dimanche 12 février 2012

Emmanuel Kant, Sarkozy et les valeurs

Homme de haute culture, Nicolas Sarkozy sait qu'il faut "bien penser pour bien faire".

Cet adage, multiplement traduit, diversement compris, constitue un des premiers slogans politiques en faveur des "Valeurs". Tout ancien qu'il fût, il n'a pas échappé au petit Nicolas ni à ses équipes.

Nous ne pouvons agir sans avoir quelque raison pour cela, et plus profondément encore nous ne pouvons agir sans penser que ces raisons sont bonnes et qu'elles peuvent, voire qu'elles doivent, être érigées en principe de toute action.

Kant bien sûr. Ce qu'il n'a pas dit pourtant, mais il aurait dû : tout homme politique pour être compris doit être capable de dire ce qui l'anime et de mettre son action en perspective de ce qu'il énonce.

Travail, responsabilité, autorité, famille, un poil de laïcité, non pas positive mais sélective, voilà donc ce qui fait courir Sarkozy. Des esprits chagrins diront : ce ne sont pas des valeurs, mais des mots clefs. D'autres plus chagrins encore, ajouteront que ces mots sont assez éloignés de notre belle triade républicaine. Seule la laïcité figurerait utilement comme 4ème mousquetaire au fronton de nos bâtiments publics mais il n'est alors pas certain que les propos du Président sortant au cours de son mandat viennent y satisfaire.

Le travail, instrument d'équilibre et d'épanouissement personnel pour la gauche, a été réduit par ce même Président en 2007 à un moyen de "gagner plus". Il est aujourd'hui, encore plus gravement, réduit à son coût, qu'il s'agit de diminuer et de diminuer encore, ce qui ne parait pas le plus sûr moyen de le valoriser et de le mieux considérer. "Tout ce qui peut alléger le coût du travail, récompenser l'effort, faire la différence avec l'assistanat, doit continuer à être mis en oeuvre systématiquement" : la logique de la phrase échappe complètement. Est-il question des salaires faramineux des managers de grands groupes qui ont radicalement, douloureusement, dévalorisé le travail de tous les salariés? Que peut penser un ouvrier au smic de la valeur de ce qu'il fait quand, au bout de la chaîne son patron gagne 500 fois son salaire ?

De "responsabilité", je n'ai trouvé trace dans l'entretien "accordé" au Figaro magazine et je n'ai guère le coeur à commenter plus avant ce qui n'est qu'une inscription dans les pas du discours lepéniste. Pour autant, le texte mérite d'être lu parce qu'il est au contraire de ce qu'il affiche et qu'il ne dessine aucune vision ni de la République, ni de la place de l'humain dans cette République. C'est une conversation de dîner en ville entre élitocrates de l'argent et du pouvoir.

Et pourtant des "valeurs", des raisons de penser que les décisions prises sont bonnes, qu'elles vont quelque part, que les efforts demandés ont un sens, il nous en faut. Si le discours du Bourget a si fort marqué les esprits, c'est qu'il en a dégagé deux, l'égalité et la justice, qui l'une et l'autre ont totalement fait défaut au cours des années précédentes.

Je crois que François Hollande gagnera parce qu'il sait susciter la confiance et qu'il sait la porter à un niveau suffisant. Et je crois que nous gagnerons, au delà même des élections, si nous rendons visibles, si nous incarnons, les principes de notre action. Le vieux Kant avait raison.

jeudi 9 février 2012

France Allemagne : le pacte des chefs de partis

Une image a marqué l'histoire : la haute stature du Général de Gaulle à côté d'Adenauer, petit et frèle, scellant à Reims la réconciliation franco-allemande

Cinquante ans après, les silhouettes, leur taille respective, ne sont plus les mêmes et le changement de proportion dit plus qu'un long discours. La France n'a plus, sur aucun plan, le port et stature du Général et la Chancelière Merkel vient aujourd'hui en soutien électoral du candidat Sarkozy, contrevenant en cela aux principes des chefs de gouvernement allemands de n'intervenir dans aucune des campagnes électorales de leurs voisins.

Est-ce raisonnable ? Est-ce utile ? Et à qui ?

"Raisonnable" n'est pas le mot juste. "Est-ce du niveau d'un chef de gouvernement ?" est plus approprié. Mme Merkel a donné la réponse elle-même en disant qu'elle se présenterait aux meetings de Nicolas Sarkozy "en chef de parti". Alain Juppé le confirme explicitement en soutenant qu' "il est tout à fait naturel que Merkel soutienne Sarkozy".

Je diverge radicalement de l'avis du Ministre des Affaires étrangères : Mme Merkel, chef de gouvernement en exercice, représente aux yeux des Français l'Allemagne et non pas la CDU-CSU. Cet Etat, qui a à traiter avec tous ses partenaires européens quelle qu'en soit la majorité n'a pas à intervenir dans notre campagne électorale. Les Français, sensibilisés par l'overdose de références à l'Allemagne et le merkozisme que les deux chefs d'Etat tentent d'imposer, ne l'apprécient guère et à vrai dire, les Allemands non plus ; et ceci jusque dans le parti de la chancelière.

Auquel des deux est-ce le plus utile, si tant est que ça le soit ? Sarkozy ne peut faire campagne sur son bilan, ni sur son image à l'intérieur de nos frontières, plus rejetée encore que sa politique. Il lui reste la diversion, la succession d'écrans de fumée chaque fois que tombe un chiffre qu'il faut masquer, et le mirage d'une stature internationale. Il tente pour cela de se forger une position de garant de la solidité du couple franco-allemand, jouant en contrepoint du manque d'élan de la chancelière envers François Hollande.

Dans son intervention télévisée multi-chaines, Sarkozy a cité l'Allemagne 15 fois, mettant chacune de ses propositions sous protection germanique comme si invoquer à répétition les bons chiffres de l'Allemagne, avait la moindre chance d'améliorer les nôtres. Il tente aussi régulièrement de se présenter en partenaire égal, capable de rallier à ses vues une chancelière qui ne le démentira pas dans les médias français et jouera la bonne fille pour le présenter face à nos micros comme un pilier du sauvetage de l'euro.

La présentation est à l'inverse outre-Rhin. Merkel utilise Sarkozy pour imposer son autorité chez elle. Elle vend sa politique de rigueur en martelant que Sarkozy la partage et que si tous les deux vont dans le même sens, les autres les rejoindront. Elle redoute comme la peste la promesse de Hollande de renégocier le traité européen (qui devra être ratifié après l'élection présidentielle qui donnera pleine légitimité au nouveau Président) et aujourd'hui reconnaissons que la crainte de François Hollande constitue le lien le plus solide entre les deux compères.

Merkel en tant que personne est populaire en Allemagne. A l'inverse de Sarkozy, elle peut se prévaloir d'un taux de sympathie de 64%. Mais son parti fait aujourd'hui avec 36 % juste un peu mieux dans les sondages que le SPD (autour de 30%), tandis que leurs partenaires respectifs plombent lourdement les chances de réélection de la chancelière en 2013 (libéraux 3% pour elle, verts 16% pour le SPD).

Entre les deux chefs d'Etat, on peut, de plus en plus sérieusement, se demander lequel joue le rôle de la corde ou celui du pendu. A preuve, le magazine "Der Spiegel" qui titre cette semaine "Merkel, Sarkozy : le pacte du désespoir".

Il y a 50 ans, le pacte de coopération signé par Adenauer et de Gaulle était tout entier tourné vers l'avenir, c'était même son sens profond. Le pacte entre Merkel et Sarkozy ignore cette dimension. L'Europe elle-même en est absente.

Juppé a raison : il s'agit bien de deux chefs de partis, pas de deux chefs d'Etat.

INVITATION - CAFE CITOYEN : "ANOREXIE MENTALE : QUE POUVONS-NOUS FAIRE ?" - VENDREDI 10 FEVRIER / 19H

J'ai le plaisir de vous inviter à participer nombreux à un café citoyen autour de l'anorexie mentale. Il s'agit d'une maladie grave dont la fréquence augmente et qui touche aujourd'hui de plus en plus souvent les hommes.

Que pouvons-nous faire ? Par exemple, repérer les premiers signes et faire que les patients soient traités au plus tôt ?
Que peuvent les pouvoirs publics ?
Ce sont les questions que nous poserons à des spécialistes reconnus et à des grands témoins.

LE VENDREDI 10 FEVRIER A 19H CHEZ KARL PLACE DU PARLEMENT

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lundi 6 février 2012

Réserve Parlementaire : l'exigence de transparence et d'exemplarité de la vie politique

Non, ce n'est pas un mince sujet, dans une période où l'on multiplie les taxes pour renflouer le budget de l'Etat : 145 millions d'euros, distribués aux Parlementaires en fonction de leur proximité du pouvoir et sans aucune transparence.

145 millions est un chiffre moyen, légèrement variable selon les années, répartis entre Assemblée Nationale et Sénat au prorata du nombre de Parlementaires : 90 millions pour l'Assemblée, 55 pour le Sénat. La somme est à l'évidence beaucoup trop importante pour une enveloppe destinée à "soutenir des actions locales" qui relèvent d'autres pouvoirs que le législatif et surtout qui ne relèvent d'aucun critère précis de destination. J'y reviendrai.

Beaucoup plus gravement encore, la répartition entre les Parlementaires est discrétionnaire en fonction de la proximité du Pouvoir de chacun d'eux. La somme allouée varie de 1 à 200 selon les cas ; 30 000 euros annuels pour le député d'opposition de base (dont moi bien sûr), 6 Millions d'euros pour le Président de l'Assemblée Bernard Accoyer et 3,9 millions d'euros pour le sénateur ump Philippe Marini. Mon propos n'étant pas la délation, je ne donnerai pas d'autres chiffres. Les différences d'attributions sont proprement abracadabrantesques et témoignent des pratiques discrétionnaires du pouvoir.

Que faut-il faire ? Et que nous avons fait tout au long de cette mandature sans jamais rallier les votes de la droite. Je cite par exemple la proposition de loi de Gaëtan Gorce "Pour une République décente" et celle, plus récente, de du député vert François de Rugy, qui dépassaient d'ailleurs l'une et l'autre le cadre de la Réserve.

J'avance trois exigences qui sont l'objet d'un projet de Résolution présenté à mon groupe puis à l'Assemblée :

- la transparence et la pubicité (=publication au journal officiel) des sommes attribuées à chaque parlementaire. Ce serait déjà un grand pas dans la marche vers la raison pour chacun d'eux de savoir que chaque Français peut l'interroger sur ce qu'il reçoit et sur ce que son concurrent ou son voisin de circonscription reçoit.

- la réduction de l'enveloppe globale dans une période où il est demandé beaucoup d'efforts aux Français. 145 millions d'euros n'ont pas de raison d'être. Le dixième suffirait.

- l'égalité absolue d'attribution entre chaque parlementaire

Concernant ces deux derniers points (réduction et égalité), si le montant de la réserve était, pour chaque parlementaire, égal au montant de base de 30 000 euros, son montant total serait de 17 millions d'euros au lieu de près de 150 millions.

C'est l'objet de la "résolution" que je vais proposer à l'Assemblée sur ce sujet hautement sensible et pour lequel il relève de Sherlock Holmes d'obtenir des informations. Cela n'est plus acceptable. Les Français ont constitutionnellement droit à la transparence de comptes publics.

En outre, il est indispensable que les Parlementaires s'astreignent à informer précisément leurs électeurs de l'usage qu'ils font de cette réserve. C'est ce que j'ai fait de manière régulière dans mes lettres successives de Députée. Le relevé global est en page "Bordeaux" de ce blog. Cet usage (soutenir des actions ou des associations en grande difficulté) justifie que je ne sois pas favorable à une disparition pure et simple de la Réserve.

Le texte complet de la Résolution figure en page "A l'Assemblée", ainsi que le principe constitutionnel qui l'introduit et fonde sa légitimité.

En juin, chacun de ceux qui auront l'honneur de reconstruire la France autour de François Hollande -si les Français lui en donnent mandat-, seront en première ligne pour ce compte précis et cet usage rigoureux de l'argent public.

samedi 4 février 2012

Le Grand Emprunt passé par pertes et profit

C'est dans une salle remplie jusqu'aux ceintres de policiers en civil et d'un certain nombre d'universitaires et de chercheurs qu'ont été signés les contrats d'"initiatives d'excellence" pour notre région.

Jamais entendu parler jusqu'à ce jour ? Pas étonnant. L'atmosphère de dette publique où rame notre pays les a fait opportunément fait changer de nom..



Avec quelques collègues de l'Université, nous nous sommes en effet beaucoup amusés de n'entendre à aucun moment de la bouche d'aucun des 3 Ministres présents pour la cérémonie le nom qui avait en son temps été lancé à grand renfort de communication : le Grand Emprunt.

Avec majuscule ou pas, grand ou ordinaire, l'emprunt n'est plus en cours dans le vocabulaire élyséen. D'autant que le champion du "redressement économique" (traduisez : rigueur) avait fait le déplacement pour venir soutenir son meilleur ennemi et numéro 2, Alain Juppé.

D'emprunt donc, point. Nous n'empruntons ni plus, ni moins aujourd'hui qu'hier mais l'heure n'est plus à en décorer quiconque du mot, même hissé à la grandeur. Ce sont donc des contrats d'initiatives d'excellence, correspondant à la distribution de quelques-unes des mânes de l'emprunt, qui ont été signés en grande pompe.

On peut d'ailleurs utilement s'interroger si le coût du déplacement des 3 Ministres, de leurs aéropages, des forces de l'ordre, des installations de sécurité dont la Chambre de commerce avait été blindée, n'aurait pas été plus utilement investi dans les projets de recherche que l'on était censés couronner. Mauvais esprit que tout cela..

Mauvais esprit aussi de penser que le numéro 1 était venu, avec les moyens de la République, soutenir le numéro 2 pour ses projets électoraux. Pourtant cela n'a pas tout à fait échappé même à l'adjoint modem du dit numéro 2 qui a bien senti "le coup d'après" dans cette visite, évoquant déjà la recherche d'alliances au cas -pas tout à fait totalement improbable- où l'ump exploserait après l'atterrissage présidentiel.

Les pertes et les profits ne sont pas toujours pour qui on croit, ni pour qui on voudrait, et on ne le sait généralement qu'après.

jeudi 2 février 2012

Conférence inter-religieuse ET citoyenne

Alain Juppé organise ce soir à Bordeaux une "conférence inter-religieuse et citoyenne". En dehors de l'aspect électoraliste de cette manifestation comme de tant d'autres en ce moment, Alain Juppé est-il dans son rôle ?

C'est la question d'un lecteur de Sud Ouest dans ce journal. C'est aussi la mienne.

Et d'ailleurs, quel rôle ? Bien sûr, pas celui de Ministre. Il existe un Ministre des cultes qui s'appelle pour l'heure Claude Guéant et qui est comme tous les autres assujetti à la loi et dans ce cas en tout premier lieu à la loi de 1905. "La République ne reconnait, ne salarie et ne subventionne aucun culte". Pas non plus me semble-t-il celui d'un Maire dont la conception de la (ou des) religions doit demeurer du domaine privé.

Il m'apparait que c'est aux religieux eux-mêmes d'être à l'initiative de ces rencontres qui, en elles-mêmes, me paraissent positives. Le dialogue des religions me parait indispensable, moniteur de réflexion, de sagesse et de modération mais la présence d'Alain Juppé, moins encore l'invitation en son nom et en son double titre de maire de Bordeaux et 1er vice-Président de la CUB, ne me parait pas opportune.

Pas davantage le cocktail qu'il organise à la suite de la manifestation dans les salons de l'hôtel de ville.

Et moins encore, la collusion entre les deux mots "religion" et "citoyen" qui sonne comme une excuse et démontre au contraire que toutes ces questions doivent être posées.

mercredi 1 février 2012

Bordeaux-ghetto

L’hôpital est un lieu de diversité sociale et d’égalite. Egalité devant l’épreuve de la maladie, sentiment d’égalité aussi et de partage entre les professionnels qui savent tous pourquoi ils travaillent et que ce « pourquoi » est le même pour tous.

C’est une grande force et pendant les 45 années que j’y ai passé, je n’ai eu à aucun moment ni le sens, ni la conscience d’une ghettoïsation sociale. Oui c’est vrai, une proportion importante des étudiants en médecine viennent d’un milieu favorisé –majoritairement médical- mais la matière sur laquelle ils travaillent évite l’esprit q caste, qui est d’ailleurs beaucoup moindre que dans certaines grandes écoles.

Depuis dix ans, j’ai pénétré dans la vie publique et depuis cinq je m’y suis consacrée. Cela m’a donné l’occasion de pénétrer aussi –si l’on peut s’exprimer ainsi- notre ville, ses rues, ses résidences, ses barres et ses tours, ses maisons insalubres, où des appartements minuscules s’entassent autour de paliers branlants, ses entrées remplies de poubelles débordantes, ses hautes portes à cuivres rutilants devant lesquelles je fais quelquefois du « délit de sale gueule » en me retenant d’y sonner…

J’y découvre, chaque année davantage la ghettoïsation, cette ghettoïsation redoutable qui finira par précipiter notre société dans le mur, qui fait que plusieurs mondes s’ignorent et finissent pas se craindre puis se haïr.

Hier dans un quartier que je ne veux pas nommer, connu pour le nombre de ses belles résidences modernes, j’ai eu l’impression d’un clônage. Mêmes personnes, mêmes âges autour et au delà du mien, mêmes appartements extrêmement soignés, dont un seul meuble signe le niveau social, même tenue « casual chic » de ceux qui m’ouvraient la porte, mêmes paroles, pas une note discordante et je l’avoue, pas non plus le plus petit signe d’intérêt pour le très beau document en forme de lettre que je leur apportais de la part de François Hollande. Politesse, quelquefois même courtoisie, mais cette distance des sachants et des entre-soi.

Je suis imperméable à toute forme de haine sociale dans quelque direction qu’elle s’adresse. Je comprends parfaitement qu’un couple aisé ou très aisé, une veuve du même métal, souhaite vieillir dans un cadre confortable à l’abri du bruit et des nuisances. Ce que je ne comprends pas, ce que je déteste même, c’est l’absence de curiosité de l’autre, l’absence de connaissance de l’autre, que finit par produire l’isolement dans des cocons sociaux. Relativement véniel à la fin de la vie (encore que), il est dramatique au début. Les ghettos de riches sont presque plus dangereux que les ghettos de pauvres. Que deviendront des enfants qui n’ont rien vu d’autres que leurs semblables, rien connu d’autres que les problèmes, les aspirations, les limites, les vices comme les vertus d’une caste alors que cette caste est une minorité et, malgré tout, une minorité menacée ?

Notre ville ne fait rien contre cette ghettoïsation. Des quartiers sont à l’abandon (cours de la Somme et de l’Yser), d’autres sont négligés, traités chichement, mal nettoyés au profit des plus riches. Cet été, la Mairie avouait qu’elle avait concentré les moyens de nettoyage dans les « zones touristiques », ce qui est une manière habile de dire la même chose.

Au dernier conseil de quartier qui se tenait au Grand Parc, on est passé assez rapidement sur la « réhabilitation » du cours Xavier Arnozan. J’invite les Bordelais à s’y rendre et à comparer l’état de son allée centrale, considérée comme indigne, avec celle comprise au Grand Parc entre le centre social et les barres GHI. L’indignité a Arnozan n’est pas mesurée à la même aune qu’ailleurs.

Plus gravement encore, les logements sociaux (trop peu nombreux) sont construits... dans les quartiers sociaux. Et au même conseil de quartier, a été présentée la construction de nouveaux logements par in Cité là où ils ne sont déjà que trop nombreux. Ceci alors même que l’Etat a vendu un bien de grande surface rue du jardin public à des promoteurs privés. Hélàs, François Hollande n’avait pas été élu encore : ces biens seront s’il est élu demain donnés aux collectivités à condition qu’y soient construits dans les 5 ans des logements sociaux.

Tout cela n’est pas seulement négligence : les plus pauvres maintenus entre eux se contrôlent mieux. Une habitante de la Bastide venait me voir il y a quelques jours pour me mettre au courant de la mobilisation de la communauté maghrébine par l’adjointe de quartier pour « récupérer le poste ». Récupérer le poste dans son langage, c’était bien sûr rendre à Alain Juppé le mandat qu’il considère de sa propriété. Et on lui demandait pour cela d’organiser des réunions où l’on viendrait expliquer, promettre et d’une certaine manière acheter.

Sauf que… Cette ghettoïsation tolérée, favorisée, non combattue, est mortelle. Elle est génératrice de haine, de violence et même de la part des plus pacifiques dont je suis, de révolte. Comment peut-on naître si égaux et mourir sans l’avoir jamais su ?

mardi 31 janvier 2012

La douloureuse bouffonisation du pouvoir

Coeur étreint en regardant tout à l'heure un court extrait des voeux de Sarkozy à la presse. J'ai, dans un sous-entendu presque insconscient, cru voir un des ses princes à ce point tout puissants de s'amuser à jouer les bouffons devant leur peuple, un peu comme on lui jetterait des miettes pour le plaisir de le voir courir pour les ramasser.

Spectacle douloureux de ce monarque qui se contorsionnait pour paraître (faire) rire d'une situation tragi-comique dont il tente de reprendre le contrôle. Oui, malgré les contraintes économiques et financières, plus lourdes que la plus lourde des censures, la presse n'est plus ce bloc monolithique et hagiographique que Sarkozy à tenté d'imposer.

Rictus forcé, voix trafiquée comme celle d'un mauvais acteur, le Président avait échappé au contrôle botoxé de sa prestation de dimanche dernier. C'était, pour un spectacteur tant soit peu pénétré de ce que peut être l'Etat, la France, et tous ces grands mots qui ne sont bien souvent plus utilisés que comme des éléments de propagande, presque insupportable.

Je regarde peu, fort peu, la télé. J'en sors une fois de plus meurtrie. Pas de sa faute pour une fois, mais de la faute de son objet, si éloigné de son rôle et de sa fonction que la blessure se retourne contre nous (je ne parle pas individuellement) qui l'avons élu pour ce rôle et cette fonction.

lundi 30 janvier 2012

Brève de campagne

Sur le terrain. Un notaire de mes amis, raisonnablement de droite comme sont tous les notaires, voire un peu au delà, m'accoste dans la rue :

-"Mais, Madame Delaunay, il est fou (sic), le Président ! Augmenter de 30% la surface constructible, c'est la mort de Bordeaux, tout le monde va rajouter un étage et vendre son bien à prix d'or !".

J'ai trouvé prudent d'opiner sans un mot, pour ne pas le blesser par un accord trop manifeste et voir où il allait aller.

- "Diminuer les loyers ! Tout au contraire ! Pour les travaux engagés, ll faudra un rendement. Qu'est-ce qu'on va faire ? Renchérir les logements, augmenter le prix des biens, vouloir du rendement..."

Je me suis dit que finalement, j'étais de son avis, et que peut-être dans une autre vie j'aurais pu faire Notaire et en même temps demeurer socialiste.

Une circonscription n'est pas une propriété foncière

Notre excellent quotidien Sud Ouest attribue une fois encore ce matin la propriété de la 2ème circonscription de la Gironde à son précédent locataire : Alain Juppé.

Combien de fois déjà, dans ce quotidien comme dans d'autres, désigne-t-on cette belle circonscription à laquelle je tente si fort de donner une identité et un nom "Bordeaux-2rives" qui la matérialise aux yeux des Bordelais, comme "la circonscription d'Alain Juppé".

L'affaire n'est pas vénielle : elle accrédite l'idée que l'admirable députée (ma pomme) qui y a été élue en 2007 ne l'a été que "par effraction", selon l'expression malheureuse du Ministre Baroin.

Non, le pouvoir n'est pas la propriété de la droite comme l'ump en demeure persuadée. Non, malgré le record de ringardise de notre ville d'avoir élu 80 ans durant le Maire comme député du territoire dont je suis actuellement l'élue, celle-ci n'est pas le pré carré attitré et durable d'Alain Juppé.

Avant même que la loi sur le non-cumul des mandats parlementaires ne l'impose, j'ai très fort l'intention de le démontrer, une fois encore, en juin 2012.

Merci à tous ceux qui partagent ce désir de liberté, et aussi d'identité du mandat parlementaire, de m'y aider !

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