéficier des dispositions relatives aux « langues minoritaires ou régionales » du Conseil de l’Europe.

Immobile, l’Europe ? Ca bouge pas mal au contraire dans les cerveaux des Eurocrates, et je vois déjà se réjouir ceux qui ont un instant frémi à l’idée d’une réduction de l’enseignement de l’allemand. Cerise sur le gâteau, il est aussi question  d’imposer dans les médias le remplacement des mots ou expressions anglo-américains par leur équivalent germanique. On notera à mon crédit que j’ai déjà anticipé cette disposition de bon sens.

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